Le glas du remboursement de l'homéopathie sonne sur la France

En France, la Haute Autorité de santé a voté pour le déremboursement de l'homéopathie. ©DR

Le débat scientifique est tranché: l’homéopathie ne doit plus être remboursée par la Sécu. Mais pro et anti attendent maintenant la décision finale, qui dépend du gouvernement et n’interviendra pas tout de suite.

C’est le journal Libération qui, dans son édition d’hier, a vendu la mèche: la France est toute proche de mettre fin au remboursement des médicaments homéopathiques. On ne devait l’apprendre que ce matin mais l’information a fuité. La Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) devrait donc officialiser sans surprise sa position dans la journée, par un avis négatif et définitif sur la prise en charge de l’homéopathie par la Sécurité sociale.

C’est la ministre de la santé Agnès Buzyn qui avait saisi la commission en août de l’année dernière. C’est elle aussi qui a préféré botter en touche sur l’antenne de France 2 hier matin en arguant que l’urgence c’était la canicule. Et c’est elle encore qui devra ou non prendre ultérieurement une décision politique sur le sujet. "Je me tiendrai à l’avis de la Haute Autorité de santé", avait-elle déclaré il y a peu de temps, laissant penser que les jeux étaient déjà faits.

Effet placebo "magnifié"

La Haute autorité santé s’est appuyée sur l’analyse de 300 études et une trentaine de contributions.

Au printemps déjà, tout laissait présager un avis de déremboursement. La HAS avait bien fait les choses afin d’endiguer une probable contestation. Dans un avis provisoire, elle avait fait savoir qu’elle était défavorable au maintien du statu quo en faisant prévaloir une approche autant méthodique que scientifique. Elle s’appuyait pour ce faire sur l’analyse de trois cents études et une trentaine de contributions. Pour en arriver à la conclusion peu nuancée qu’aucune "étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou placebo".

Cité par l’AFP le 25 juin, le professeur Bergmann, ancien responsable des autorisations de mise sur le marché, reconnaissait du reste à cette discipline l’efficacité d’un placebo "magnifié" par la confiance du patient dans ce domaine. La révélation d’une perspective de déremboursement est venue toucher de plein fouet le moral des trois principaux industriels du secteur (consultés par la HAS), le suisse Weleda, l’allemand Lehning et surtout le français Boiron, leader mondial de la spécialité, ce dernier ayant demandé la suspension de sa cotation en Bourse (voir ci-contre). Le groupe pharmaceutique lyonnais prévoit une chute de 50% sur ses produits remboursables, la première et la deuxième année qui suivraient une telle décision et une menace pesant sur 1.000 emplois (sur 2.500 au total).

Des syndicats vent debout

Plus de la moitié des Français auraient déjà utilisé un traitement homéopathique, selon un sondage Ipsos. Tous ne sont pas remboursés et ceux qui le sont, à hauteur de 30%, représentaient environ une enveloppe de 130 millions d’euros pour la Sécurité sociale, sur un total de près de 20 milliards pour la totalité des médicaments classiques. Selon un syndicat professionnel, la France comptait 5.000 médecins homéopathes (sur 296.000 inscrits au Conseil de l’ordre, dont 100.000 généralistes).

D’après les laboratoires Boiron qui ne ménagent pas leurs efforts pour défendre leurs affaires, 20.000 généralistes ont eu l’occasion de prescrire un traitement homéopathique. Une tendance qui varie selon les pays, puisque l’Allemagne reste favorable à cette approche alors que l’Espagne et l’Angleterre l’ont marginalisée, malgré dans ce dernier cas, le soutien militant du Prince Charles.

Dans l’hexagone, les deux syndicats de médecins spécialisés ont continué de plaider ces derniers temps pour le maintien du remboursement en dénonçant une "politique haineuse et des contre-vérités" suscitant "l’angoisse des patients". Et ils ont insisté sur le fait que l’homéopathie n’entendait pas se substituer aux autres techniques de soin mais qu’elle constituait un complément participant aux "soins de support" notamment dans le cas de thérapies conventionnelles lourdes.

Les partisans de cette méthode de soins ont appelé à des manifestations à Paris et à Lyon ce matin et ont fait état d’une pétition rassemblant un million de signatures. Mais en France, l’heure est aux économies et la décision de la ministre sera évidemment politique. Entre arguments scientifiques et conséquences sur l’emploi, la ministre se donnera quelques jours pour peser chacun de ses mots.

"Je n’ai pas reçu l’avis de la Haute autorité de santé. Aujourd’hui mon urgence est de gérer la canicule et son impact, je pense que la décision peut attendre encore quelques jours" a-t-elle toutefois déclaré. "Je rappelle que pour les médicaments anti-Alzheimer (déremboursés en août 2018, NDLR) la décision a été prise pratiquement un an après l’avis" de la HAS, a souligné la ministre. Des propos qui laissent les anti-homéopathie dubitatifs. "Je ne vois pas l’intérêt de solliciter l’avis de la HAS, d’avoir une conclusion qui semble claire, même si l’avis n’est pas encore public, et de tergiverser", assure le cardiologue Jérémy Descoux, président du collectif Fakemed. Ce collectif a été créé par les 124 médecins auteurs d’une tribune véhémente contre l’homéopathie et d’autres médecines alternatives. C’est sa publication qui a relancé le débat sur le déremboursement.

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