Le gouvernement d'Édouard Philippe peine à étouffer la grogne sociale

Edouard Philippe, premier ministre français. ©Photo News

Le gouvernement français a annoncé une série de mesures budgétaires pour désamorcer la colère du personnel hospitalier. Une vaste grève contre la réforme des retraites se profile.

"Nous avons entendu leur colère, leur épuisement et leur désarroi et la réponse du gouvernement est ce plan d’urgence." Alors que l’hôpital public et les personnels de santé sont à bout de souffle, Édouard Philippe, le Premier ministre français, a joué son va-tout hier en annonçant trois grandes mesures de sauvetage: des primes, une reprise de la dette publique et une hausse du budget.

Point critique de cette crise, le manque d’attrait financier du secteur, qui se traduit par une pénurie de soignants et la fermeture de lits. Pour y remédier, le gouvernement s’est dit prêt à accorder des primes, notamment aux 40.000 infirmiers et aides soignants vivant à Paris et sa proche banlieue, qui pâtissent de bas salaires et loyers excessifs.

1,5 milliards €
Le budget des hôpitaux sera augmenté de 1,5 milliard d’euros sur trois ans

Autre pilier de la réforme: l’allégement de la dette. "En dix ans, l’investissement hospitalier a été divisé par deux alors que la dette augmentait de 40%", a rappelé le Premier ministre alors que les établissements ont emprunté auprès de banques commerciales à des taux parfois très élevés. Pour alléger ce fardeau qui les étrangle, l’État reprendra à son compte un tiers de la dette des hôpitaux, soit 10 milliards sur les 30 au total, et les autorisera à dépenser plus au cours des 3 prochaines années. À cet horizon, le budget va bénéficier d’un coup de pouce d’1,5 milliard d’euros, dont 300 millions dès 2020.

Réactions mitigées

Cela suffira-t-il à satisfaire le personnel hospitalier? Hier, les réactions étaient plus que mitigées. "On se moque de nous, entendait-on d’ailleurs au sein des collectifs de grévistes. "Il nous faut des lits, et de meilleures conditions de travail" alors que la crise couve depuis plus de 8 mois.

Certains élus de la majorité n’hésitent plus à pousser l’exécutif à prendre d’autres mesures d’urgence.

Certains critiquent le fait que le gouvernement ait choisi d’accorder des primes plutôt que de revaloriser les salaires. Sans compter que "les primes n’entrent pas dans le calcul des retraites", fait valoir un médecin de l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris. Le débat risque donc de compliquer plus encore la tâche du gouvernement.

D’autant qu’il fait déjà face à la menace d’une grève illimitée contre sa réforme des retraites début décembre. Et que ce plan hospitalier visait à éteindre au moins un des multiples foyers de contestation actuels. "On sera également dans la rue le 5 décembre", a déjà averti Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France (CGT Santé). Car selon lui, les problèmes vont s’additionner et l’évolution des pensions risque d’allonger de 5 ans la durée du travail des aides-soignantes.

Réforme des retraites

Lancé par les syndicats des transports publics – RATP puis SNCF –, le mouvement contre la réforme des retraites ne cesse depuis de s’étoffer. Outre certains fonctionnaires figurent déjà sur la liste des professions prêtes à débrayer les avocats et les internes en médecine. Et peut-être, si deux de leurs syndicats sont entendus, les policiers. Sans compter les gilets jaunes, qui sont descendus dans la rue le weekend dernier pour le premier anniversaire de leur mouvement.

En vue d’éviter un blocage total du pays, certains élus de la majorité n’hésitent plus à pousser l’exécutif à prendre d’autres mesures d’urgence. Dernière en date, l’organisation, avant le 5 décembre, d’un grand sommet social.

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