Le Royaume-Uni augmente son arsenal nucléaire

Boris Johnson veut faire du Royaume-Uni une puissance mondiale. ©AFP

Soucieux de replacer son pays sur l'échiquier mondial, Boris Johnson renie le traité de non-prolifération. Une orientation inédite depuis la fin de la guerre froide.

Au lendemain d'une action judiciaire de l'Union européenne contre le Royaume-Uni sur les contrôles douaniers en Irlande, la seconde en six mois, Boris Johnson engage son pays sur la voie dangereuse d'une troisième violation de traité du Brexit.

Dans le cadre de la parution du rapport "Global Britain in a competitive age", le Premier ministre a annoncé une spectaculaire augmentation du nombre de têtes de missiles de l'armée britannique. Celles-ci devaient être réduites à 180 d'ici le milieu de la décennie, dans l'esprit des engagements pris dans le traité de non-prolifération nucléaire signé en 1968. Pour la première fois, l'arsenal nucléaire va augmenter à une capacité maximale de 260 têtes. Une augmentation de 40%.

"Le Royaume-Uni encourage une dangereuse nouvelle course aux armements nucléaires."
Beatrice Fihn
Directrice générale de l'Ican

Les conditions d'utilisation potentielle de la bombe atomique vont également évoluer. Elles pourront être utilisée en représailles face à des menaces comme les armes chimiques, biologiques, ou encore les "technologies émergentes qui pourraient avoir un impact comparable". Autrement dit, des cyberattaques de grande ampleur. Ceci est un "gros changement", selon Tobias Ellwood, président tory de la commission de Défense aux Communes.

À contre-courant

De façon contradictoire, le rapport affirme que le Royaume-Uni reste "engagé sur le long terme à un monde sans armes nucléaires". Londres a pourtant refusé de signer et de ratifier le récent Traité sur l'interdiction des armes nucléaires, qui est entré en vigueur le 22 janvier sous l'égide des Nations Unies.

"Alors que la majorité des nations montrent le chemin pour un avenir plus sûr, sans armes nucléaires, le Royaume-Uni encourage une dangereuse nouvelle course aux armements nucléaires", a déploré Beatrice Fihn, directrice générale de l'Ican (International Campaign to abolish Nuclear Weapons), une campagne élue prix Nobel de la Paix en 2017.

"Le Royaume-Uni ne pourrait pas se replier sur lui-même ou se satisfaire des horizons bouchés d'une politique étrangère régionalisée."
Boris Johnson
Premier ministre britannique

La volonté britannique de montrer les crocs, dans un monde post-Brexit incertain, avait déjà été observée l'automne dernier, lorsque Johnson avait validé une hausse importante du budget de la défense (+16,5 milliards de livres sur quatre ans), dans un contexte budgétaire pourtant très tendu. Mais ce réveil des velléités nucléaires était inattendu, d'autant plus qu'il intervient quelques semaines après l'extension du traité de non-prolifération New Start entre les Etats-Unis et la Russie, qui limite la course aux armements nucléaires entre les deux géants.

Nouvelles alliances

Dans le rapport de 114 pages, qui a été présenté comme la plus importante réflexion sur la défense, la sécurité et la diplomatie britanniques, seules sept pages sont consacrées aux questions climatiques, sanitaires et migratoires, qui pourraient pourtant constituer ou déterminer une grande partie des futurs périls.

La Chine est présentée comme "la plus grande menace étatique" à la sécurité économique du pays, une position qui confirme l'alignement britannique sur les États-Unis, accentué dans les mois qui ont suivi le référendum sur le Brexit. Le rapport précise toutefois que la réalité de la puissance économique chinoise dans les années 2030 nécessite une approche ouverte.

 Le Premier ministre a également annoncé la formation de nouvelles alliances stratégiques avec des pays comme l'Inde, le Japon et l'Australie, ce qui confirme la volonté britannique de prendre le large et de réduire autant que possible sa dépendance vis-à-vis de l'Union européenne. Une stratégie résumée sans ambages par Boris Johnson dans son discours aux Communes : "La vérité, c'est que même si nous le souhaitions, le Royaume-Uni ne pourrait pas se replier sur lui-même ou se satisfaire des horizons bouchés d'une politique étrangère régionalisée."

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