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Le retour de la guerre froide

Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis ont solidairement condamné la Russie, accusée d’avoir empoisonné un ancien agent double au Royaume-Uni. Moscou nie son implication.

Onze jours après l’attaque sur Sergueï Skripal, ancien agent russe naturalisé britannique, dans les rues de Salisbury, la crise diplomatique entre le Royaume-Uni et la Russie s’aggrave de jour en jour.

Les Etats-Unis, la France et l’Allemagne se sont joints ce jeudi à Londres pour incriminer la Russie. "Cet emploi d’un agent neurotoxique de qualité militaire, d’un type développé par la Russie, constitue le premier emploi offensif d’un agent neurotoxique en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale", ont martelé dans un communiqué commun inhabituel la Première ministre britannique Theresa May, le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président américain Donald Trump. "C’est une atteinte à la souveraineté britannique", "c’est notre sécurité à tous qui est menacée." ont-ils ajouté.

Cette attaque contre un des pays de l’Otan est "extrêmement grave" et si la Russie cherche la confrontation, "nous serons en mesure de défendre tous nos membres", a averti le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg. Et le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, rarement avare d’une sortie tonitruante, a comparé Poutine à Staline…

Réplique russe

La réplique de Moscou n’a pas tardé. "Ce sont des signes de provocation à l’encontre de notre pays. La position des Britanniques nous semble totalement irresponsable", a réagi jeudi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Dans le même temps, Moscou a nié être à l’origine de la fabrication du Novitchok, y compris à l’époque soviétique, et contredit ainsi la base de l’argumentaire britannique, qui affirme que cet agent innervant a été fabriqué par l’URSS dans les années 1970 et 1980.

Vladimir Poutine a promis des représailles suite aux accusations et aux mesures de Londres. Ces ripostes "ne se feront naturellement pas attendre", a déclaré Dmitri Peskov. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a également jugé que cette affaire était utilisée par le gouvernement britannique pour "détourner l’attention", dans une période de grandes difficultés sur les négociations relatives au Brexit.

Si la Russie met, comme elle l’affirme, ses ripostes à exécution dans l’immédiat, celles-ci devraient se limiter à une simple expulsion de diplomates britanniques en Russie, en réponse directe à la décision de Londres d’expulser 23 diplomates russes.

C’est à plus long terme que les effets de cette crise diplomatique pourront être mesurés, les Russes ayant souvent fait preuve d’un méthodisme patient et machiavélique, comme l’indiquent leurs nombreux assassinats ou tentatives d’assassinat politique sur le sol britannique, souvent plusieurs années après la fuite de leurs ressortissants.

Pour l’instant, Theresa May a remporté une victoire à la Pyrrhus en parvenant à ranger ses principaux alliés derrière elle. Sur le plan intérieur, elle bénéficie également d’un soutien timide.

En visite pour la première fois à Salisbury, dont le centre-ville est quasiment déserté depuis dix jours, elle n’a pas eu besoin de s’attarder sur les doutes émis par le leader de l’opposition, Jeremy Corbyn, sur la pertinence d’une telle riposte.

La Maison-Blanche sort ses griffes

Le 30 janvier dernier, l’administration Trump s’était bornée à publier une liste de 200 responsables russes soupçonnés d’avoir été liés aux tentatives d’ingérence du Kremlin dans la présidentielle de 2016 et d’avoir mené plusieurs cyberattaques aux Etats-Unis, sans prévoir de sanctions, ce qui avait fait grincer pas mal de dents, notamment au Congrès. Elle est passée à la vitesse supérieure jeudi, peu après la diffusion d’un communiqué commun de Washington, Londres, Paris et Berlin, accusant Moscou de l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille au Royaume-Uni.

Elle a annoncé des sanctions contre 19 individus et cinq entités russes. Sont notamment visés, les services de renseignements russes FSB et GRU, ainsi que la société Internet Research Agency, une "usine à trolls" inculpée le mois dernier par le procureur spécial Bob Mueller, chargé de l’enquête sur le Russiagate. Evgeni Prigozhin, un proche de Poutine qui serait à la tête de l’IRA, fait partie des individus ciblés.

Pour l’instant, Washington a décidé de geler les avoirs des entités et individus concernés, et d’interdire aux Américains de faire des transactions avec eux. Mais le secrétaire du Trésor Steve Mnuchin a déjà annoncé que d’autres sanctions suivront. De son côté, Moscou a annoncé des "représailles".

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