Le glyphosate autorisé par l'Allemagne..."contre son gré"

Le ministre allemand de l'Agriculture Christian Schmidt et la chancelière Angela Merkel à Berlin ce jeudi. ©EPA

L'Allemagne n'aurait pas voté en faveur de la prolongation du glyphosate si son ministre de l'Agriculture avait suivi la position du gouvernement, dit Angela Merkel. Sans ce vote, il n'y aurait pas eu de majorité pour prolonger de cinq ans l'autorisation du pesticide. "C'est surréaliste", a réagi le ministre belge Denis Ducarme.

L'affaire du glyphosate tourne au rocambolesque. Lundi après-midi, l'Europe entière est tombée des nues en découvrant que Berlin avait changé de position sur le renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché du pesticide. En choisissant de voter en faveur du texte proposé par la Commission européenne plutôt que de s'abstenir comme elle l'avait fait jusqu'alors, l'Allemagne a offert au glyphosate le laissez-passer de l'Union européenne.

Le ministre de l'Agriculture Christian Schmidt (CSU, conservateur) avait justifié la nouvelle position par l'insertion dans le texte d'amendements sur la protection de la biodiversité, notamment. Stupeur chez les opposants au glyphosate, et tremblements chez les socialistes allemands, membres du gouvernement en affaires courantes, qui refusaient de donner le feu vert de l'Allemagne au glyphosate...

"J'ai pris la décision par moi-même et dans le cadre de mon domaine de compétence ministérielle."
Christian Schmidt

Ce mardi, rebelote: l'Europe entière tombe à nouveau des nues, en apprenant cette fois que le ministre Christian Schmidt a agi contre les instructions de son gouvernement. Sa cheffe Angela Merkel - par ailleurs présidente de la CDU, parti frère de la CSU - a déclaré que la décision "ne correspondait pas à la position sur laquelle le gouvernement s'était mis d'accord". La chancelière a précisé s'être entretenu avec le ministre en insistant sur le fait qu'un "tel incident" ne devait "pas se répéter".

Christian Schmidt n'a pas cillé en justifiant l'ordre qu'il a intimé au représentant allemand autour de la table du comité d'appel européen sur les produits de "protection des plantes": "J'ai pris la décision par moi-même et dans le cadre de mon domaine de compétence ministérielle." L'Allemagne s'était abstenue lors des précédents votes sur le glyphosate parce que les ministres de l'Agriculture et de l'Environnement n'étaient pas d'accord sur le dossier.

"C'est surréaliste"

La ministre socialiste de l'Environnement Barbara Heindricks ne décolère d'ailleurs pas et demande "une mesure pour rétablir la confiance" qui prouve le leadership d'Angela Merkel au moment d'engager des négociations de coalition. Les Verts ont plus explicitement réclamé le limogeage de Christian Schmidt.

Le groupe de chimie allemand Bayer est engagé dans le rachat de l'entreprise américaine Monsanto, qui a mis le glyphosate sur le marché.

Cet épisode intervient alors qu'Angela Merkel peine à former une majorité pour diriger l'Allemagne, et que se dessine la perspective d'une nouvelle "grande coalition" entre les conservateurs et les socialistes du SPD. Les pourparlers n'ont officiellement pas commencé entre les deux grandes formations politiques.

Autre élément de contexte sensible: le groupe de chimie allemand Bayer est engagé dans le rachat de l'entreprise américaine Monsanto, qui a mis le glyphosate sur le marché et le commercialise notamment sous sa marque phare Roundup.

"Si ce que je lis dans la presse est vrai, c'est surréaliste", a réagi le ministre belge de l'Agriculture Denis Ducarme (MR). Cela renforce l'incompréhension du grand public vis-à-vis de la prise de décision européenne, ajoute-t-il : "Si je me place du point de vue de notre opinion publique, je comprends et je partage leur stupéfaction, vu le décalage flagrant entre la décision de la Commission et le vote du Parlement européen". Le Parlement européen, qui n'a pas de pouvoir en la matière, avait plaidé pour une sortie progressive du glyphosate (phasing-out), la Belgique est le seul État membre à avoir plaidé cette position au sein du comité, indique-t-on à son cabinet.

Une requête pour l'OMS

Lundi, le revirement de l'Allemagne a permis de dégager une majorité pondérée d'États membres en faveur du renouvellement de l'autorisation du glyphosate dépassant de justesse le seuil de représentativité de 65% de la population européenne.

Sans cette majorité qualifiée en faveur de la proposition, c'est à la Commission européenne que serait revenu la responsabilité de prolonger ou non l'autorisation du glyphosate, dont la licence vient à échéance le 15 décembre.

L'"opinion favorable" délivrée par les États membres contraint à présent la Commission à formaliser cette décision, ce qu'elle fera le 12 décembre.

L'"opinion favorable" délivrée par les États membres contraint à présent la Commission à formaliser cette décision, ce qu'elle fera le 12 décembre. Date à laquelle elle répondra également à l'initiative citoyenne européenne contre le glyphosate - une pétition qui a recueilli plus d'un million de signatures à travers l'Union (dont 56.068 en Belgique).

En attendant le prochain débat sur le re-renouvellement du glyphosate, la Commission entend interroger l'Organisation mondiale de la santé (OMS) "pour clarifier si des différences perdurent" entre les opinions sur le glyphosate émises par son agence de recherche sur le cancer (CIRC) et la réunion conjointe FAO/OMS sur les pesticides (JMPR) - le premier considérant le glyphosate comme probablement cancérigène pour l'être humain, le second pas.

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