Le Sénat italien donne son feu vert à un procès contre Salvini

Matteo Salvini a dénoncé une "agression politique".

Accusé d’avoir "séquestré 131 migrants", le chef de file de l'extrême droite paye les conséquences de sa politique migratoire.

Le roi est nu. Dépossédé de son immunité parlementaire, abandonné par ses pairs au Sénat, le secrétaire de la Ligue, Matteo Salvini, devra affronter un long et périlleux procès. L’accusation portée contre lui est très grave et représente une première dans l’histoire politique italienne en matière d’immigration. Poursuivi par le tribunal des ministres de Catane pour "séquestration de migrants", l’ancien ministre de l’Intérieur est accusé "d’abus de pouvoir" pour avoir bloqué au mois de juillet dernier, contre toute logique et sans la moindre compassion, 131 migrants à bord du bateau Gregoretti des gardes-côtes italiens.

Rétroactes

Le 25 juillet 2019, jour où plus de 110 personnes avaient disparu dans un naufrage au large de la Libye, le navire militaire Gregoretti avait pris à son bord 140 migrants, partis des côtes libyennes quelques jours auparavant sur deux embarcations et secourus par des garde-côtes italiens.

Des migrants avaient pu être évacués pour raisons médicales mais 116 autres étaient restés sur le navire près d'une semaine, faute d'autorisation de débarquer de Salvini, alors ministre de l'Intérieur.

Le Sénat, appelé à se prononcer sur la pertinence d’un procès contre Salvini, a voté hier en faveur du lancement d’une procédure judiciaire. "Je subis une agression politique. Mais j’ai confiance en la justice de ce pays qui, je crois, va classer l’enquête sans suite. Et mes adversaires seront vaincus par l’histoire", a déclaré, d’un ton singulièrement calme, le secrétaire de la Ligue.

Animé par une foi inébranlable dans son avenir politique, il s’est dit prêt à affronter les juges et invité ses collègues à voter en faveur d’un procès, endossant ainsi les habits du martyre. Il sait, en effet, que l’opinion publique, en large mesure favorable à ses prises de position, s’insurgerait en cas de condamnation.

Les sénateurs des partis de la droite nationale, Forza Italia et Fratelli d’Italia, ont vigoureusement défendu leur allié de la Ligue. "C’est un court-circuit institutionnel, un acte de justicialisme politique!", a déclaré la sénatrice Giulia Bongiorno, alors que d’autres représentants de la droite ont évoqué la gravité de cette décision inédite du Parlement qui ouvre la voie à une sorte de légitimation de l’intervention de la justice dans la sphère politique.

Une décision grave

Salvini, qui a essayé, à plusieurs reprises, d’instrumentaliser ce déboire judiciaire à des fins électorales, continue à défendre sa décision. Il ne cesse d’expliquer qu’il a ordonné de bloquer les migrants à bord de l’embarcation militaire dans l’attente qu’une "Europe sourde aux exigences de l’Italie" définisse un plan de répartition des rescapés. Et qu’il n’a fait que lutter contre "l’immigration clandestine en restant fidèle à ses promesses électorales".

«Sa prise de position était d’une cruauté inutile! Ces migrants ne représentaient certainement pas un danger à la sécurité nationale.»
Gregorio de Falco
Sénateur

Malgré une certaine suffisance et sa prédisposition habituelle à ne jamais renier ses actions passées, Salvini mesure certainement la gravité de la décision du Sénat. S’il devait être condamné, il risque jusqu’à 15 ans de détention. Sa surprenante ascension institutionnelle serait sans aucun doute compromise.

Un scénario qui semble rassurer, voire réjouir, ses adversaires politiques. Leur plaidoyer en faveur de la tenue d’un procès a été implacable. Accusant Salvini de confondre l’intérêt de l’Etat avec sa propagande personnelle, ils ont souligné que la décision prise par l’ancien ministre de l’Intérieur était "illégale même au regard du décret de sécurité qu’il a fait adopter puisqu’elle concernait un bateau militaire". "Sa prise de position était d’une cruauté inutile! Ces migrants ne représentaient certainement pas un danger à la sécurité nationale", a voulu rappeler le sénateur Gregorio de Falco, du groupe Mixte.

La parole, maintenant, est aux juges italiens.

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