Le Portugal réveille de vieux démons dans la zone euro

Pedro Passos Coelho, le Premier ministre portugais. (Reuters) ©REUTERS

Les incertitudes politiques au Portugal ont fait bondir le rendement de sa dette à 10 ans à 8%. Il y a deux mois, il était de 5,67%.

Sérieux coup de froid sur les marchés financiers en provenance du Sud de l’Europe. La menace de démission de deux ministres du gouvernement au Portugal, s’ajoutant au retrait effectif du ministre des Finances lundi dernier, fragilise un peu plus encore la coalition gouvernementale. Et, du même coup, les efforts de redressement budgétaire du pays.

Il n’en fallait pas plus pour replonger les marchés dans l’incertitude hier. Le rendement à 10 ans des obligations souveraines du pays s’est ainsi envolé pour atteindre 7,98% à mi-journée, avant de se détendre quelque peu par la suite pour revenir à 7,20%. La veille, il se situait à 6,60%.

Les actions n’ont pas échappé à cette bourrasque. L’indice PSI des 20 principales valeurs de la Bourse de Lisbonne a plongé de 5,31% à 5.236,49 points. Il s’agit de son plus important repli en une seule journée depuis le mois d’octobre 2008, tandis que depuis le début de cette année, le PSI 20 affiche un recul de 7,5%.

Les pertes les plus sensibles dans cet indice sont le fait des actions financières qui comptent pour 25% dans sa composition. Les valeurs industrielles qui forment un autre quart, ont, après le secteur financier, également été délaissées.

A savoir

Le risque de contagion est contenu

La Bourse de New York, qui a trouvé du soutien dans la publication de statistiques économiques favorables aux USA, n’a pas été inquiétée par la chute des actifs financiers à Lisbonne. Cela a été moins le cas des places boursières de la zone euro, qui accusaient des pertes comprises entre 1 et 2% dans la matinée, avant de les réduire de manière significative en fin de journée.

C’est que les craintes d’une éventuelle dislocation de la zone euro ont refait leur come-back dans les salles de marché. Des craintes qui, il faut bien le préciser, ont été assez rapidement contenues. Sur les marchés obligataires de la zone euro, il n’y a que les taux à 10 ans des pays considérés comme fragiles, comme la Grèce (+0,34% à 11,1%), l’Espagne (+0,13% à 4,74%) et l’Italie (+0,06% à 4,49%) à avoir progressé. Ceux de la dette émise par l’Allemagne, et même la France, ont plutôt été orientés à la baisse. Le taux à 10 ans de l’OLO belge est, lui, légèrement monté à 2,59%.

"Le risque est limité, mais il existe. Ce qui explique la réaction des marchés", a déclaré à Reuters Patrick Jacq, stratégiste auprès de BNP Paribas.

Pas de besoin urgent

La situation politique incertaine qui touche le Portugal risque en fait de n’affecter principalement que ce pays. Si les responsables politiques n’arrivent pas à ramener la sérénité, "cela peut retarder le retour (durable) du pays sur le marché de la dette, prévu l’an prochain, et contraindre ses partenaires à lui venir une nouvelle fois en aide", ajoute Patrick Jacq. Au cas où des élections législatives anticipées devaient avoir lieu, le Parti socialiste devrait sortir gagnant du scrutin, selon les derniers sondages connus. Pour les analystes de la banque Barclays, "une victoire socialiste en cas d’élections anticipées ne remettrait toutefois pas en cause le plan d’aide concocté par l’Union européenne, avec la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international".

Le Portugal n’a pour l’heure pas besoin de se financer sur les marchés, puisqu’il bénéficie des prêts internationaux jusqu’en 2014. Lisbonne avait néanmoins testé les marchés avec succès, rappelle Reuters, en ayant réalisé en mai dernier son premier emprunt à long terme depuis sa demande d’aide internationale en 2011. Le taux de cet emprunt, qui avait permis de lever 3 milliards sur 10 ans, s’était élevé à 5,669%.

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