Le plan de Londres pour l'Irlande "ne convient pas" à l'UE (Barnier)

Michel Barnier a évoqué le mois d'octobre comme date de finalisation de l'accord sur le Brexit. ©EPA

Michel Barnier a rejeté la proposition de Londres d'élargir l'arrangement douanier à l'ensemble du Royaume-Uni. Les négociations sur le Brexit vont se poursuivre avec l'automne comme horizon de finalisation de l'accord sur le Brexit.

Theresa May avait soumis ce jeudi un plan en vue de faire avancer les négociations sur les modalités du Brexit. Lors d'une conférence de presse ce vendredi à Bruxelles, Michel Barnier a remis en cause certains points-clés avancés par Londres. Sans pour autant fermer la porte aux négociations.

Backstop limité à l'Irlande du Nord

"C'est bien de voir que le Royaume-Uni s'engage avec nous en proposant un texte", a salué Michel Barnier, négociateur européen sur le Brexit. Il a cependant ajouté peu après que le plan de Londres "apportait plus de questions que de réponses."

"Soyons clairs: notre filet de sécurité ne peut pas être étendu à tout le Royaume-Uni car il a été conçu spécifiquement pour la situation de l'Irlande du Nord"
Michel Barnier
Négociateur européen sur le Brexit

Le Royaume-Uni et l'UE convergent sur certains points. Notamment sur le refus catégorique de réintroduire une frontière dure entre les deux Irlande. Ce sont sur les solutions envisagées de chaque côté que les avis divergent.

En mars dernier, l'ébauche d'accord de retrait de l'UE avait inclus l'option dite "backstop" consistant à créer un espace réglementaire commun incluant l'UE et l'Irlande de Nord. Le plan établi ce jeudi par Londres proposait de l'élargir à l'ensemble du Royaume-Uni.

Autrement dit Theresa May souhaitait que le Royaume-Uni puisse rester au sein de l'Union douanière, après la période de transition post-Brexit. Une idée balayée par Michel Barnier qui a réitéré sur Twitter la limitation de l'arrangement douanier à la seule Irlande du Nord.

"Soyons clairs: notre filet de sécurité ne peut pas être étendu à tout le Royaume-Uni car il a été conçu spécifiquement pour la situation de l'Irlande du Nord", a insisté Michel Barnier. "Ce qui est faisable pour un territoire de la taille de l'Irlande du Nord n'est pas forcément réalisable pour tout le Royaume-Uni." L'objectif premier étant de "limiter les conséquences graves provoquées par le Brexit" sur l'Irlande du Nord.

Londres souhaitait également que le backstop soit "limité dans le temps" jusqu'à ce que de futurs arrangements plus satisfaisants avec l'UE soient définis. "La seule question que je pose c'est: s'il s'agit d'être temporaire, est-ce vrai backstop? Je dis non", a répondu Michel Barnier. Le négociateur européen a néanmoins assuré ne pas "rejeter" la proposition britannique. "Je ne rejette rien, je pose des questions et j'indique les problèmes pour qu'on ne fasse pas fausse route."

Refus du "blame game"

"Nous ne nous laisserons pas impressionner, je ne me laisserai pas impressionner par cette forme de 'blame game'", a averti Michel Barnier. Le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit a refusé toute intimidation de la part de certaines voix britanniques qui "cherchent à nous faire porter à nous la responsabilité des conséquences" de la sortie de l'UE.

Des remarques qui font écho aux propos tenus par Boris Johnson, secrétaire d’État britannique des Affaires Étrangères. En début de semaine, au cours d'un dîner privé mais dont les médias ont obtenu des enregistrements, l'ancien maire de Londres avait fait allusion à l'UE en la qualifiant d'"ennemi."

"Il y a une demande de statu quo, une forme de continuité assez paradoxale alors que ce pays a pris lui-même la décision de quitter l'UE (...) Le Royaume-Uni semble vouloir maintenir tous les bénéfices de la relation actuelle tout en sortant de notre cadre réglementaire"
Michel Barnier
Négociateur européen sur le Brexit

Partisan d'une ligne dure sur le Brexit, voire "à la Trump", Boris Johnson a estimé que le risque était grand de voir son pays accepter un accord violant de nombreuses "lignes rouges." Il a expliqué que l'accord "risque de ne pas être celui que nous voulons" et a évoqué l'hypothèse d'un "effondrement du Brexit."

"Nous élaborons nos positions en tenant compte honnêtement et scrupuleusement des lignes rouges britanniques (...) J'aimerais bien que les Britanniques respectent eux-mêmes leurs lignes rouges", a répliqué Michel Barnier. Le négociateur européen voit dans le discours de Boris Johnson et d'autres responsables politiques "une forme de nostalgie au moment de quitter l'UE."

Quelle future relation?

Si les discussions sont appelées à se poursuivre, Michel Barnier a tenu à souligner le deux poids deux mesures britannique à l'égard de l'Union Européenne. "Dans tous les papiers britanniques que nous recevons (...) il y a une demande de statu quo, une forme de continuité assez paradoxale alors que ce pays a pris lui-même la décision de quitter l'Union européenne", a-t-il remarqué. "Ainsi, le Royaume-Uni semble vouloir maintenir tous les bénéfices de la relation actuelle tout en sortant de notre cadre réglementaire."

Le départ britannique de l'UE est planifié pour fin mars 2019. Les deux parties se sont accordées sur une période de transition courant jusqu'à fin 2020 pour négocier un accord de libre-échange. "Si nous voulons construire une nouvelle relation, il faut une base de confiance, il faut aussi plus de réalisme sur ce qui est et sera possible, et sur ce qui ne l'est pas", a souligné Michel Barnier. 

"La Première ministre a clairement fait savoir que nous n'accepterons jamais une frontière entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni et nous nous engageons à préserver l'intégrité de notre propre marché intérieur"

Du côté de Londres, la détermination à exclure l'instauration d'une frontière dure entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni a été réitérée. "La Première ministre a clairement fait savoir que nous n'accepterons jamais une frontière entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, et nous nous engageons à préserver l'intégrité de notre propre marché intérieur", a rapporté un porte-parole du gouvernement britannique. "Les propositions de la Commission ne le garantissent pas, c'est pourquoi nous avons avancé nos propres solutions de sécurité pour les douanes."

En dépit du Brexit, Michel Barnier a assuré qu'il y avait "une place pour une relation économique et stratégique avec le Royaume-Uni." Le négociateur européen a renouvelé l'offre d'un partenariat économique et envisage une possible coopération avec les Britanniques dans les domaines judiciaire, de la sécurité et en politique étrangère. Sur ces points, les négociations sont renvoyées à l'après-Brexit, elles "seront officiellement ouvertes à partir du jour où le Royaume-Uni aura quitté les institutions européennes."

Interrogée par Sky News ce vendredi, Theresa May a affirmé qu'elle continuerait à s'asseoir à la table des négociations et à poursuivre les discussions sur le Brexit. "Ce qui est mon objectif maintenant, c'est d'assurer qu'à la fin du mois d'octobre, quand nous viendrons ensemble avec l'accord sur le retrait et nos futures relations, nous ayons de bonnes relations pour le futur que l'on va donner aux Britanniques."


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