interview

Laurent Alexandre: "L'Europe n'a pas été capable de mener une campagne de vaccination correcte"

Laurent Alexandre a arrêté de boire souvent. Deux fois par mois, il s'autorise un verre de vin. Et n'a jamais pris de cuite de toute sa vie. ©Tim Dirven

Laurent Alexandre est urologue, chirurgien, entrepreneur, écrivain, politicien à ses heures. Du coup, il aime parler de tout. Car il a un avis sur tout.

Au téléphone déjà, c'est la grande forme! C'est en effet un Laurent Alexandre amusé qui nous invite donc chez lui pour prendre l'apéritif, en nous demandant de quoi nous aurions envie de parler. Pas d'intelligence artificielle – un vieux débat (et son dada) – mais de "tout et de rien, de l'air du temps, du Covid, des vaccins".  "Et de la troisième vague", ajoutons-nous.

Au téléphone toujours, il démarre ensuite au quart de tour sur les États-Unis, la géopolitique, la guerre pour les microprocesseurs, la grippe espagnole et Ursula von der Leyen qui est une "conne". Il saute ensuite avec ironie sur la Chine, et les tweets "pleins d'amour" de l'ambassadeur chinois à Paris, suivis de ceux de son administration, qui les uns comme les autres revenaient à traiter ceux qui suggéraient une mission de députés à Taïwan de "hyènes folles", ou qui prévenaient que "le temps de la Chine des agneaux est révolu". Plus qu'un apéritif avec Laurent Alexandre, ce soir c'est: "Toi aussi, choisis ta conférence."

"Ruinart, ça va?", lâche-t-il en ouvrant la porte de son frigidaire. Lui ne boit plus que deux fois par mois, disons que question bibinne, il se situe désormais entre Macron et Sarkozy, de la France vin rouge midi et soir à la no-alcool. Il propose une coupe au photographe qui décline. "Ah ben oui, vous êtes Flamand" réplique-t-il, mi-fier mi- taquin de sa connaissance du biotope belge, dans lequel il vit depuis plusieurs années. La Belgique? "Oui, ça ira, de toute façon ça se terminera comme en Suisse, une ignorance totale à l'égard de l'autre."

Nous restons dans la cuisine, de part et d'autre d'une grande table vert pomme, chemise Façonnable pour lui, All Star sans lacets et chaussettes à motifs géométriques, deux paquets de branches de meringues enrobées de chocolat entre nous. "C'est le goûter! Et pas d'inquiétude, je suis vacciné depuis longtemps." De fait, l'homme est médecin, urologue, chirurgien, énarque, futurologue et on en passe.

Constat d'échec européen

L'annonce du Codeco aujourd'hui, ce qu'il pense de la 3e vague et du énième reconfinement? "Surtout, un immense échec de l'UE, qui n'a pas été capable de mener une campagne de vaccination correcte. Vous imaginez, aujourd'hui 60% des Israéliens sont vaccinés, 40% des Anglais, 30% des Américains et seulement 9% des Français. Que le roi du Maroc vaccine deux fois plus vite que Macron, c'est honteux, que le Chili vaccine quatre fois plus vite que De Croo, c'est un scandale. Alors que certains pays rouvrent leurs restaurants cette semaine, l'Europe reconfine parce qu'elle n'a pas de vaccins. Pour moi, c'est avant tout le constat d'un énorme plantage!"

"Vous imaginez, aujourd'hui 60% des Israéliens sont vaccinés, 40% des Anglais, 30% des Américains et seulement 9% des Français."

Pour lui, c'est l'inexpérience de l'UE en matière de santé qui est à pointer. "Quand une opération se passe mal, on ne refile pas le bistouri au jeune interne qui apprend. L'UE aurait dû laisser les États se débrouiller. Ou mieux, faire appel à des gens plus compétents qu'elle." L'erreur première, c'est donc les commandes. "Des commandes conditionnelles ne sont pas des commandes fermes." Ensuite, selon lui, personne et "encore moins von der Leyen n'a pensé aux enjeux industriels et aux filières de fabrication. Enfin, je rappelle quand même que là où certains États avaient déjà passé des commandes fermes depuis le printemps ou l'été, en novembre, l'UE n'avait toujours rien signé".

Alors les conséquences, elles sont simples: "Trois mois de retard déjà", une "grogne" de plus en plus forte pour la population, mais surtout une "défiance" qui s'installe, même dans le camp des plus fervents pro-européens. "Ceux que je connais sont révulsés et moi, franchement, je commence à m'interroger! Plus encore quand je vois l'incapacité non seulement 'à faire', mais à reconnaître ses erreurs de la part de von der Leyen. Ça donnerait presque raison à De Gaulle, quand il qualifiait Bruxelles de ‘VOLAPÜK', sorte de bazar incapable de gérer des choses compliquées."

Le RN en 2027

Accroché à sa bouteille de San Pellegrino qu'il descend consciencieusement, Laurent Alexandre poursuit sur l'impact de la crise sur le populisme, si présent déjà et destiné à s'intensifier à moyen terme. "Attendez de voir les images des pays qui déconfinent ou l'arrivée d'un passeport vaccinal qui – faute de vaccins disponibles –, reviendra à permettre uniquement aux vieux et aux médecins d'aller au restaurant ou de voyager. Ce sera l'insurrection au sein de la population!" D'autant plus que l'extrême-droite est déjà aux portes du pouvoir en France, lançons-nous, comme on remettrait une pièce dans un flipper.

"La question n’est pas ‘est-ce qu’elle (l'extrême droite) va y arriver?’ mais ‘quand?’. Moi, je mise sur 2027, après le second mandat de Macron et ce sera le RN."

"La question n'est pas ‘est-ce qu'elle va y arriver?' mais ‘quand?'. Moi, je mise sur 2027, après le second mandat de Macron et ce sera le RN. Un mouvement plus complexe qu'il n'y paraît qui y parviendra, une sorte de droite populiste recentrée, libéral en matière de mœurs, plutôt à gauche en économie et pro-frontières. Ils seront sans doute rejoints par Les Républicains, de plus en plus ulcérés par l'islamo-gauchisme et la communautarisation de la société qui n'est pas prête de s'arrêter."

Un drame inévitable, selon lui, presque mathématique si l'on songe que désormais "il faut faire de l'islamo-gauchisme pour être élu, il faut dire ‘oui' aux réunions racisées, ‘oui' à l'apartheid culturel, ‘oui' à la communautarisation de la société, ‘oui' au woke. Il suffit de voir Mélenchon qui, pour rester député, est passé d'athée et technophile à obscurantiste, technophobe, contre les OGM, contre le vaccin. Tout ça pour satisfaire un électorat. Finalement, c'est un peu un parcours à la Philippe Moureaux (bourgmestre de  Molenbeek-Saint-Jean, mort en 2018, NDLR), prêt à tout pour garder sa commune."

L'avantage, avec Laurent Alexandre, c'est qu'il a un avis sur tout, et c'est après avoir clôturé le sujet de l'universalisme et de la laïcité qu'il s'en va chercher une seconde bouteille d'eau. Pour se lancer sur son prochain sujet, la bombe atomique.

Les 5 dates clés de l'urologue-chirurgien-énarque-écrivain-entrepreneur

-1980: mon premier point de suture. Je suis alors étudiant en médecine et je réalise que je veux être chirurgien.
-1981: Mitterrand arrive au pouvoir. Le même jour, je me fais un ulcère.
-1987: la mort de ma grand-mère, Suzanne. Nous étions très proches, c'était avant les portables et on n'a pas réussi à me joindre quand elle est partie.
-1990: mon premier déjeuner à L'Arpège (du chef Alain Passard, NDLR), un restaurant parisien extraordinairement bon. J'en garde un souvenir ému, depuis j'y suis allé des centaines de fois.
-2001: je deviens papa, alors que ce n'était pas mon but dans la vie. Ce jour-là, l'instinct paternel m'a foudroyé instantanément. Depuis, je suis un papa poule pour mes 3 enfants.

Que buvez-vous?

-Apéro: toujours de la San Pellegrino. Depuis que j'ai arrêté l’alcool, je ne prends plus un verre que deux fois par mois.
-Á table: de l'eau ou un volnay qui reste mon vin préféré.
-Dernière cuite: jamais de ma vie.
-Á qui aimerait-il offrir un verre: à Jacques Monod, Prix Nobel de médecine, l'inventeur de l’ARN messager. " Je reste fan de son livre ‘le hasard et la nécessité’."

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