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Le Royaume-Uni riposte à l'"agression" russe

©AFP

Irritée par la réponse vague de Moscou après l’intoxication d’un ancien espion russe sur le sol britannique, Theresa May annonce l’expulsion de 23 diplomates russes. La Russie dénonce ce "choix de la confrontation". Les relations bilatérales entre les deux pays sont gelées.

Moins de dix-huit mois après l’expulsion de diplomates russes des Etats-Unis, c’est au tour du Royaume-Uni de franchir un nouveau palier dans la riposte vis-à-vis des toxiques ingérences russes. La Première ministre Theresa May a annoncé devant le Parlement l’expulsion de "23 diplomates russes qui ont été identifiés comme des agents du renseignement non déclarés. Ils n’ont qu’une semaine pour partir", a-t-elle asséné.

Il s’agit de l’expulsion de diplomates la plus massive depuis plus de trente ans au Royaume-Uni. L’ambassade russe, située à deux pas de Kensington Palace, dans une artère accessible à pied et emplie d’un calme inquiétant, ne va pas complètement se vider: au moins 36 diplomates russes restent accrédités.

Tout l’enjeu, de part et d’autre, est désormais de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin.

L’invitation du ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov est annulée, et aucun membre du gouvernement ni de la famille royale n’assistera à la prochaine Coupe du monde (14 juin–15 juillet), organisée par la Russie.

Un temps évoquée, l’interdiction de diffusion de la chaîne Russia Today, disponible en clair pour la majeure partie des foyers britanniques, n’a toutefois pas été validée.

Mais la conclusion est claire: les relations diplomatiques se situent aujourd’hui à un plus bas inédit depuis plusieurs décennies. La Russie a d’ailleurs répliqué en fin d’après-midi, en dénonçant "le choix de la confrontation" et en promettant "que (ses) mesures de riposte ne se feront pas attendre".

La Russie souffle le chaud et le froid depuis 2013

Theresa May a justifié ces différentes mesures par le fait que les Russes n’avaient "pas fourni d’explication crédible pouvant suggérer qu’ils avaient perdu le contrôle de leur agent neurotoxique" et que l’intoxication de l’ancien espion russe, Sergueï Skripal, de sa fille, ainsi que (indirectement) d’un policier, dans les rues de Salisbury, constituait donc une "agression". Elle a indiqué que celle-ci intervenait avec "en toile de fond, un modèle établi d’agressions russes en Europe et au-delà".

En dehors des forts soupçons de manipulation russe du référendum sur le Brexit et des élections américaines de 2016 via la dissémination de "fake news" sur les réseaux sociaux, Moscou a multiplié depuis 2013 les actes de provocation, ou de "test", notamment avec une multitude de viols de l’espace aérien de la France et du Royaume-Uni.

La réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU, hier soir, tenait davantage du symbole, cette institution ayant perdu l’essentiel de son pouvoir de dissuasion, surtout vis-à-vis de l’un des cinq pays qui peuvent y exercer un droit de veto.

Le tournant diplomatique s’est situé à la fin de l’été 2013, au moment de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien contre sa population. La Russie avait alors directement œuvré pour empêcher l’intervention des Etats-Unis et sauver ce qui constituait encore une paix précaire et provisoire. C’est depuis cet embrouillamini diplomatique que la Russie souffle le chaud et le froid sur les relations internationales.

Huit fois plus puissant que le gaz sarin

L’extrême toxicité de l’arme chimique utilisée à Salisbury, le novichok, qui est cinq à huit fois plus puissant que le gaz sarin, peut cependant marquer une nouvelle érosion de la perception des peuples occidentaux vis-à-vis de la Russie. À la différence des précédents assassinats ou tentatives d’assassinats de citoyens russes sur le sol britannique, celui-ci est intervenu en plein centre-ville d’une grande ville, en milieu de journée.

Affirmée ou réaffirmée ces dernières heures, la solidarité de Donald Tusk (Union européenne), Angela Merkel (Allemagne), Emmanuel Macron (France) et Donald Trump (Etats-Unis) avec Theresa May vise autant à manifester l’effroi face à de tels procédés qu’à masquer une certaine impuissance.

Tout l’enjeu, de part et d’autre, est désormais de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. Autrement dit, de continuer de montrer les crocs sans risquer d’être pris à la gorge.

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