Le parti au pouvoir en Espagne condamné pour corruption

Mariano Rajoy, lors de son témoignage en juillet 2017, concernant le cas de corruption Gürtel ©EPA

La justice espagnole a condamné le Parti Populaire espagnol, actuellement au pouvoir, lors d'un vaste procès pour corruption. Une sentence qui pourrait mettre à mal la crédibilité de Mariano Rajoy.

Coup dur pour le Parti Populaire (PP) espagnol dont est issu le Président Mariano Rajoy. Alors que l'image de l'exécutif se trouve entachée à cause des antagonismes sur fond de crise catalane, le parti au pouvoir vient d'être condamné dans une vaste affaire de corruption.

Pots-de-vin et contrats publics

Clap de fin pour l'affaire Gürtel? Le scandale de corruption qui agite l'Espagne et ternit l'image du parti au pouvoir depuis plusieurs années a abouti ce jeudi à une condamnation du Parti Populaire de Mariano Rajoy pour enrichissement illégal.

Pour corruption, malversation ou blanchiment d'argent, ce sont au total 29 des 37 accusés qui ont été condamnés. Parmi eux, d'anciens cadres du parti gouvernemental.

351
Nombre d'années de prison décidées au total par l'Audience nationale.
Les 29 condamnés dans le scandale de corruption vont écoper au total de 351 années de prison.

L'Audience nationale a condamné le Parti Populaire à rembourser la somme de 245.492 euros pour "participation à titre lucratif" à un système tentaculaire de pots-de-vins en échange de contrats publics.

En effet, la justice a considéré établie l'existence d'un réseau qui, en échange de commission dans des municipalités de la région de Madrid et de Castille-Léon entre 1999 et 2005, accordait des contrats publics.

Un financement illégal qui a notamment été utilisé par le PP dans une perspective politique et électorale, rapporte le tribunal. Ces faits "ont rapporté des bénéfices quantifiables au Parti Populaire, consistant en un financement illégal d'activités de plusieurs meetings politiques."

L'arrêt du tribunal, composé de quelques 1.700 pages, met également au jour l'existence d'une "caisse noire" au PP "une structure financière et comptable parallèle à la comptabilité officielle au moins depuis 1989."

Vers une motion de censure?

"La situation est très grave. Je crois que pour une question de légitimité démocratique, l'opposition, nous devrions présenter une motion de censure. Et je veux dire que nous serions disposés à soutenir le Parti socialiste (PSOE) s'il dirige une motion de censure", a réagi Pablo Iglesias, secrétaire-général de Podemos, qualifiant le PP de "parti délinquant" dans une vidéo publiée par El Pais.

Même condamnation du côté d'Albert Rivera, président de Ciudadanos. "Il me semble que c'est une situation très grave. Il nous semble que c'est une situation très délicate pour l'Espagne. Désormais, il y a un avant et un après et je ne peux pas vous leurrer: cela bouleverse tous les plans du mandat (présidentiel), de la continuité, de la stabilité."

Il a par ailleurs affirmé que la sentence du cas de corruption plaçait le pays dans une posture délicate face au défi séparatiste. Ce vendredi, le président de Ciudadanos a demandé à Mariano Rajoy de convoquer de nouvelles élections. Dans le cas contraire, il apporterait son soutien à la motion de censure, a indiqué El Pais.

Le Parti Démocrate Catalan (PDeCat), par la voix de son porte-parole Carles Campuzano, appuie la motion de censure. "Cette motion de censure pourra compter sur notre soutien. Nous sommes convaincus que pour des raisons d'hygiène démocratique, l'Espagne a besoin d'un changement de gouvernement de manière urgente. La sentence du cas Gürtel n'est que l'ultime expression du processus de dégradation que vit la politique espagnole ces derniers temps."

Le Parti Populaire fait appel

La réaction du côté du PP ne s'est pas faite attendre. Via un communiqué, le parti a annoncé qu'il comptait faire appel de la décision de l'Audience nationale. Il rejette toute accusation de corruption au sein de sa formation.

Pourtant, l'ancien trésorier du Parti Populaire, Luis Barcenas, est accusé d'être le responsable de la caisse noire et est soupçonné d'avoir détourné une fortune considérable. Il a été condamné à payer 44 millions d'euros et à 33 ans et quatre mois de prison.

De son côté, Mariano Rajoy avait été convoqué en juillet 2017 en tant que témoin lors du procès. Une première dans l'histoire de l'Espagne pour un Président en exercice. Le chef de L’État avait alors affirmé dans sa déposition n'être aucunement informé de la gestion financière du parti auquel il appartenait.

Numéro deux de la formation depuis 1990, il avait assuré ne s'être "jamais" occupé "d'aucune question de comptabilité." Ce jeudi, le chef de l’État a minimisé la portée des scandales de corruption impliquant son parti. "Il est évident que le PP représente plus que 10 ou 15 cas isolés", a-t-il dit sans nier que cela faisait "beaucoup de mal" à la formation qu'il préside depuis 14 ans.

Le porte-parole du PP à la Chambre des députés est monté au créneau pour défendre son parti. "Il y a une décision relative au PP qui en aucun cas n'exige de responsabilité pénale de quelque type. Il n'y a pas de condamnation pour délit de financement illégal, il n'y a pas de condamnation pénale de quelque type (...) je crois qu'il y a clairement une position disculpatoire à l'égard de ce que certains ont dit en relation avec le PP. Donc ici, pas de financement illégal, pas de condamnation pénale", a déclaré Rafael Hernando Fraile.

En parallèle, le placement en détention provisoire d'Eduardo Zaplana, ancien ministre du Travail et porte-parole du gouvernement de Jose Maria Aznar, a été décidé dans le cadre d'une enquête pour corruption présumée.

Ce nouveau chapitre dans l'histoire politique espagnole devrait avoir un écho significatif et renforcer la défiance des électeurs espagnols à l'égard de la classe dirigeante. Bien que réfutant tout implication, l'affaire devrait écorner davantage l'image du Président espagnol et conforter la crise que le PP traverse, et ce, à un an des élections locales, régionales et européennes.


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