Le gouvernement espagnol lance le processus d'exhumation de Franco

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Le gouvernement socialiste espagnol a lancé le processus d'exhumation de l'ancien dictateur Franco de son mausolée controversé, une décision qui divise en Espagne où le travail de mémoire provoque toujours une fracture politique.

Le gouvernement espagnol du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a fait ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé entreprendre: lancer le processus d’exhumation du dictateur Francisco Franco de son mausolée du Valle de los Caidos (la vallée de ceux qui sont tombés).

Ainsi l’a-t-il annoncé ce vendredi. "Nous célébrons les 40 ans de l'Espagne démocratique, d'un ordre constitutionnel stable et mûr (...) et ce n'est pas compatible avec une tombe d'Etat où l'on continue à glorifier la figure de Franco", a insisté la numéro deux de l'exécutif Carmen Calvo devant la presse. "Nous ne pouvons pas perdre un seul instant", a-t-elle martelé.

Le Parti populaire (PP, droite), premier parti de l’opposition, a déjà annoncé qu'il déposerait un recours devant la Cour constitutionnelle.

Le décret qui autorise le transfert de la dépouille devra être voté au Parlement d’ici un mois. Les socialistes y sont très minoritaires (84 députés sur 350), mais ils pourront compter sur l'appui de la gauche radicale de Podemos, des indépendantistes catalans et des nationalistes basques pour obtenir la majorité simple nécessaire.

Le Parti populaire (PP, droite), premier parti de l’opposition, a déjà annoncé qu'il déposerait un recours devant la Cour constitutionnelle. Franco sera tout probablement transporté au caveau familial de son ancienne résidence du Pardo, où est enterrée sa veuve, Carmen Polo.

C’est à la famille, qui s’oppose à l’exhumation, de décider. Elle a quinze jours pour le faire. Sinon, ce sera au gouvernement espagnol de trouver un emplacement "digne et respectueux", a voulu souligner Carmen Calvo.

©EPA

Fracture dans le pays

Les Espagnols sont assez partagés sur le sort de la dépouille du dictateur. D’après un sondage de Sigma Dos publié le 15 juillet dans le quotidien El Mundo, 40,9% sont favorables à l’exhumation, 38,5% la critique et 20,6 % n’en pensent rien.

Pour Bonifacio Sanchez, porte-parole de l’Association pour la Récupération de la Mémoire Historique (ARMH) qui s’occupe de chercher les restes des victimes de la guerre civile, la décision du gouvernement est la bienvenue. "Il est temps de tourner la page" et de transformer el Valle de los Caidos en un "instrument de pédagogie démocratique".

38.269
visites
Le mausolée où est Franco a connu un bond du nombre de visites ces derniers mois: 38.269 visites en juillet contre 23.135 en juin.

Complexe monumental, tout en granite, situé dans les montagnes à 50 kilomètres de Madrid et surplombé par une croix de 150 mètres de haut, ce mausolée abrite aussi les restes de 27.000 combattants franquistes et d'environ 10.000 opposants républicains. Un peu plus de 21.000 on été identifies, 12.000 restent inconnues. Le tombeau est en général assez désert. Mais depuis que Franco fait la une des journaux, de nombreux Espagnols ont décidé d’y faire un tour, par curiosité.

Selon des chiffres du Patrimoine national, organisme public gérant le mausolée, les visites y ont bondi ces derniers mois: 38.269 visites en juillet contre 23.135 en juin. "Franco était mort et enterré. Pedro Sanchez l’a ressuscité et pour quoi faire? Le passé c’est le passé. L’Espagne a tellement d’autres problèmes et c’est de ça qu’on s’occupe?" dit Fernando Torra, venu voir la tombe avec sa femme.

Marisa Ferran, institutrice, est du même avis. "Franco est mort quand j’étais toute petite. Dans ma famille on était contre. Mais sincèrement je ne vois pas l’intérêt de réveiller les fantômes du passé".

13
millions
Maintenir en état el Valle de los Caídos et en faire un vrai musée coûterait, selon le rapport de 2011, au moins 13 millions d’euros.

Avant Pedro Sanchez, son prédécesseur socialiste au gouvernement, Jose Luis Rodriguez Zapatero, avait lui aussi essayé de résoudre le problème du Valle de los Caídos. Une commission d’experts avait conclu en 2011 que le mieux était de ne pas toucher au monument, mais plutôt d’expliquer les circonstances de sa construction par des milliers de prisonniers républicains.

Le monument tombe en morceaux. Les infiltrations d’eaux sont visibles un peu partout. Les niches sont dans un état de délabrement avancé ce qui rend impossible l’identification des victimes inconnues. Maintenir en état el Valle de los Caídos et en faire un vrai musée coûterait, selon le rapport de 2011, au moins 13 millions d’euros. Mais qui paiera la facture?

Un supporter de l'ancien dictateur ©REUTERS

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