Le "bouclier" migratoire, tournant des 100 jours d'Ursula von der Leyen

Pour les 100 jours du début de son mandat, Ursula von der Leyen a donné une conférence de presse au Berlaymont, lundi. ©EPA

Cent jours après son entrée en fonction, la Commission européenne a ouvert des chantiers, dont le Pacte vert, sans toujours respecter ses promesses législatives. En revanche, la phase de lancement a été marquée par une apparente inflexion de sa doctrine migratoire.

Entrée en fonction avec un mois de retard, Ursula von der Leyen avait promis un sérieux coup de collier pour remettre en branle la machine Europe. Très rapidement, elle a effectivement proposé un "Pacte vert européen", une to-do list pour diriger l’économie sur une voie compatible avec les limites de la planète et a proposé une loi climat qui doit ancrer l’objectif de neutralité carbone de l’Europe à l’horizon 2050 – la question, a-t-elle souligné lundi en dressant lors d’une conférence de presse son propre bilan, n’est plus de savoir si ou quand la neutralité sera atteinte, mais comment.

"Von der Leyen, c’est une inflexion majeure par rapport à la période Barroso-Juncker sur la question environnementale."
Philippe Lamberts
Eurodéputé, co-président du groupe des Verts

Chez les Verts, premier groupe d’opposition au Parlement européen après l’extrême-droite, on reconnaît là "une inflexion majeure" par rapport à la période Barroso-Juncker: von der Leyen a "une approche sur le papier relativement complète", dit le co-président du groupe Philippe Lamberts, tout en pointant des dissonances entre intentions et action en matière de politique commerciale ou agricole.

Ce tournant environnemental aurait pu rester le marqueur de la phase de lancement de cette Commission, comme elle le souhaitait. Le déclenchement de deux foyers de crise en a décidé autrement. La gestion du Covid-19 pourrait tester les limites de la Commission en matière de tolérance aux dérapages budgétaires et aux aides d’États, mais elle n’a pour l’heure pas engagé son image. Au contraire de la crise déclenchée par la Turquie aux frontières de l'Union et de la réaction européenne qui s’en est suivie.  

Renversement sémantique

Comme Ursula von der Leyen l’a souligné lors de sa conférence de presse des "100 jours", la déclaration UE-Turquie n’était pas mise en cause au début de son mandat. Face à l’afflux de demandeurs d’asile poussés à la frontière grecque par Ankara, la première réaction de la présidente de la Commission aura été un déplacement dans le nord-est de la Grèce au cours duquel elle a marqué son soutien à la "protection" des frontières par le "bouclier" grec.

Alors que tournaient des images de demandeurs d'asile malmenés par des gardes-côtes grecs, la déclaration a marqué un tournant dans la sémantique de l’exécutif européen. Que l'Europe parle de bouclier, "c'est très triste", a sobrement commenté la libérale Cecilia Malmström, commissaire au Commerce d’un Jean-Claude Juncker qui mettait un point d’honneur à refuser d’opposer le terme de "protection" à la migration. "Elle a adopté l’agenda de l’Europe forteresse", regrette de son côté Philippe Lamberts.

"Les incidents violents allégués doivent faire l'objet d'enquêtes."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Répondant lundi à des questions de journalistes sur le sujet, Ursula von der Leyen a fini par juger que l'usage excessif de la force est inacceptable et que "les incidents violents allégués doivent faire l'objet d'enquêtes".

L’Europe en mode pompier

"L'UE est à nouveau en mode pompier."
Dacian Ciolos
Eurodéputé, président du groupe libéral (Renew Europe)

À côté des chrétiens-démocrates (PPE) dont elle fait partie, la majorité au Parlement européen rechigne à donner un satisfecit à la présidente. "L'UE est à nouveau en mode pompier", a déploré sur twitter Dacian Ciolos, chef de groupe des libéraux (RE), l'appelant à s’employer à corriger les fondamentaux qui sous-tendent les crises plutôt qu’à se contenter de parer au plus pressé. Chez les sociaux-démocrates, Iratxe Garcia estime qu'en l'absence d'un budget (toujours en négociation) pour appliquer le programme de la Commission, "il est trop tôt pour dire qu'on avance".

Les 100 premiers jours auront de fait été une phase de communication plus que de travail législatif: l'essentiel des propositions de lois qu'Ursula von der Leyen avait promis de livrer dans cette période se sont révélées n’être que le lancement de consultations.

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