Le grand débat a offert un répit bienvenu à Macron

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Le "grand débat" la réponse du pouvoir à la crise des gilets jaunes se clôture. En tirer les conséquences sera ardu pour un pouvoir qui peine à relancer son action.

Imaginé en décembre et débuté en janvier comme un instrument de réponse à la crise des gilets jaunes, le grand débat national voulu par Emmanuel Macron tire théoriquement à sa fin. La clôture est prévue pour le 15 mars avec une extension de trois jours pour les contributions en ligne. Ce questionnement public, inédit en France par son ampleur, a au préalable été cadré par une lettre du Président français qui l’a découpée en quatre thèmes, allant bien au-delà des revendications des gilets jaunes: la fiscalité et les dépenses publiques (en tête des préoccupations), l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté.

La synthèse des propositions aura lieu officiellement au mois d’avril sans que le site officiel ne précise le calendrier précis de la restitution. Ce qui peut se comprendre compte tenu de la variété des retours et de la complexité des contributions (334.000). Lesquelles proviennent d’internet ou des milliers de réunions ayant eu lieu sur le territoire. Si Emmanuel Macron s’en tient à sa position de départ, il en résultera notamment "un nouveau contrat pour la Nation" et une structuration réorientée de "l’action du gouvernement et du Parlement". Le chef de l’Etat s’est personnellement impliqué dans le grand débat n’hésitant pas à nettoyer son agenda afin de participer à des réunions marathons face à des élus et des citoyens. Un engagement qui lui a valu d’être critiqué, d’aucuns y voyant une campagne personnelle qui ne disait pas son nom, à quelques encablures du scrutin européen.

Sur "la corde raide"

Or les curseurs ont bougé. Dans les chaussettes à l’automne, la popularité d’Emmanuel Macron a repris un peu de vigueur. D’environ 20% à la fin de l’année 2018, elle est remontée à 28% en mars selon Ipsos, un peu moins d’après d’autres sondeurs. Une légère embellie qui serait due selon maints observateurs à un positionnement davantage droitier. En outre, alors que le Rassemblement national (ex-FN) était légèrement passé en tête en fin d’année dernière pour les intentions de vote aux élections européennes, le parti présidentiel (La République en marche alliée au Modem) domine à nouveau dans les sondages. Ces signes ne peuvent qu’encourager le Président français à pousser son avantage. Mais sa situation reste fragile. Le politologue Roland Cayrol qui a publié en janvier un livre fort justement titré "Le Président sur la corde raide", rappelle que si Emmanuel Macron n’a plus les faveurs d’une majorité de Français, "personne" chez ses concurrents n’a la "capacité de prétendre faire mieux que lui". Et ce vieux routier de la politique hexagonale d’estimer que le jeune Président devra "modifier sa feuille de route" dans une gestion certainement plus compliquée que "l’exercice jupitérien" dont il se prévalait jusqu’à présent.

"Personne" chez les concurrents de Macron n’a la "capacité de prétendre faire mieux que lui".
Roland Cayrol
Politologue

De fait, tout dépendra de la lecture faite, des enseignements synthétisés et des conclusions tirées du grand débat que les gilets jaunes ne seront pas les seuls à ausculter à l’aune de leurs revendications. Edouard Philippe ne le sait que trop. Devant le Conseil économique, social et environnemental, le Premier ministre a fait part mardi de ses doutes. Selon lui, "imaginer qu’il serait possible de sortir du grand débat par une série d’annonces, de vérités révélées, serait se tromper sur la nature même de l’exercice". Le chef du gouvernement estime en substance que s’il est assez facile "d’élaborer un consensus", il y aura par la suite des "décisions difficiles à prendre" qui ne contenteront pas tout le monde. Depuis bientôt deux ans qu’il est à la manœuvre, Edouard Philippe parle en expert.

"Imaginer qu’il serait possible de sortir du grand débat par une série d’annonces, de vérités révélées, serait se tromper sur la nature même de l’exercice."
Edouard Philippe
Premier ministre français

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