Le Royaume-Uni est une des "principales cibles" de la Russie

Le référendum sur le Brexit semble avoir été une cible privilégiée de l'ingérence russe. ©AFP

Un rapport pointe l'absence de réaction du gouvernement et des services de renseignement face aux manœuvres russes avant et après le référendum sur le Brexit.

Moins d'une semaine après avoir cédé aux pressions américaines dans le dossier Huawei, le Royaume-Uni ne semble pas encore prêt à entamer un rapprochement avec la Russie, comme le suggère un rapport parlementaire sur la "menace" russe et sur la "réponse" à y apporter.

Sobrement intitulé "Russia", le rapport de la commission d'enquête parlementaire dédiée au renseignement et à la sécurité était attendu depuis près d'un an. En octobre dernier, pendant la dernière ligne droite avant la validation du Brexit et les élections générales, Boris Johnson avait décidé de bloquer cette publication.

Le rapport présente en effet comme évidente la volonté russe d'interférer sur le référendum du Brexit, tout en admettant ne pas pouvoir la démontrer de façon formelle. Il estime que la passivité du gouvernement de l'époque, mené par David Cameron, et des services de renseignement, a empêché la constitution de preuves.

Sputnik et Russia Today

De façon assez légère, le rapport pointe la prépondérance de news pro-Brexit et anti-Union européenne sur les médias russes Russia Today et Sputnik, ainsi que l'utilisation de bots et de trolls pour influencer le processus du référendum, en admettant toutefois ne pas avoir d'éléments démontrant l'implication des services secrets russes.

En conséquence de ces manquements affichés par les différents services de renseignement et de sécurité (MI5, MI6, GCHQ), le rapport appelle à l'ouverture d'une enquête formelle concentrée sur une éventuelle interférence russe pendant le référendum.

Le gouvernement a répondu à ce rapport par la voix de son ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, lui-même Brexiter de la première heure, qu'il n'avait "vu aucune preuve d'interférence réussie dans le référendum sur la sortie de l'UE", et qu'"un examen rétrospectif du référendum n'est pas nécessaire."

Paranoïa russe

De façon très politique, le rapport dessine une ligne de fracture est-ouest, feignant d'ignorer la main tendue ces derniers temps par Emmanuel Macron à la Russie, notamment lors du sommet de l'Otan, qui s'est tenu à Londres en février. "La menace sécuritaire posée par la Russie est difficile à gérer pour l'Occident, car elle apparaît, selon notre point de vue et le point de vue de plusieurs autres, fondamentalement nihiliste. La Russie semble voir la politique étrangère comme un jeu à somme nulle: toute action qu'elle peut prendre pour nuire à l'Occident est fondamentalement bonne pour la Russie. Elle est nourrie par la paranoïa, par cette croyance selon laquelle les institutions occidentales comme l'Otan ou l'Union européenne ont une posture beaucoup plus agressive qu'elle ne l'est en réalité."

Les parlementaires chargés du rapport, parmi lesquels Chris Grayling, Theresa Villiers et Caroline Flint, vont plus loin, en estimant que "la Russie voit le Royaume-Uni comme l'une de ces principales cibles en matière de renseignement."

"Bien que nous n'expérimentions pas le niveau et le type de menace dont souffrent les pays situés à la frontière russe, des observateurs ont suggéré que nous nous situerions juste derrière les États-Unis et l'Otan sur une éventuelle liste des priorités. Cela est probablement lié à la relation proche du Royaume-Uni avec les États-Unis, et au fait que le Royaume-Uni est vu comme central dans le lobby anti-russe occidental."

Le président de la commission des affaires étrangères de la chambre haute du Parlement russe, Konstantin Kosachev, a réagi à ce rapport en accusant le Royaume-Uni de vouloir avoir un "rôle majeur dans la russophobie".

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