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Le Premier ministre serbe chassé des commémorations de Srebrenica

©AFP

Le Premier ministre serbe Alekdandar Vucic a été conspué et touché à la tête par un jet de pierre lors de la commémoration samedi du massacre de 8.000 musulmans à Srebrenica, Belgrade dénonçant aussitôt une attaque contre "la Serbie tout entière".

Des dizaines de milliers de personnes commémoraient dans cette ville de Bosnie le massacre commis il y a 20 ans par les forces serbes bosniennes. Le Premier ministre serbe s'était rendu à ces cérémonies, déclarant vouloir rendre hommage aux victimes sans pour autant utiliser le terme de génocide reconnu par la justice internationale.

M. Vucic venait de déposer une fleur devant un monument portant les noms des plus de 6.200 victimes identifiées et enterrées au mémorial de Srebrenica lorsque la foule a commencé à scander Allah Akbar (Dieu est grand) et à lancer des pierres dans sa direction. Certains ont tenté de s'en prendre physiquement à lui.

Des journalistes de l'AFP ont vu que des hommes qui assuraient sa protection avaient été touchés par des jets de pierres. Selon l'agence officielle serbe Tanjug, M. Vucic a lui-même été touché à la tête, et ses lunettes ont été brisées.

Le Premier ministre a quitté le mémorial en courant, protégé par ses gardes du corps notamment à l'aide d'un parapluie, selon des journalistes de l'AFP, tandis que, par hauts-parleurs, les organisateurs lançaient des appels au calme.

Un imam a alors commencé à prononcer une prière et la plupart des participants se sont tournés pour prier en attendant la mise en terre de 136 victimes du massacre nouvellement identifiés.

Une attaque contre la Serbie


A Belgrade, le ministre serbe des Affaires étrangères a dénoncé une "attaque contre toute la Serbie".

"Le Premier ministre s'est comporté en homme d'État en décidant d'aller s'incliner devant les victimes(...). C'est une attaque non seulement contre Vucic mais contre toute la Serbie et sa politique de paix et de coopération régionale", a déclaré le ministre, Ivica Dacic, dans un communiqué.

"Il (ndlr, M. Vucic) est venu nous demander pardon, montrer qu'il a un coeur, et maintenant c'est nous qui allons être considérés comme des sauvages", a déploré une femme, refusant de dévoiler son identité.

Samedi, en quittant Belgrade pour Srebrenica, M. Vucic, un ancien faucon ultranationaliste devenu pro-européen, avait condamné un "crime monstrueux".

"Il n'y a pas de mots (...) pour exprimer sa tristesse et ses regrets pour les victimes, ni sa colère à l'égard de ceux qui ont commis ce crime monstrueux", a dit M. Vucic, sans employer le mot "génocide".

En juillet 1995, alors que la région était déclarée "zone protégée" par l'ONU, quelque 8.000 hommes et garçons musulmans avaient été tués à Srebrenica par les forces serbes bosniennes, la pire tuerie en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Begajeta Salihovic, 51 ans, a enterré son père. "Quand j'ai appris que les restes de mon père avaient été retrouvés, j'ai eu l'impression qu'il venait à peine de mourir", murmure cette femme qui a également perdu un frère dans le massacre et dont deux autres frères, tués au début de la guerre, n'ont toujours pas été retrouvés.

Guérir les blessures du passé

A Washington, le président américain Barak Obama, dans un communiqué sur le "génocide de Srebrenica", a assuré que son pays restait "déterminé à aider ses partenaires des Balkans à guérir les blessures du passé".

Nombre de responsables internationaux, parmi lesquels le président américain de l'époque Bill Clinton - dont le gouvernement a été l'architecte des accords de paix de Dayton qui ont mis fin au conflit bosnien -, étaient présents à Srebrenica.

M. Clinton avait également fait le déplacement pour le 10e anniversaire du massacre.

Le président serbe à l'époque, le pro-européen Boris Tadic, était lui aussi présent en 2005, de même qu'en 2010.

La Serbie refuse obstinément d'accepter le terme de génocide, et le sujet anime les débats y compris sur la scène politique internationale.

Mercredi, la Russie, soutien traditionnel de la Serbie, a opposé son veto à un projet de résolution de l'ONU sur Srebrenica.

Les leaders politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, accusés d'être les éminences grises du massacre de Srebrenica, sont aujourd'hui jugés pour génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Vingt ans après la guerre, la Bosnie, un des pays les plus pauvres d'Europe, est figée dans ses divisions et reste à la traîne des candidats à l'adhésion à l'Union européenne.

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