Publicité
Publicité
analyse

Le Japon, grand vainqueur de l'accord de libre-échange avec l'UE

©AFP

L'accord de libre-échange entre l'UE et le Japon, signé ce mardi à Tokyo, a-t-il été négocié de manière trop rapide? Dans sept ans, les droits de douane sur les importations de voitures japonaises en Europe seront levés. L'industrie automobile européenne devra affronter une concurrence plus rude que jamais. En échange, l'Europe vendra plus de produits agricoles au Japon (fromage, chocolat, vin), à l'exclusion du riz.

L’Union européenne et le Japon ont signé mardi à Tokyo un accord de libre-échange ("Jefta") qu’ils ont qualifié d’"historique". Ce traité commercial, conclu entre deux des plus grandes économies du monde, est présenté comme "un message aux Etats-Unis" confinés depuis l’arrivée du président Trump dans un repli protectionniste.

Au-delà des messages officiels, des questions se posent sur les concessions importantes faites au secteur automobile japonais. Selon certaines sources, les Européens, pressés d’en finir, ont trop donné aux Japonais.

Fromages contre voitures

Le Jefta, le plus important accord du genre signé par l’UE, couvre un tiers du PIB mondial. Plus de 600 millions de consommateurs. Il ouvre le marché japonais aux produits agricoles européens en prévoyant la disparition progressive des taxes, principalement sur le fromage (30%), le bœuf (38,5%), le chocolat (30%) et le vin (15%).

Le riz, symbolique, en est exclu de même que le sucre. Certains produits comme le Roquefort et la Feta verront leur appellation contrôlée étendue à l’île.

©Bloomberg

En contrepartie, l’UE mettra fin en sept ans aux droits de douane sur les importations de voitures japonaises et les pièces. Ces taxes, d’au moins 10% pour les voitures et 3% pour les pièces, disparaîtront.

Certaines voix dénoncent un accord "déséquilibré". Une "catastrophe" pour le secteur automobile européen. "Quand les barrières tarifaires seront levées, les Japonais vont accroître leurs importations de voitures en Europe et gagner d’importantes parts de marché", avertit une source proche des négociations. "Les producteurs européens perdront des parts de marchés. L’emploi sur les sites japonais installés en Europe sera aussi menacé." L’Europe risque de sortir perdante d’un accord négocié à la hâte. L’Acea, l’association des constructeurs européens, ne s'est pas réjouie de ces négociations.

"Quand les barrières tarifaires seront levées, les Japonais vont accroître leurs importations de voitures en Europe et gagner d’importantes parts de marché."
Source proche des négociations

La Commissaire européenne Cecilia Malmstrom affirme que l'UE pourrait réimposer des restrictions si le nombre de voitures japonaises augmente de manière anormale, sans préciser ce qu'elle entend par "anormal".

Depuis une dizaine d’années, les Japonais n’ont cessé d’accroître leurs importations de voiture en Europe. Elles représentent actuellement 29% de leurs ventes sur le marché européen. Dans quelques années, une fois les droits de douane levés, ces voitures s’écouleront encore plus facilement.

Vu l’avancée des producteurs nippons dans le secteur des voitures électriques et les moteurs peu énergivores et, de l’autre côté, les normes de plus en plus drastiques à l’encontre du diesel, une spécialité des constructeurs allemands, l’avantage des japonaise sera encore plus grand.

Des négociations rapides

Qu’a reçu l’UE en échange? Le droit de vendre plus de fromage et de bœuf au Japon, ce qui est peu, vu l’intérêt relativement faible des Japonais. Les fromages européens entrent très peu dans le régime alimentaire des Japonais.

L’accord a-t-il été négocié trop vite? Peu après son élection, Donald Trump a bloqué les négociations du TTIP avec l’UE. En réaction, l’Europe et le Japon ont accéléré les négociations de leur accord de libre-échange.

L’histoire dit qu’un coup de fil du Premier ministre Shinzo Abe à Juncker a relancé les Européens. Mais l’UE, occupée à faire ratifier le Ceta au forceps, était encore plus désireuse de conclure avec le Japon pour isoler Trump et ses velléités protectionnistes.

Le Jefta ne dit rien de la protection des investissements et des clauses d’arbitrage, les négociations n’étant pas encore terminées. Cette situation permet à l’UE d’éviter de passer par les parlements nationaux et d’affronter un blocage, comme ce fut le cas du Ceta.

L’accord devrait entrer en vigueur en 2019.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés