Le grand retour de Juppé

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L'ancien Premier ministre Alain Juppé, fait son grand retour au gouvernement sous la direction d'un Nicolas Sarkozy qu'il n'a pourtant guère ménagé lors de son exil bordelais. A 65 ans, le maire de Bordeaux est un habitué des traversées du désert suivies de "come backs" parfois avortés.

Alain Juppé fait son grand retour après avoir subi une période de disgrâce. En devenant en mai 2007 le numéro deux du gouvernement à la tête d'un grand ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, Alain Juppé pensait en avoir fini avec une longue période de discrédit politique.

Le répit fut de courte durée: quelques semaines plus tard, il devait quitter l'équipe de François Fillon, victime de la règle selon laquelle tout ministre battu aux élections législatives doit démissionner du gouvernement.

Sa nomination dimanche au ministère de la Défense comme numéro deux du gouvernement constitue donc une forme de revanche pour lui, même s'il nourrissait au départ les plus hautes ambitions, jusqu'à la présidence de la République.

Homme pressé

Jadis surnommé "le meilleur d'entre nous" par Jacques Chirac, Alain Juppé a connu une carrière d'homme pressé, dont l'ambition s'est toujours affichée presque naturellement. "Je ferai Normale Sup, l'Ena, l'inspection des Finances et de la politique", confiait-il au début des années 1960 à son condisciple de "classe prépa" Jérôme Clément.

"Crâne d'oeuf" - au propre, comme au figuré -, capable de digérer des dossiers, il a gravi tous les échelons du pouvoir dans l'ombre de Jacques Chirac: "normalien, énarque sachant écrire", il entre à son service en 1976, juste avant la création du parti RPR, et devient un collaborateur incontournable.

Une machine politique

Il atteindra le zénith de sa carrière en 1995 en devant le Premier ministre de Jacques Chirac. Mais si son parcours doit beaucoup à l'ancien président, ses déboires lui sont aussi intimement liés.

Quand Jacques Chirac fait le pari de dissoudre l'Assemblée nationale en 1997 pour renforcer sa majorité, les socialistes l'emportent et Alain Juppé est obligé de quitter ses fonctions marquées, il est vrai, par des mouvements sociaux très importants contre son projet de réforme de la Sécurité sociale.

Maire de Bordeaux pendant neuf ans, jusqu'en décembre 2004, Alain Juppé doit quitter ce poste après sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, une affaire liée à la mainmise de Jacques Chirac sur le parti de droite. Sa carrière semble alors avoir subi un coup fatal.

Mais son audition par la police financière dans cette même affaire, trois jours avant l'annonce du premier gouvernement de François Fillon, n'a pas empêché son retour au gouvernement en 2007 pour quelques brèves semaines.

Il est ensuite parti enseigner au Québec durant un an, avant de revenir s'installer avec sa famille à Bordeaux en 2006 et d'y retrouver sa mairie après une élection anticipée.

Juppé a posé ses conditions

Interrogé le 30 juin dernier par L'Express sur ses ambitions, il dit avoir épuisé le charme des "voitures, des palais, des protocoles", mais pas du service de l'Etat. "Je ne suis pas lassé de servir mon pays. Mais je ne suis pas candidat et je ne m'ennuie pas à Bordeaux", dit-il.

Il n'a pourtant pas été avare de critiques envers la politique de Nicolas Sarkozy ces dernières années, notamment sur sa "méthode" et ses accents sécuritaires. Pour "calmer la tourmente politique", il faut "sans doute, remettre le gouvernement en situation de gouverner, ce qui passe, au moment que le président jugera opportun, par un profond remaniement mais aussi par un changement de méthode", disait-il en juillet son son blog.

"La priorité sécuritaire ne doit pas (...) conduire à des exagérations, peu compatibles avec nos valeurs fondamentales", renchérissait-il à propos de la politique de démantèlement des camps de Roms décidée par le président de la République. Mais il se déclarait clairement prêt à reprendre le collier.

"Si je vais au gouvernement, c'est pour essayer d'être utile", disait-il au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI en septembre. "Je suis toujours passionné par les affaires publiques, les affaires du monde, les affaires de la France et de l'Europe". Mais pour cela, il faut, disait-il le 12 septembre dans La Croix, que Nicolas Sarkozy laisse ses ministres exister. "Le président de la République ne peut pas monter au créneau sur tous les sujets. Il faut que le gouvernement et les ministres assurent ce rôle, même si les choix essentiels reviennent au chef de l'Etat", soulignait-il.

 

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