Le procès des indépendantistes catalans s'achève à Madrid

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Le procès contre les douze séparatistes catalans, accusés d’avoir organisé un référendum d’autodétermination avant de proclamer l’indépendance de la Catalogne en octobre 2017, doit s’achever ce mercredi. Le verdict est attendu à l’automne.

Les douze accusés – neuf anciens "ministres" régionaux dont l’ancien vice-président du gouvernement indépendantiste, Oriol Junqueras; l’ancienne présidente du Parlement régional, Carme Forcadell et Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, respectivement ex-président et président des associations séparatistes ANC et Omnium Cultural – risquent des peines pouvant aller de 7 à 25 ans.

Le parquet a accusé les indépendantistes d’avoir délibérément "créé un climat insurrectionnel".

Ce mardi, les avocats de trois des accusés, dont ceux de M. Junqueras, ont assuré que leurs clients n’avaient commis aucun délit de rébellion mais seulement un possible délit de désobéissance qui n’implique pas de peine de prison. Tout au long du procès, ils ont défendu la nature "pacifique" des manifestations séparatistes.

De son côté, le parquet a soutenu que le référendum du 1er octobre, interdit par la Justice espagnole, et la tentative de sécession furent "un coup d’État" destiné à "liquider la Constitution" en tentant de "substituer un ordre juridique par un autre via des moyens illégaux". Il a également accusé les indépendantistes d’avoir mené une "stratégie parfaitement planifiée" et d’avoir délibérément "créé un climat insurrectionnel".

Durant ces quatre mois de procès "historique" qui a débuté le 12 février, un peu plus de 400 témoins ont comparu, dont l’ancien premier ministre Mariano Rajoy qui avait décidé de mettre la Catalogne sous tutelle.

L’opinion lassée

En fait, le procès n’a pas eu l’effet cathartique espéré. Les séances ont vite "tourné en rond", titrait ce mardi le quotidien El Pais: elles n’ont rien révélé de véritablement nouveau et n’ont fait bouger ni les indépendantistes ni les "constitutionalistes". Quant à l’opinion publique, elle s’en est vite fatiguée, sauf en Catalogne, où le procès, retransmis en direct sur la télévision locale, a été suivi comme un feuilleton.

Les verdicts qui devraient être connus en septembre seront, eux, décisifs, en particulier ceux qui concernent l’accusation de rébellion, la plus grave car elle implique un "soulèvement violent".

Les verdicts qui devraient être connus en septembre seront, eux, décisifs, en particulier ceux qui concernent l’accusation de rébellion, la plus grave car elle implique un "soulèvement violent".

Ce délit contre la Constitution est controversé. En effet les "agressions" dont des membres des forces de l’ordre disent avoir été victimes lorsqu’ils tentaient d’empêcher le référendum et lors d’une perquisition effectuée le 20 septembre à Barcelone dans des bureaux du gouvernement régional, sont loin d’être prouvées.

Au-delà de la rébellion, le parquet accuse également les neuf anciens "ministres" catalans de détournement de fonds publics. Des experts du ministère du Budget espagnol ont chiffré à au moins 917.000 euros les dépenses en campagnes de publicité destinées à faire la promotion du référendum interdit.

Pas de répit pour Pedro Sanchez

La fin du procès ne suppose pas vraiment de répit pour le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez, vainqueur des élections législatives du 28 avril, qui cherche toujours des alliés pour former un gouvernement.

Les accusés font maintenant plus que jamais partie de la vie politique espagnole.

Les accusés font maintenant plus que jamais partie de la vie politique espagnole. Oriol Junqueras a été élu député national et député européen. Deux de ses collaborateurs emprisonnés, ainsi que l’ancien président de l’ANC, Jordi Sanchez, ont également été élus députés. Un autre "ministre" est devenu sénateur. Ils ne pourront pas occuper leurs sièges mais leur absence peut avoir des répercussions inattendues dans un Parlement très divisé.

Les séparatistes ont également commencé une intense campagne visant l’opinion publique, les institutions européennes et celles de l’ONU pour remettre en question la Justice et la démocratie espagnole. L’Espagne a d’ailleurs dû demander aux Nations unies de réviser un rapport d’experts, rendu public le 29 mai, qui l’accuse de "détention arbitraire" de trois des séparatistes en jugement et demande leur libération.

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