analyse

Le gouvernement italien tente de survivre grâce à un équilibre précaire

Matteo Renzi a tenté un coup de poker pour détrôner le Premier ministre Conte en retirant deux de ses ministres du gouvernement Conte. En vain. ©Photo News

Chancelant, mais décidé à combattre, l’exécutif Conte résiste pour l’instant à la soudaine défection de l’ancien Premier ministre, Matteo Renzi.

Matteo Renzi a tout fait pour le détrôner. Le Premier ministre Giuseppe Conte tient, pourtant, encore debout. Lundi et mardi, l’actuel Président du Conseil a défendu, bec et ongles, face au Parlement, son rôle institutionnel ainsi que son exécutif contre les graves accusations formulées la semaine dernière par Renzi, leader de Italia Viva (IV), parti de centre gauche avec 2,4% des intentions de vote.

Suite à la défection du parti Italia Viva, qui a retiré, le 13 janvier dernier, ses deux ministres du gouvernement, la péninsule s’est, en effet, empêtrée dans une crise politique sans précédent qui semblait, pour le moins initialement, marquer la fin de l’actuelle alliance gouvernementale entre le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles.

Conte prêt à continuer

L’exécutif Conte est, néanmoins, encore bien résolu à poursuivre son aventure politique. Suite à un discours, long et passionné, à la fois applaudi et hué, Conte a réussi à obtenir, ce lundi, la majorité absolue à la Chambre des députés (321 voix) après un vote de confiance très controversé.

"Permettez-nous de nous engager, avec conviction et rapidité, dans la voie des réformes."
Giuseppe Conte
Devant le Parlement italien

«Je lance un appel à tous ceux qui aiment ce pays: aidez-nous à panser les blessures de nos citoyens meurtris par l’ouragan épidémique et permettez-nous de nous engager, avec conviction et rapidité, dans la voie des réformes», a déclaré Conte au Parlement.

Or, si la confiance de la Chambre des députés était acquise, la physionomie politique du Sénat laissait, au contraire, une grande marge de doute sur les chances de survie de Conte et de son exécutif. Sans les dix-huit sénateurs de IV, l’actuel gouvernement risquait de ne pas obtenir le soutien de la chambre haute. Après un âpre débat, il a pourtant réussi à remporter la confiance relative avec 153 ou 154 voix pour. Fait inédit: un sénateur aux toilettes n’a pas voté. La Chambre doit encore décider si elle prend en compte ce vote. Quoi qu’il en soit, ce résultat est insatisfaisant, mais suffisant pour continuer à croire en l’avenir de l’exécutif.

Nouvelle majorité

Constituée d’un groupe composite de représentants parlementaires, cette nouvelle majorité, exiguë et structurellement précaire, a été rafistolée dans la précipitation, le week-end dernier, grâce à une offensive de séduction mise en place par les proches du Premier ministre, le PD et le M5S. Une périlleuse course contre la montre.

Or, avec un produit intérieur brut qui s’est effondré de plus de 9% au cours de l’année dernière, un endettement public d’environ 160% du PIB, et une Péninsule mise à genoux par le fléau épidémique, le chef de l’État, Sergio Mattarella, pourrait bien remiser ses doutes quant à la solidité et la cohésion de cette nouvelle majorité, dans l’espoir que le pays retrouve, grâce à elle, un nouveau centre de gravité. Il pourrait, donc, suite à ce dernier vote de confiance au Parlement, «donner sa bénédiction» à un gouvernement Conte amputé de la composante Italia Viva et fraîchement remanié. 

"Maîtres chanteurs"

Une perspective qui provoque la colère des partis de la droite souverainiste qui réclament, depuis le retournement de Matteo Renzi, l’organisation d’élections législatives anticipées. Un scénario catastrophe pour la coalition de centre gauche qui risquerait une défaite cuisante face à la coalition composée par la Ligue de Matteo Salvini, Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni et par le parti dirigé par Silvio Berlusconi, Forza Italia.

«Il faut absolument retourner aux urnes parce que l’Italie ne peut pas se permettre un gouvernement encore plus fragile que l’actuel, gorgé d’improvisateurs et de maîtres chanteurs prêts à tout pour sauver leur peau», a lancé une Giorgia Meloni furieuse.

Dans ce contexte fluide et incertain, une seule chose est donc certaine: les inquiétudes de Giuseppe Conte sont loin d’être levées.

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