Le french-bashing qui décrédibilise le "Newsweek"

©AFP

Dans un article paru le 3 janvier, le Newsweek s'attaque avec virulence à la France de François Hollande. Problème: le texte est un chapelet d'erreurs et approximations... Et est moqué aux quatre coins de l'Hexagone.

Les Français sont habitués à se faire traîner dans la boue par la presse anglo-saxonne. On se souvient de la couverture que "The Economist" avait faite en novembre 2012 dépeignant l'Hexagone comme "une bombe à retardement au coeur de l'Europe". Il y a un an, CNN alertait le public américain sur cette crise de l'euro "dont personne ne parle: la France est en chute libre". En ce début d'année, c'est au tour du magazine en ligne Newsweek de faire ses choux gras sur le dos de nos voisins. Mais quand on tire à boulets rouges sur un pays, mieux vaut s'assurer que les boulets sont solides - précaution que le magazine n'a pas prise. Résultat, l'auteure de l'article, Janine di Giovanni, est la risée de la presse et des réseaux sociaux français. 

Le titre de l'article incriminé, paru le 3 janvier, annonce évidemment la couleur: "The Fall of France" (l'effondrement - ou l'automne - de la France). Et Janine di Giovanni, ex-reportère de guerre pour "The Times", commence en fanfare, comparant d'emblée la politique de François Hollande à celle de Louis XIV. Le Roi Soleil avait voulu unir son royaume autour d'une seule religion, mais en persécutant les Huguenots, il a fait fuir 700.000 Français, avec armes, bagages et compétences, hors de son royaume. À lire Janine di Giovanni, le Président socialiste ne fait pas autre chose en taxant les plus riches de ses sujets...

Ce que the economist fait avec talent et pertinence newsweek le fait avec lourdeur et approximation. #francebashing— Enguerand Renault (@erenault) January 6, 2014

Si le "french bashing" n'a rien de répréhensible en soi - on a bien le droit de réprouver la ligne de Hollande - l'article du magazine américain est truffé d'erreurs et d'approximationsDans un texte publié sur un blog ("Les décodeurs") des journalistes du quotidien "Le Monde" se délectent de les débusquer.

Il y a les erreurs qui fragilisent la thèse même de l'article. Écrire, par exemple, que ceux qui créent de la croissance "sont tous en train de quitter la France pour exercer leurs talents ailleurs", c'est répercuter une thèse qu'aucun élément factuel ne permet pour l'heure de corroborer. Un rapport du ministère français du Budget paru fin 2013 tend à montrer le contraire: le nombre de Français établis à l'étranger a augmenté de 1,1% en 2012 contre 6% l'année précédente.

Et puis il y a les petites aberrations factuelles, qui dénoncent un manque de rigueur. Un demi-litre de lait coûterait "presque 4 dollars à Paris - le prix d'un gallon (3,8 litres) aux États-Unis", affirme le NewsweekCela revient à affirmer que le litre de lait parisien coûterait 5,88 euros... "Même si Janine di Giovanni réside dans le très cher 6e arrondissement de la capitale, on se demande où elle peut bien aller faire ses courses: le prix du lait bio le plus élevé que nous ayons réussi à trouver est de 1,42 euros le litre", ricanent "les décodeurs".

Et bien sûr #Newsweek passe à côté du vrai débat: pas celui du prix du lait à Paris, mais celui du prix de la Chimay. 7€. Un SCANDALE.— JSébastien Lefebvre (@JSLefebvre) 5 Janvier 2014

Autre exemple : le Newsweek assure que l'État français offre aux nouvelles mères des consultations chez un kiné deux fois par semaine "pour retrouver un ventre plat". Et d'assurer que cela a été conçu comme une incitation à la natalité ("votre mari sera moins enclin à vous toucher si vous avez toujours vos rondeurs de grossesse"). Un raisonnement insensé objecte "Le Monde": il s'agit de rééducation périnéale, non abdominale, il est donc "ridicule d'affirmer qu'il s'agit d'encourager la natalité en rendant les femmes plus désirables".

Et l'on reste coi - attention ce qui suit concerne tous les francophones - lorsque la journaliste du Newsweek affirme que le problème des Français est "qu'ils n'ont pas de mot pour entrepreneur". Vraiment ? Ne serait-ce pas l'Anglais qui a emprunté ce mot à la langue de Voltaire au début du XIXe siècle ? 

Retour de bâton

 

"- Dans quel monde vit cette dame ?"bondit Anne Sinclair dans un article au vitriol. La réaction de la directrice éditoriale du Huffington Post résume la teneur des réactions dans la presse et sur les réseaux Français. L'article du Newsweek est aussi pour certains l'occasion de régler des comptes avec une journaliste "riche" - elle vit dans les quartiers chics (après Notting Hill à Londres, le VIe arrondissement à Paris) et scolarise son enfant dans une école privée à 1300 euros par trimestre.  Ce que la journaliste du Newsweek décrit est "malheureusement, proche d'une certaine réalité: celle d'une bulle d'aisance, autosatisfaite, incapable de percevoir et de comprendre pourquoi le pays ne colle pas tout à fait à ses fantasmes", tranche par exemple le pure player Slate.fr. Le magazine Vanity Fair rappelle que Newsweek a été racheté l'été dernier par un Français, Étienne Uzat, et s'interroge pour sa part sur la nature de la charge: french-bashing anglo-saxon classique ou charge politique franco-française ?

 

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