Le "oui" à l'avortement gagne à plus de 66% des voix en Irlande

©REUTERS

L’Irlande a largement voté en faveur du "oui" par référendum à la libéralisation de l’avortement. Ce dimanche, la presse évoque un désaveu pour l'Eglise catholique.

"Il semble que nous allons faire l’Histoire demain", a tweeté vendredi soir le Premier ministre irlandais (Taoiseach) Leo Varadkar, qui a fait campagne pour le "oui".

Leo Varadkar, le Premier ministre irlandais. ©AFP

Dans ce pays à forte tradition catholique, où la loi sur l'avortement est l'une des plus restrictives d'Europe, les Irlandais ont voté en faveur du "oui" par référendum à la légalisation de l'IVG, vendredi, qui a recueilli plus de 66% des voix, selon les résultats définitifs.

Le Premier ministre irlandais a qualifié ce résultat de "révolution tranquille".

Au total, 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer après une campagne intense durant laquelle les divisions entre villes et campagne ainsi que jeunes et personnes plus âgées ont été particulièrement fortes. Des divisions qui se sont reflétées dans les sondages puisque les personnes de plus de 65 ans ont voté majoritairement contre le changement de législation alors que les 18-24 ans ont voté à 84% pour.

Un désaveu pour l'Eglise catholique

Le plébiscite pour le droit à l'avortement en Irlande est un nouveau signe de désaveu pour l'Eglise catholique et a ravivé la revendication d'une légalisation de l'IVG dans la très répressive Irlande du Nord voisine, souligne dimanche la presse irlandaise et britannique. 

"Dans ma jeunesse, on ne pouvait pas acheter de préservatifs, être homosexuel, divorcer et même regarder La vie de Brian", film des Monty Python, a tweeté Jason O'Mahony, journaliste pour l'édition irlandaise du Times. "Maintenant, nous sommes l'un des pays les plus libéraux du monde. Incroyable"

L'Irish Times résume: "L'illusion d'une Irlande conservatrice et dogmatiquement catholique a volé en éclats"

"Ce qui s'est passé durant le référendum est cataclysmique, mais plus cataclysmique encore a été la prise de conscience que ce vote reflétait le changement plutôt qu'il ne l'initiait", ajoute le journal. "Notre force n'est pas dans notre passé, mais dans notre futur", insiste-t-il. 

Le ton est identique dans le Sunday Business Post, qui salue la "Génération Oui" et estime que les Irlandais ont combattu leur passé et voté pour redéfinir leur avenir. 

Pour le Sunday Independent, "la formidable ampleur du oui minimise la politique telle qu'on la connaît et amplifie un rugissement viscéral, guttural qui traduit une demande de mettre fin à des décennies d'hypocrisie et de honte".  

L'avortement en Irlande

Actuellement, l'avortement n'est autorisé en Irlande qu'en cas de danger pour la vie de la mère. Les femmes justement, premières concernées par l'avortement, ont voté à 70% pour la libéralisation de l'IVG et 30% contre, selon le sondage Ipsos/MRBI.

Le 8e amendement de la Constitution irlandaise, introduit en 1983, interdit l'avortement au nom du droit à la vie de "l'enfant à naître (...) égal à celui de la mère".

Une réforme a toutefois été introduite en 2013 suite au décès de septicémie d'une femme enceinte, permettant une exception lorsque la vie de la mère est menacée.

"On se bat pour ça depuis des années, essayant désespérément d'obtenir des gouvernements successifs de faire quelque chose. J'espère que notre jour est arrivé."
Helen
citoyenne irlandaise

Cette législation sur l'avortement est l'une des plus restrictives en Europe, avec l'Irlande du Nord et Malte, contraignant des dizaines de milliers de femmes à aller avorter à l'étranger au cours des 30 dernières années.

À travers ce vote, ainsi que la légalisation par référendum du mariage homosexuel trois ans plus tôt, l'on peut constater un déclin de l'Église catholique dans cette petite République.

Prochaines étapes

Le gouvernement irlandais élaborera donc dans la foulée un nouveau projet de loi qui, s'il est voté par le Parlement, devrait autoriser l'avortement durant les 12 premières semaines de la grossesse, et jusqu'à 24 semaines pour raisons de santé.

"On se bat pour ça depuis des années, essayant désespérément d'obtenir des gouvernements successifs de faire quelque chose. J'espère que notre jour est arrivé", a déclaré Helen, 47 ans, devant son bureau de vote à Dublin.

Savita Halappanavar est décédée de septicémie durant sa grossesse. Suite à cela, la législation sur l'avortement a été légèrement modifiée en 2013. ©EPA

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