analyse

Le gouvernement français tente de désamorcer la crise des gilets jaunes

©REUTERS

Tant réclamée, la décision trop tardive de suspendre la prochaine taxe carbone ne lève pas l'hypothèque de la prochaine manifestation.

L'exécutif français a fini par prendre en considération la contestation sociale liée aux gilets jaunes. Après un week-end très agité et un début de contagion à d'autres catégories de la population, le Premier ministre français Edouard Philippe a annoncé ce mardi une série de mesures destinées à apaiser le conflit. Face à la perspective d'un quatrième samedi de manifestations, Edouard Philippe s'est d'emblée attaqué au point névralgique qui a vu s'amorcer le mouvement sur les réseaux sociaux dans le courant du mois d'octobre: l'augmentation de la taxe carbone sur le carburant et le fioul domestique prévue au mois de janvier sera ajournée le temps qu'un débat s'instaure. Dans le même ordre d'idées, le principe de convergence de la fiscalité du diesel avec celle de l'essence et la hausse du gazole pour les professionnels sera mis aux arrêts de rigueur le temps "d'identifier et de mettre en oeuvre des mesures d'accompagnement justes et efficaces". Le super contrôle technique bien plus cher qu'auparavant sera également mis en quarantaine. Et pour faire bonne mesure enfin, le Premier ministre a déclaré que les tarifs de l'électricité et du gaz n'augmenteront pas "durant la concertation et donc pas durant l'hiver qui s'annonce", tout en évoquant une l'idée d'une "prime mobilité" qui fera partie des discussions à venir.

Réaction trop tardive

Toute la question est désormais de savoir si cette batterie de décisions sera suffisante pour endiguer une colère qui s'est considérablement enrichie dans ses motifs avec le pouvoir d'achat et les services publics en dénominateur commun. À un éditorialiste qui estimait ce mardi sur l'antenne de France Info que l'on assistait à un véritable "changement de pied" de la part du gouvernement, une gilet jaune sollicitée par la même radio considérait de son côté qu'il s'agissait au mieux d'un "changement d'orteil", rappelant que l'exigence première avait toujours porté sur un "abandon" pur et simple de l'augmentation de la taxe carbone. D'après les premières réactions, il semble que le temps pris par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pour réagir a joué en leur défaveur. S'il est clair qu'ils ont fini par prendre en considération le mouvement, il n'est pas évident de conclure qu'ils en ont évalué toute la densité du moins à l'aune des décisions prises mardi. Car Paris a les mains liées par les règles du jeu européen, ce qui limite la marge de manœuvre budgétaire. D'ailleurs le ministre de l'Économie et des Finances Bruno le Maire s'est empressé de préciser à ce sujet que les dispositions prises par Edouard Philippe ne remettraient pas en cause les engagements budgétaires et financiers de la France envers l'Union européenne. Un "cap est fixé" a-t-il ainsi martelé en marge de l'Ecofin à Bruxelles. Un cap qui est "celui du respect de nos engagements européens, la réduction de la dépense, la réduction de la dette et la réduction des impôts". Et que cet objectif serait "tenu", soit un déficit limité à 2,8% du PIB l'an prochain. Selon une source gouvernementale citée par l'agence Reuters, le manque à gagner induit par les mesures prises mardi sera de deux milliards d'euros.

Edouard Philippe face aux députés

Ce qu'il y a de sûr c'est que le procès en surdité fait par les contestataires à l'adresse de Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne vaut plus. D'abord parce que les deux hommes ont bouleversé leurs agendas respectifs (avec notamment l'annulation d'un voyage officiel en Serbie pour le premier) et surtout parce qu'enfin, à la demande générale, et y compris dans les rangs de leur propre parti, un premier volet de mesures a été effectivement décidé. Même si elles ne sont pas considérées suffisantes par les protestataires, elles vont leur permettre à tout le moins comme à chaque acteur de la majorité présidentielle d'argumenter en faveur d'un apaisement. Et incidemment de plaider pour des économies, car la brèche budgétaire artificiellement créée pour lâcher du lest devra bien être compensée. Devant les députés mardi, Edouard Philippe n'avait plus, en tout cas, les mains vides.

La journée de samedi fera figure de test alors qu'en plus d'une nouvelle manifestation potentielle doit aussi se tenir une marche pour le climat dont le ministre de l'Intérieur a demandé l'annulation. Par ailleurs la préfecture de police de police a demandé à la Ligue française de football le report du match de Ligue 1 PSG-Montpellier, initialement prévu samedi à Paris, histoire de ne pas voir s'additionner des débordements. L'annulation d'un match au pays du football démontre à tout le moins que l'heure est grave.

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