Les Pays-Bas déclarent la guerre à l'azote

©ANP

La Haye affiche une politique environnementale volontariste. La mesure phare consiste en une limitation de vitesse à 100 km/h sur les autoroutes, contre 130 km/h aujourd’hui.

La guerre contre l’azote aura bien lieu aux Pays-Bas. Ayant vu sa politique environnementale mise à mal par la Justice, La Haye vient d’annoncer une série de mesures pour lutter contre les émissions nocives de gaz à effet de serre.

Parmi l’arsenal détaillé hier par le Premier ministre Mark Rutte, la disposition phare concerne l’abaissement de la vitesse maximale sur les autoroutes à 100km/h. "Il s’agit d’une mesure pourrie mais il y va de l’intérêt du pays pour que des emplois ne disparaissent pas inutilement", a justifié le Premier ministre néerlandais en des termes crus.

100
Km/h
En journée, aux Pays-Bas, on roulera à 100 km/h.

Dorénavant, il ne sera donc plus possible de rouler à 130 km/h, sauf entre 19 heures et 6 heures du matin. En journée, la vitesse de circulation ne devra jamais excéder 100 km/h. Le gouvernement souhaite utiliser le gain écologique de cette mesure pour relancer des projets à l’arrêt depuis des mois.

De fait, les grands projets de construction de routes et d’aéroports des Pays-Bas sont actuellement suspendus. À l’origine de cet arrêt massif, on trouve une ordonnance de la Justice néerlandaise, qui pointe le manque d’efforts écologiques du gouvernement pour respecter les règles de l’Union européenne en matière d’émissions d’azote. Pour rattraper ce manquement, quelque 18.000 chantiers immobiliers seraient immobilisés dans tout le royaume, selon les estimations de certains médias.

La banque néerlandaise ABN Amro a même évalué à 14 milliards d’euros le préjudice potentiel pour le secteur de la construction si aucune mesure n’était prise pour relancer la machine ces prochaines années.

Dans sa lutte contre le réchauffement climatique, La Haye entend surtout chambouler les habitudes du secteur de l’élevage.

Dans sa lutte contre le réchauffement climatique, La Haye entend surtout chambouler les habitudes du secteur de l’élevage. De quoi expliquer la réduction programmée du nombre d’exploitations porcines. Ces élevages sont pointés du doigt comme responsables d’émissions d’oxydes d’azote, un gaz à effet de serre formé à partir de l’ammoniac, lui-même venant des déjections animales. Le gouvernement a prévu de débloquer 180 millions d’euros pour dédommager les éleveurs prêts à fermer leur exploitation.

Pour ces mêmes raisons liées à un élevage trop intensif, l’alimentation du bétail va devoir changer. L’objectif du gouvernement est de réduire les protéines absorbées par le bétail afin que les animaux rejettent moins d’ammoniac. Des négociations vont s’ouvrir avec les organisations sectorielles pour encadrer cette transformation dans le secteur de l’élevage.

Restauration de la nature

Autre maillon de cette politique en faveur du climat, La Haye a prévu de débloquer 250 millions d’euros en faveur de la restauration de la nature. Ce geste est destiné à compenser les dommages à l’environnement prévus dans le cadre de chantiers urgents comme la consolidation des digues ou la construction de nouvelles routes.

C’est une décision du Conseil d’État de mai dernier qui a mis le feu aux poudres. Le gouvernement a été condamné car il ne respecte pas ses engagements pris en 2015 pour la protection des zones naturelles dans le cadre de règles fixées par l’Union européenne. La Justice a donc enjoint à l’État néerlandais de réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre et notamment les oxydes d’azote.

En attente du remaniement profond de la politique en matière d’environnement annoncé ce mercredi par le gouvernement, des restrictions provisoires ont déjà frappé le secteur agricole et du bâtiment. D’où une agitation sociale hors du commun qui a couvé dans le royaume ces dernières semaines.

Estimant faire les frais de ces mesures, les agriculteurs comme le secteur du bâtiment ont protesté bruyamment et en nombre à l’occasion de plusieurs manifestations monstres à La Haye le mois dernier. Les mesures annoncées hier montrent en fait que ce sont avant tout les automobilistes qui constituent la bête noire du gouvernement en matière de protection de l’environnement.

Et en Belgique?

En Belgique, la question d'un abaissement de la vitesse maximale sur autoroute fait l'unanimité ou presque... contre elle. Seul Ecolo, côté francophone, se dit ouvert à l'idée, pour des raisons environnementales et de sécurité.

L'institut Vias rappelle régulièrement que la Belgique est, avec l'Espagne, le mauvais élève européen en matière de sécurité routière. "Le risque mortel est deux fois plus élevé sur nos autoroutes que la moyenne européenne (25)", rappelait son porte-parole Benoît Godart dans La Libre mardi.

À Bruxelles, le gouvernement régional a décidé que le 30 km/h deviendrait la norme à l'avenir. Quant à la Flandre, elle a abaissé la vitesse hors agglomération, la faisant passer de 90 à 70 km/h. La Wallonie a refusé d'embrayer.

Concernant la vitesse sur autoroutes, le ministre de la Mobilité François Bellot (MR) avait proposé... de la faire passer de 120 à 130 km/h. Mais les régions avaient refusé de soutenir la mesure.

Et puis on se rappellera qu'en France, la décision du gouvernement d'abaisser la vitesse maximale sur les nationales à 80 km/h avait été à l'origine de la création du mouvement des gilets jaunes, il y a un an tout juste. 

 


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