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Le parti populiste d'Orban suspendu du PPE

©REUTERS

Le populiste Viktor Orban et son parti Fidesz ne seront pas exclus du PPE, mais suspendus en attendant les résultats d’une enquête interne menée par un comité présidé par Herman Van Rompuy. Viktor Orban compte faire campagne sous la bannière du PPE

À dix semaines des élections, le Parti populaire européen (PPE), le plus important d’Europe, statuait mercredi sur le sort du Premier ministre hongrois Viktor Orban et de son parti, le Fidesz.

Après un long débat, auquel assistait Viktor Orban, le PPE a décidé de suspendre le droit de vote du Fidesz et de désigner un comité de "sages" chargé d’évaluer son respect des valeurs du PPE et de l’État de droit. Le parti n’assistera plus aux réunions du PPE et n’aura plus de droit de vote. Quant au rapport il devrait être réalisé après les élections. 

La sanction est le résultat d’un subtil calcul politique visant à éviter une exclusion du Fidesz du PPE, tout en se démarquant, par une suspension, de la politique antieuropéenne menée durant ces cinq dernières années par Viktor Orban.

Un compromis pour garder Orban

Lors de cette réunion, le Premier ministre hongrois s’est opposé à une suspension pure et simple de son parti, menaçant de retirer le Fidesz du parti européen si une telle décision était prise. "J'avais en poche ma lettre de démission du PPE", a-t-il dit.

"Je ne modifierai pas ma politique en faveur des valeurs chrétiennes et contre la migration"
Viktor Orban
Premier ministre Hongrois

En même temps, Viktor Orban, qui bénéficiant d’une tribune médiatique après la réunion, a laissé entendre qu’il ne s’opposerait pas à une suspension doublée d’une enquête par un comité de sages. "Nous avons décidé d’opter pour un compromis", a-t-il commenté lors d’une conférence de presse, "l’unité du PPE est maintenue et nous pourrons continuer à soutenir Monsieur Weber", "mais quoi qu’il en soit, j’ai dit que je ne modifierai pas ma politique en faveur des valeurs chrétiennes et contre la migration", dénonçant "les gauchistes de Bruxelles".

Les sondages les plus récents montrent que le PPE perdrait au moins 35 députés. Il serait hasardeux, pour cette formation détenant toutes les présidences de l’UE, de perdre en plus les douze élus que lui rapporte le Fidesz. Pour le candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne, Manfred Weber, ce serait une catastrophe.

Viktor Orban, l’"enfant terrible" du PPE, comme l’appelle son président Joseph Daul, a multiplié durant cette législature les provocations contre les valeurs européennes. Emprise croissante sur la Justice et les médias de son pays, antisémitisme, attaque contre le milliardaire Georges Soros, refus de suivre la politique migratoire européenne. Le Premier ministre hongrois aime, lors de ses discours, se présenter comme le défenseur de la chrétienté en Europe, et un véritable "rempart" contre l’islam.

La Commission européenne a fini par lancer contre la Hongrie une procédure en violation de l’État de droit basée sur l’article 7 du Traité. Elle peur aboutir à la suspension du droit de vote de la Hongrie au Conseil européen, mais le processus est lent et improbable.

Une récente campagne du gouvernement hongrois insultant le président de la Commission, Jean-Claude Juncker (PPE), a mis le feu aux poudres. Une douzaine de partis du PPE, dont le cdH et le CD&V, exigèrent l’exclusion de Vitkor Orban. Mais la "realpolitik" l’a emporté.

Un comité des sages présidé par Van Rompuy

Plutôt que d’exclure le trublion, le président Daul a proposé une suspension "sans limites dans le temps" des droits du Fidesz au sein du PPE.

Le respect des valeurs du parti européen par les populistes hongrois sera examiné par un comité de sages présidé par le Belge Herman Van Rompuy, ancien président du Conseil européen. On y retrouve aussi l’ex-chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, à l’origine de la première alliance politique avec l’extrême droite — le FPÖ — en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, et l’ex-président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering.

L’option de la suspension a reçu le soutien de Manfred Weber et du chancelier autrichien Sebastian Kurz, en coalition lui aussi avec le FPÖ. Le chancelier Kurz est l’un des soutiens les plus actifs de Vitkor Orban au sein du PPE.

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