analyse

Le Parti démocrate et le M5S s'apprêtent à diriger l'Italie

Giuseppe Conte ©AFP

Le Premier ministre démissionnaire, Giuseppe Conte, s'est rendu ce jeudi matin au siège de la présidence de la République, où le chef de l’État Sergio Mattarella devrait le charger de former un nouveau gouvernement.

Fumée définitivement blanche? Face à l’opacité entretenue, jusqu’à ce mercredi soir, par le Parti démocrate (PD, centre gauche) et le Mouvement 5 étoiles (M5S) quant aux contours de l’alliance qu’ils sont en train de créer, les Italiens n’ont eu qu’un seul remède. Pour comprendre la direction politique de la péninsule, ils ont été obligés de décrypter les discours prononcés par ceux qui s’opposent viscéralement à ce nouvel exécutif dit "jaune-rouge", appelé à remplacer le gouvernement populiste dont Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite), était l’incontestable protagoniste. La violence avec laquelle le sphinx de la politique nationale, Silvio Berlusconi, a commenté, ce mercredi, la possibilité de cette alliance a immédiatement mis la puce à l’oreille de l’opinion publique.

Le chef du PD avait annoncé la mise au point par les deux formations d'une "première contribution politique à présenter au président", à savoir une ébauche de programme commun.

"Un gouvernement formé par le PD et le M5S représente la mort de la démocratie", a-t-il expliqué, avec l’animosité de ceux qui parlent d’un fait accompli. Peu après, c’est l’ancien ministre Carlo Calenda qui a alerté un pays de plus en plus désorienté. Après avoir présenté sa démission en quittant ainsi la direction nationale du Parti démocrate, Calenda a déclaré "qu’il est légitime d’essayer de s’entendre avec ceux qui pensent différemment mais dangereux de le faire avec ceux qui sont habités par des valeurs qui s’opposent aux nôtres."

Or, la "douloureuse démission" de Calenda a été interprétée comme l’indice le plus probant d’une entente déjà réalisée dans les coulisses des deux partis. Les derniers doutes ont été définitivement levés par le chef du PD, Nicola Zingaretti. "Nous sommes prêts à construire avec le M5S un gouvernement de discontinuité", a-t-il déclaré, tout sourire, après avoir rencontré le président Sergio Mattarella, au palais du Quirinal, en donnant ainsi sa bénédiction à un exécutif dirigé, à nouveau, par le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte.

Une alliance semée d’embûches

Le chef de l’État a mené mercredi sa dernière journée de consultations avec l’ensemble des forces politiques nationales. Un marathon difficile organisé pour que le Président, appelé à jouer un délicat rôle d’arbitre, dégage et approuve une majorité gouvernementale à même de conjurer le risque d’un scrutin anticipé: un rendez-vous électoral qui aurait jeté la péninsule dans les bras de forces politiques en large mesure souverainistes et europhobes.

Le programme commun doit être approuvé par les Cinq Etoiles, qui veulent soumettre l'accord à leur plateforme internet de "démocratie directe" Rousseau.

Or avec la rencontre ce jeudi, au Quirinal, entre Sergio Mattarella et Giuseppe Conte, la nouvelle coalition jaune-rouge pourrait bien prendre son élan définitif. Mais la mise sur pied de l’alliance entre le PD et le M5S reste toutefois parsemée d’embûches. Le mouvement anti-système semble être encore tenté de consulter sa base électorale sur la pertinence d’un rapprochement avec le PD, par un vote sur sa plateforme digitale Rousseau.

De même, Giuseppe Conte sera appelé à définir un programme politique commun définitif et à surmonter tous les conflits surgis, ces derniers jours, entre les deux partis au sujet de la composition du gouvernement et de la répartition des portefeuilles ministériels.

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