Le Parlement européen condamne à l'unanimité l'agression turque en Syrie

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Les députés européens ont condamné avec une rare unanimité l'invasion turque dans le nord-est de la Syrie. Ils réclament des sanctions économiques contre la Turquie, la suspension des aides de préadhésion et l'intervention de l'ONU dans la soi-disant "zone de sécurité".

"Où est l'Europe? Que fait l'Europe pour mettre un terme à ce conflit sanglant?", tonne Hilde Vautmans (Open VLD, RE) dans l'hémicycle européen, l'Europe est aux abonnés absents. Elle observe comment Poutine soutient le régime dictatorial d'Erdogan".

Le Parlement européen a condamné fermement l'agression turque en Syrie, ce mercredi lors d'un débat de plus de deux heures en session plénière à Strasbourg. Tous ont déploré l'abandon des Kurdes alors qu'ils étaient en première ligne face aux terroristes du groupe Etat islamique. Pour une fois, les députés européens se sont exprimés d'une seule voix. Et c'est au président turc Recep Tayyip Erdogan que revient le mérite de cette unité.

Rencontre le 22 octobre entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ©VIA REUTERS

Les critiques n'ont pas fusé qu'en direction d'Ankara. Plusieurs députés ont remis en cause la faiblesse de la réaction de l'Union européenne face à l'invasion turque. D'autres ont fustigé le retrait américain ordonné par Donald Trump et dénoncé la collusion entre la Russie et la Turquie.

Moins critique que les députés européens, la présidence finlandaise de l'UE a salué lors du débat l'accord entre les présidents Erdogan et Poutine intervenu la veille à Sotchi, par lequel les deux pays se partagent le contrôle de la zone de sécurité au nord de la Syrie. "La désescalade des hostilités au nord-est de la Syrie pourrait sauver des vies et prévenir des souffrances de populations civiles" a dit la ministre finlandaise des Affaires européennes, Titty Tuppurainen

Sanctions économiques

Joignant la parole aux actes, les eurodéputés adopteront jeudi une résolution invitant la Turquie à se retirer de Syrie et proposant au Conseil de sécurité la création d'une zone de sécurité dirigée par l'ONU dans le nord-est du pays. 

La résolution réclame aussi l'adoption des sanctions économiques ciblées contre le régime turc, mais épargnant la société civile. Ces sanctions pourraient toucher, par exemple, les exportations de produits agricoles. 

Les députés demandent la suspension des aides de préadhésion versées par l'Union européenne à la Turquie. "Ankara doit comprendre que ces aides ne sont pas inconditionnelles", a dit Kris Peeters (CD&V, PPE).

Les négociations d'adhésion, bloquées depuis mars dernier, ne sont pas prêtes de redémarrer. "Le comportement agressif de la Turquie empêche la poursuite de telles négociations", a expliqué Michael Gahler (PPE).

Haro sur le président Erdogan

L'eurodéputée Hilde Vautmans (Open VLD, RE) ©BELGA

Les critiques visaient non pas le peuple turc, mais le régime du président Erdogan, face auquel l'Union semble impuissante."Erdogan nous tient. Pourquoi? Parce qu'en 2016 nous avons délocalisé notre politique de gestion des réfugiés, a déploré Hilde Vautmans, "l'Europe observe lorsque les Américains se retirent la queue entre les jambes (...). Nous sommes devenus spectateurs."

"Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est notre propre sécurité. Erdogan se fait aujourd'hui le premier allié de Daech", a dénoncé François Xavier Bellamy (LR, PPE), il nous faut d'urgence nous donner les moyens d'agir" et "suspendre d'urgence les fonds versés".

"Où est passé notre humanité?, a dit Frédérique Ries (MR, RE), nous sommes Kurdes aujourd'hui face à l'opération illégale lancée par la Turquie", exigeant le gel des aides à la Turquie. 

La socialiste néerlandaise Kati Piri (PvdA, S&D) a regretté que "des combattants de Daech aient pu s'enfuir", à l'occasion de l'attaque turque et que "des bombes à phosphore ont été utilisées par les forces turques"

"Le retour de l'État islamique en Europe posera un problème de sécurité à nos concitoyens", a prédit Malik Azmani (VVD, RE).

La réaction de l'UE jugée trop faible

Les députés n'ont pas manqué d'épingler la faiblesse de la réaction de la Commission et du Conseil européen. "Commission, je vous en conjure, ne restez pas sur le banc de touche et agissez", a poursuivi Malik Azmani.

"L'Union européenne doit assumer son rôle de manière proactive", a martelé la Néerlandaise Tineke Strike (GreenLeft, Verts), appelant à un véritable embargo sur les armes et à la suspension des accords commerciaux avec la Turquie.

La Germano-Turque Ozlem Demirel (Die Linke, GUE) a abondé dans son sens. "L'invasion turque doit être condamnée. Il ne s'agit pas pour la Turquie de se prémunir contre les Kurdes, mais de redessiner la Syrie", a-t-elle dénoncé. 



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