Rédacteur en chef adjoint

Tous les citoyens européens ne seraient-ils pas égaux devant les géants de la pharma? Il est temps de retrouver de la sérénité, de l’efficacité et de la transparence dans nos relations avec le monde pharmaceutique.

Assiste-t-on à une guerre féroce autour de l’approvisionnement des vaccins? La séquence de ces derniers jours le laisse penser. Reprenons. Vendredi, le groupe anglo-suédois AstraZeneca annonce qu’il ne pourra pas fournir à temps le nombre de doses de vaccins que l’Europe (et la Belgique) a inscrit dans son calendrier. Une mauvaise nouvelle qui fait suite à celle de Pfizer/BioNTech, pénalisé, dit le consortium, par un plan de rénovation de son site à Puurs, près d’Anvers.

Le vaccin de Pfizer avait déjà fait jaser dans les chancelleries. Notamment à l’égard d’Israël qui, pour bénéficier d’une couverture maximale, a payé Pfizer rubis sur l’ongle et a généreusement offert les données de vaccination de ses concitoyens. Pfizer qui, au début du mois, a aussi poussé l’Agence européenne des médicaments à revoir ses recommandations de vaccination pour y intégrer la fameuse 6e dose que contient ses flacons. À une quinzaine d’euros la dose, multipliés par des centaines de millions d’unités, on comprend que l’entreprise américaine y ait regardé à deux fois.

Tous les citoyens européens ne seraient-ils pas égaux devant les géants de la pharma? Un sentiment alimenté par le fait que le Royaume-Uni, lui, ne connaît pas de disruption dans son approvisionnement.

S'agit-il d'un simple plan de communication cachant mal l’impuissance de l’Europe face à des contrats mal ficelés, face à un lobbying trop puissant?

Sans parler de rétorsion, la Commission, appuyée par la France et l’Allemagne, entend forcer les entreprises pharmaceutiques à enregistrer toute exportation de doses en dehors du territoire européen. Riposte? Ou simple plan de communication cachant mal l’impuissance de l’Europe face à des contrats mal ficelés, face à un lobbying trop puissant? Des questions lancinantes à l’origine de toutes les spéculations qui montrent l’opacité des négociations menées entre l’exécutif européen et les entreprises pharmaceutiques.

Face à ces zones grises, l’Union montre une nouvelle fois ses divisions internes. Ce n’est pas l’Europe, mais la Norvège qui a tiré la sonnette d’alarme sur les réductions d’approvisionnement de Pfizer. Et alors que la Commission a indiqué qu’elle ne poursuivrait pas les groupes pharmaceutiques, l’Italie, avant la chute de son gouvernement, menaçait les entreprises pharmaceutiques de répliques judiciaires et, mardi, la Suède a annoncé par la voix de son épidémiologiste en chef qu’elle comptait suspendre ses paiements à Pfizer.

Il est temps de retrouver de la sérénité, de l’efficacité et de la transparence dans nos relations avec le monde pharmaceutique. Il en va de la confiance des citoyens. Une confiance primordiale face aux défis colossaux de la vaccination.

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