Le Parlement européen, un législateur incontournable méconnu des citoyens

Véritable studio télé au cœur du Parlement, la VoxBox voit passer des députés de tous bords. ©Romain Thiry

Au fil des ans, le Parlement européen a vu ses pouvoirs renforcés, au point de devenir incontournable. Mais les citoyens méconnaissent cette réalité. À quelques jours des élections, jetons un regard plus approfondi sur l’institution et ses coulisses.

La voûte arquée du Caprice des Dieux se découpe dans le ciel de Bruxelles. Sous la coupole de verre du plus grand parlement du monde bat le cœur de l’Europe.

Le Parlement européen accueille 751 députés. Chaque jour, cinq à dix mille personnes y travaillent ou sont de passage. Il s’est imposé au fil des ans comme un vrai législateur, loin de l’assemblée de députés eunuques envoyés par les parlements nationaux aux premières heures de l’Union. Ses élus votent la majorité des législations organisant la vie de plus de 512 millions d’Européens. Certes, le pouvoir d’initiative appartient à la Commission européenne. Mais le Parlement peut lui demander de prendre des initiatives.

Les citoyens européens, une partie du monde politique et même des médias connaissent mal cette réalité. Conscient de cette méconnaissance, le Parlement s’ouvre aux visiteurs. Il est aussi devenu une machine de guerre de communication, possédant sa propre chaîne télé et une DG Communication efficace.

80.000
Chaque eurodéputé peut inviter 110 personnes et reçoit une aide pour ça. Cela fait au moins 80.000 visiteurs par an.

Chaque député peut inviter 110 personnes par an et reçoit des subsides pour payer leurs déplacements. Cela fait, mine de rien, 80.000 visiteurs. En plus de ceux-ci, le programme scolaire "Euroscola", plutôt efficace, draine des écoles en grand nombre. Cette ouverture entraîne parfois une cohue dans les sièges de Strasbourg et Bruxelles, tant les visites sont nombreuses.

À l’entrée des bâtiments, la sécurité est drastique. Les files s’allongent parfois sans fin avant les contrôles. Les visiteurs d’un jour attendent parfois une heure. Les fonctionnaires passent facilement. La presse, par contre, subit des contrôles excessifs "Les journalistes sont moins appréciés depuis la chute de la Commission Santer, à la fin des années 90, il s’est créé une distance", glisse un correspondant en poste depuis 25 ans.

Une ville dans la ville

Dans les couloirs se croisent sans arrêt députés, assistants, journalistes, lobbyistes, prestataires de services et quidams parfois éberlués. C’est une ville dans la ville, avec ses coiffeurs, restaurants, banques, agences de voyage, librairies, bars et magasins.

Pour le nouveau venu, c’est aussi un labyrinthe. Il est facile de se perdre dans les dédales de couloirs et d’ascenseurs menant aux bureaux des députés, situés dans les ailes réservées aux groupes politiques.

Parfois les bureaux sont vides avec, devant, une malle métallique. C’est la période de transhumance vers Strasbourg. Députés, assistants et dossiers rejoignent la ville alsacienne au moins une fois par mois pour une semaine. Ils y vont en avion, en voiture ou avec le TGV affrété pour la cause. Cette réalité du double siège coûte chaque année environ 115 millions d’euros.

2.000 traducteurs pour 24 langues

Cette complexité et le budget qui l’accompagne sont le prix à payer pour unir des États ayant passé des siècles à se déchirer. Ici, l’Européen a vaincu sa tour de Babel et fait de l’Union l’un des premiers espaces économiques et démocratiques du monde. L’armada de plus de 2.000 traducteurs-interprètes à l’œuvre en 24 langues, est la plus belle preuve de cette capacité à transcender les différences. Un tel service n’existe nulle part ailleurs, pas même à l’ONU.

Bruxelles est le deuxième centre de presse au monde, attirant des milliers de journalistes couvrant l’UE et l’OTAN. Ils ont à leur disposition au Parlement une salle de presse, un bar et des espaces de travail hyper équipés.

Au 3e étage du bâtiment Altiero Spinelli, à Bruxelles, une passerelle mène à une place en cercle où semble passer tout le monde. On y trouve un studio télé géant, la VoxBox. Là, les députés européens répondent à la presse ou aux médias internes du Parlement. On y croise Nigel Farage, l’eurodéputé à l’origine du Brexit, ayant juré la fin de l’Union européenne mais se nourrissant de ses finances et de sa manne médiatique. On y rencontre aussi Marine Le Pen, entourée de ses gardes du corps et suivie de journalistes.

Sur un mur, un écran diffuse un débat en cours dans l’hémicycle. Cette superbe salle, le cœur du Parlement, peut accueillir les 751 députés ainsi que les représentants de la Commission et du Conseil. Grâce à la chaîne télé interne, EuroparlTV, les votes et les débats sont visibles en streaming. Un modèle de transparence. L’ennui, c’est qu’avec cette facilité, de moins en moins de journalistes et de citoyens se déplacent au Parlement pour assister aux débats en direct, au détriment de la démocratie. La salle de presse se retrouve parfois quasi vide, avec à peine un ou deux journalistes pour interroger les élus.

L’hémicycle est, lui aussi, parfois quasi vide. Alors que l’on croit voir sur la chaîne de télé un débat intense entre des centaines de députés, on découvre en entrant dans sa salle gigantesque une discussion entre… une trentaine d’élus.

Les députés, en réalité, assistent peu aux débats en plénière. Certains n’y viennent que pour voter les textes importants, le mercredi à midi. La plupart sont dans l’une des vingt commissions préparant le travail législatif. Ils vont aussi aux "intergroupes" où ils échangent sur des sujets précis, allant de l’agriculture au vin, en passant par les rivières.

Il n’est pas rare de croiser des lobbyistes à ces réunions, comme dans les couloirs du Parlement menant aux bureaux des députés. Bruxelles en compte plus de six mille, parfois très proches des élus. Mais ici aussi, le Parlement, sous l’impulsion de certains partis, organise sa défense. Le règlement intérieur se durcit. Ainsi dès juillet, les réunions avec les lobbyistes devront être annoncées.

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