Le président ukrainien ouvre le pouvoir aux opposants, qui le refusent

Des manifestants sur une barricade dans le centre de Kiev, samedi (photo: Zurab Kurtsikidze / EPA) ©EPA

Le président Ianoukovitch, qui a rencontré les leaders de l'opposition samedi, propose le poste de Premier ministre à l'un des trois chefs de la contestation en Ukraine. Les manifestants accueillent fraîchement cette proposition et souhaitent le départ pur et simple du président. L'opposition réclame une élection présidentielle en 2014.

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a proposé samedi de nommer au poste de Premier ministre Arseni Iatseniouk, l'un des trois chefs de file de la contestation en Ukraine. Mais les opposants ont refusé cette proposition.

Dans un communiqué diffusé sur son site internet après de nouvelles discussions entre le chef de l'Etat et ses opposants, la présidence ukrainienne ajoutait que Vitali Klitschko, autre dirigeant d'opposition, pourrait devenir vice-Premier ministre chargé des questions humanitaires.

Si Arseni Iatseniouk acceptait la proposition, Viktor Ianoukovitch était prêt à accepter la démission du gouvernement de Mikola Azarov, l'une des revendications de l'opposition, selon la présidence.

L'opposition veut des élections

Les manifestants interrogés par l'AFP samedi soir place de l'Indépendance à Kiev ne cachaient pas leur déception face aux concessions faites par le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, dont ils réclament le départ pur et simple.

En bref

Van Rompuy condamne les violences

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a fermement condamné samedi l'usage de la force et la "brutalité" des autorités ukrainiennes face aux manifestants, appelant les deux parties à s'abstenir de la violence. L'ancien Premier ministre a également assuré que les portes de l'Union européenne restaient ouvertes pour l'Ukraine. "Je déplore et je condamne avec fermeté l'usage injustifié de la force et la brutalité des autorités ukrainiennes contre les manifestants qui en grande majorité sont des manifestants pacifiques", a déclaré M. Van Rompuy à Varsovie, à l'issu d'un entretien avec le Premier ministre polonais Donald Tusk.

Les responsables d'un recours à la force, ayant fait six morts selon l'opposition et trois selon les autorités, "devront rendre des comptes" de leurs actes, a-t-il souligné devant la presse. "J'appelle les parties à s'abstenir de la violence", a ajouté M. Rompuy qui s'est également entretenu à Varsovie de la situation en Ukraine avec le président polonais Bronislaw Komorowski.

"Personne ne peut empêcher le peuple ukrainien de voir ses rêves se réaliser un jour. Notre porte reste ouverte", a déclaré le président du Conseil européen.

Les chefs de l'opposition ont quant à eux refusé la proposition de Ianoukovitch et ont réclamé la tenue d'une élection présidentielle dès cette année.

"C'est absurde pour le pouvoir de nous faire des concessions afin de sortir de la crise après ce qu'il a fait", a réagi Irina Pavlenko. Pour cette étudiante de Kiev, "si les chefs de l'opposition se présentent devant les gens avec de telles propositions, les manifestants sur la rue Grouchevski (où ont eu lieu cette semaine de violents affrontements, ndlr) vont les accueillir avec des sifflets, et ce sera pareil sur Maïdan", la place de l'Indépendance.

Rencontre entre le président et les opposants

Ianoukovitch avait reçu samedi après-midi les leaders de l'opposition pour de nouvelles négociations intervenant après un regain de tension à Kiev, la capitale ukrainienne, selon un communiqué de la présidence.

L'ancien boxeur Vitali Klitschko, Arséni Iatsneniouk, chef de file du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, ainsi que le nationaliste Oleg Tiagnybok ont participé à cette rencontre, qui visait à trouver une issue à la crise qui a éclaté il y a plus de deux mois et qui s'est aggravée cette semaine avec des affrontements ayant fait au moins trois morts.

Les tentatives pour régler la crise politique en Ukraine de manière pacifique sont vaines, avait déclaré samedi matin le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakhartchenko, en accusant les manifestants de stocker des armes.

"Les événements des derniers jours dans la capitale ukrainienne ont montré que nos tentatives pour régler le conflit de manière pacifique, sans recours (...) à la force, étaient vains", a écrit le ministre dans un communiqué. "Nos appels n'ont pas été entendus et la trêve est violée", a-t-il dit, accusant les manifestants de "stocker des armes" dans le centre de Kiev.

En bref

La contestation se propage à l'est

La contestation s'est encore étendue en Ukraine samedi, les manifestants tentant d'envahir les administrations de plusieurs régions dans le nord et l'est du pays, outre la seule partie Ouest réputée nationaliste.

Des milliers de manifestants occupent depuis jeudi les administrations de plusieurs régions de l'Ouest, notamment Lviv, bastion ukrainophone proche de la frontière de la Pologne, et réclament le départ des gouverneurs nommés par le président Viktor Ianoukovitch.

Le mouvement a gagné samedi Poltava, à l'est de Kiev, où des manifestants tentaient d'investir l'administration régionale, selon des médias ukrainiens.

Une action similaire était en cours samedi à Tcherniguiv, au nord de la capitale, près de la frontière bélarusse.

Les manifestants catalogués comme "extrémistes"

Les manifestants réunis place de l'Indépendance dans le centre de Kiev, ainsi que dans les bâtiments publics occupés, seront considérés par la police comme appartenant à des "groupes extrémistes", a encore prévenu le ministre de l'Intérieur ukrainien.

"Laissez les radicaux, (...) et partez dans un endroit sûr", a demandé Vitali Zakhartchenko dans un communiqué, expliquant que deux policiers avait été séquestrés par des militants de l'opposition puis libérés avec des traces de "torture".

"Tous ceux qui resteront sur Maïdan (la place de l'Indépendance, ndlr) et dans les bâtiments occupés seront considérés comme membres de groupes extrémistes", a-t-il ajouté.

De son côté, l'oligarque le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov, qui soutient le président Viktor Ianoukovitch, a déclaré que le recours à la force était "inacceptable" et que les négociations à la crise en Ukraine étaient la seule solution.

"Il ne peut y avoir qu'une solution à la crise politique, une solution pacifique. Tout recours à la force est inacceptable, a ajouté dans un communiqué Rinat Akhmetov, personnalité très importante du parti du président ukrainien.

Par ailleurs, l'Union européenne a dit attendre du pouvoir ukrainien des "pas concrets" pour "stopper la spirale de violence et d'intimidation" afin de ramener le calme dans le pays.

"Mes entretiens à Kiev ont montré le besoin d'une série de pas concrets pour d'abord commencer à reconstruire la confiance en stoppant la spirale de violence et intimidation", a déclaré le commissaire à l'Élargissement Stefan Füle, à l'issue d'une visite dans la capitale ukrainienne samedi.

"Profondes inquiétudes"

Il a relevé avoir fait part à ses interlocuteurs des "profondes inquiétudes" de l'UE face à l'escalade de la crise en Ukraine, "soulignant la nécessité de mettre fin au cycle de violence, et de lutter contre l'impunité des auteurs de violations des droits de l'Homme".

Cette étape "doit être complétée dans un deuxième temps par un processus politique sans exclusive conduisant à la stabilité en Ukraine", a-t-il ajouté, cité par un communiqué.

Il a indiqué avoir discuté lors de ses entretiens "d'une série de pas dans cette direction" et avoir assuré ses interlocuteurs, du pouvoir, de l'opposition et de la société civile, que "l'UE va rester engagée dans ce processus pour les aider à calmer la situation et trouver une issue à la crise".

Il a rappelé que dans ce but, Catherine Ashton, la représentante de la diplomatie européenne, devait se rendre à son tour à Kiev les 30 et 31 janvier.

M. Füle a notamment rencontré vendredi le président Viktor Ianoukovitch, qui à l'issue de cette réunion a fait un geste d'apaisement en annonçant un remaniement du gouvernement ainsi que des amendements aux lois anti-protestations controversées. Mais cette annonce n'a pas découragé les manifestants mobilisés depuis plus de deux mois et qui maintenaient samedi la pression contre le pouvoir ukrainien.

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