Le livre blanc sur le Brexit proposé par Theresa May convaincra-t-il l'UE?

Theresa May devra également convaincre l'UE sur son plan de Chequers. ©REUTERS

Les détails du livre blanc de l'exécutif concernant les futures relations entre l'UE et le Royaume-Uni ont été exposés ce jeudi. Un plan loin de faire consensus au sein du Parlement et qui doit convaincre Bruxelles.

Ce jeudi, la Première ministre britannique Theresa May a dévoilé son livre blanc qui doit apporter une clarté nouvelle sur le devenir des relations entre l'UE et le Royaume-Uni après le Brexit. Un plan qui revêt les atours d'un "soft Brexit" dont le prochain défi sera de susciter l'adhésion, à la fois de l'UE et du Parlement britannique.

Quelle relation avec l'UE?

En dépit des dissensions internes à son parti, la Première ministre a opté pour la voie d'un Brexit moins brutal qui n'implique pas une rupture totale avec l'UE. Le plan rend compte de la volonté de Londres de reprendre le contrôle de son économie, de ses frontières et de son droit. Cependant, Theresa May défend une stratégie de collaboration étroite avec l'UE notamment sur les volets commerciaux et sécuritaires.

> Sur l'union douanière. La stratégie de l'exécutif se fonde sur la constitution d'une "zone de libre-échange des biens" ce qui a fortement cristallisé les crispations du côté des partisans d'un Brexit sans concession. Une démarche visant un "arrangement douanier simplifié" pour éviter une frontière entre les deux Irlande. Selon les termes du plan défini à Chequers, Le Royaume-Uni pourrait fixer ses propres droits de douane tout en ayant la possibilité de nouer de nouveaux partenariats commerciaux hors UE.

Le plan de May pour les services financiers inquiète la City londonienne

Le chef de la City de Londres a souligné que le plan de Theresa May porterait préjudice au secteur des services financiers. "Le papier blanc d'aujourd'hui sur le Brexit est un véritable revers pour le secteur des professionnels britanniques liés aux services financiers", a déploré Catherine McGuinness, haute responsable de la City, dans un communiqué relayé sur son compte Twitter.

En proposant un nouvel accord pour les services financiers, Londres affaiblit le partenariat avec l'Europe sur ce domaine. Un lien distendu critiqué par les représentants de ces services financiers qui souhaitaient avoir un accès facilité avec le bloc européen. Pour le gouvernement, il s'agit de "tracer sa propre voie dans les domaines les plus importants de son économie." Il reconnaît cependant que cet accord entraînera "davantage de barrières" et privera les institutions financières de leur "passeport européen."

"Avec des liens plus distendus avec l'Europe, les secteurs financiers et associés seront moins à même de créer des emplois, de générer des impôts et de soutenir la croissance de l'économie. C'est aussi simple", a ajouté Catherine McGuinness.

> Demande de maintien dans certaines institutions européennes. Londres prévoit la poursuite d'une coopération étroite sur le volet sécuritaire en proposant le maintien du pays au sein d'Europol et d'Eurojust. Dans le même sens, Theresa May souhaite prendre part aux agences européennes des produits chimiques, de la sécurité aérienne et des médicaments. En revanche, le Royaume-Uni souhaite ne plus être placée sous l'égide de la Cour de Justice européenne mais a affirmé son engagement à respecter la Convention des droits de l'Homme.

> Sur la libre-circulation des personnes. Theresa May prévoit la fin de la libre-circulation des personnes. Cependant, elle entend faciliter la mobilité pour les étudiants et la jeunesse. La Première ministre propose un "nouveau cadre qui respecte les contrôles britanniques aux frontières". Pour les transports, le plan prévoit un accord sur l'aérien afin de garantir le maintien de l'accès réciproque des avions entre l'UE et le Royaume-Uni.

"Nous abordons ces négociations avec un esprit pragmatique, de compromis et, bien sûr amical. J'espère que l'UE va étudier nos propositions avec le même esprit"
Dominic Raab
Ministre du Brexit

L'accueil qui sera réservé au livret blanc par Bruxelles demeure pour l'heure la grande inconnue. En premier lieu parce que la plupart des responsables européens ne considèrent le livret blanc que comme une simple base de travail. Par ailleurs, les dirigeants européens ont à plusieurs reprises souligné l'impossibilité de limiter les échanges aux marchandises, en laissant de côté les personnes ou les services.

Or, le plan de Theresa May stipule bien la fin de la libre-circulation des personnes ainsi que l'idée que le secteur britannique des services n'aura pas les niveaux actuels d'accès aux marchés de l'UE.

"L'UE est bien sûr ouverte au compromis mais pas à un compromis susceptible de saper les principaux piliers du marché unique", a indiqué une source européenne. Michel Barnier, chef de la négociation avec le Royaume-Uni, a souligné que les lignes directrices de Londres allaient être étudiées.

Un nouveau souffle?

Du côté de l'équipe gouvernementale, le livre blanc représente une avancée dans les négociations sur le Brexit. "C'est la bonne approche, à la fois pour le Royaume-Uni et pour l'UE", devrait annoncer Dominic Raab, le nouveau ministre du Brexit. "Le livre blanc expliquera dans les détails comment cela fonctionnera", devrait-il ajouter selon son cabinet.

Il s'agit d'"une relation sur mesure avec l'UE (...) C'est une proposition crédible, audacieuse, ambitieuse, mais c'est aussi pragmatique", avait-il annoncé au micro de la BBC. Theresa May a réitéré sur Twitter le fait que "notre accord sur le Brexit respecte la volonté du peuple britannique. Et, en tant que Première ministre, c'est le Brexit que je suis déterminée à délivrer.

Même sentiment du côté de Jeremy Hunt, nouveau ministre des Affaires Étrangères. Il considère le livre blanc comme le seul moyen de parachever un "partenariat profond et spécial avec l'Europe." Côté irlandais, le plan a été accueilli favorablement par Simon Coveney, le ministre des Affaires Etrangères, qui a salué "un pas en avant vers un soft Brexit."

Londres et Washington esquissent leur future relation commerciale

Theresa May entend renforcer ses liens avec Donald Trump, en vue notamment de nouer un partenariat commercial fort. "Il n'y a pas d'alliance plus forte que celle avec les États-Unis, avec qui nous entretenons une relation spéciale, et il n'y aura pas d'alliance plus importante dans les années à venir", a avancé la cheffe du gouvernement britannique via un communiqué.

"Cette semaine, nous avons l'opportunité de consolider cette relation commerciale unique et de débuter des discussions sur la manière dont nous construirons un partenariat commercial renforcé, ambitieux et à l'épreuve du temps", a-t-elle ajouté. Un accord commercial de grande envergure avec le Royaume-Uni est également perçu d'un bon œil par le Président américain.


Les espoirs affichés par le gouvernement britannique contrastent avec l'indignation que le plan de Chequers a suscité chez les Brexiters convaincus. Le malaise avait directement concerné le gouvernement, divisé sur le degré de rupture avec l'UE. Des désaccords qui ont conduit à la démission de David Davis, ex-ministre du Brexit, et de Boris Johnson, auparavant chef de la diplomatie britannique, et plongé l'exécutif en pleine crise. Et la tempête n'est pas encore passée.

Risque de fronde au Parlement

Si le gouvernement a été secoué par ces renoncements, le paradoxe est qu'ils pourraient laisser les mains plus libres à Theresa May pour négocier un Brexit assoupli. Cependant, cette crise a exacerbé les fractures déjà fortes entre europhiles et europhobes au sein même de son parti conservateur et pourrait mettre en péril l'adoption du texte devant le Parlement.

"Ce n'est pas quelque chose pour lequel je voterais, ni pour lequel le peuple britannique a voté"
Jacob Rees-Mogg
Député conservateur pro-Brexit

Plusieurs députés conservateurs ont d'ores et déjà fait part de leur projet de contrecarrer le plan gouvernemental qui est une "trahison" du référendum de 2016. La colère gronde chez les europhobes qui voient la stratégie de Chequers comme un dévoiement de la promesse du Brexit. C'est d'ailleurs ce qu'a sous-entendu le président américain Donald Trump lors du sommet de l'OTAN. Les conservateurs europhobes entendent introduire des amendements à un projet de loi sur le commerce qui sera débattu la semaine prochaine à la Chambre des Communes.

Des amendements qui visent seulement "à aider le gouvernement à tenir ses promesses antérieures", a souligné le député Jacob Rees-Mogg, partisan d'un divorce sans concession avec Bruxelles. L'objectif premier étant de tenter de durcir le plan de la Première ministre. Et Jeremy Hunt ne s'y est pas trompé. Le ministre s'attend à des "débats très vifs" au Parlement sur ce texte. Car à l'inverse, les députés pro-européens devraient pour leur part défendre des liens encore plus étroits avec l'Europe.

Le livre blanc était attendu par l'Europe, qui ces derniers temps, avait pressé Theresa May d'accélérer les négociations afin d'empêcher le retrait du Royaume-Uni sans un accord solide. Aussi, si l'exécutif est parvenu à élaborer une ligne plus claire, il reste à voir s'il aura les moyens de ses ambitions et parviendra à fédérer autour d'un plan fustigé par les europhobes du parti conservateur, attendu de pied ferme par Bruxelles et scruté de près par les entreprises.

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