Les 5 choses à retenir de la COP25

La ministre de l'Environnement du Chili Carolina Schmidt (à gauche), présidente de la COP25, au cours d'une plénière, dimanche. ©AFP

La plus longue conférence climatique de l'histoire s'est terminée dimanche à Madrid sans résultat tangible. Des négociateurs s'en sont allés soulagés: ça aurait pu être pire...

La Conférence de Madrid s'est achevée dimanche, entrant dans l'histoire du processus onusien de lutte contre le réchauffement comme la plus longue COP jamais vue. La conférence avait beau s'être donné comme slogan "il est temps d'agir", le marathon de plus de deux semaines de négociations n'aura pas permis d'avancée. On peut toutefois en tirer cinq enseignements.

1. Les nations échouent à envoyer un signal ambitieux…

La communauté internationale a perdu une occasion de montrer une ambition plus grande.
Antonio Guterres
Secrétaire général des Nations unies

La COP25 n'a pas donné lieu à la moindre avancée d'envergure dans le processus multilatéral de lutte contre le réchauffement. Pour certains négociateurs, c'est presque un soulagement après avoir craint que Madrid aboutisse à l'adoption de règles contre-productives pour les objectifs de l'Accord de Paris.

Reste que Madrid envoie l'image d'une communauté internationale insensible aux appels à l'action lancés par la communauté scientifique et les mobilisations citoyennes. "Je suis déçu par les résultats de la COP25", a réagi le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, estimant que la communauté internationale "a perdu une opportunité importante de montrer une ambition plus grande (...) pour résoudre la crise climatique".

2. …mais Madrid évite le sabotage de l’Accord de Paris

Le cœur des négociations a porté sur l’encadrement des futurs marchés carbone tels que prévus à l’article 6 de l’Accord de Paris. Le fait que les négociateurs ne soient pas parvenus à s’entendre a soulagé plus d’un fonctionnaire européen, qui avaient des sueurs froides à l’idée de voir sacrifier l’intégrité du futur système sur l’autel de l’accord à tout prix.

Mal calibrées, les futures règles d’échange d’unités de carbone, censées améliorer l’efficacité-coût des réductions d’émissions, mèneraient à un système contreproductif. Le risque principal était de permettre la création "d'air chaud" – un marché inondé de certificats de réduction d'émissions qui n'ont pas de lien réel avec des réductions additionnelles. Une bulle qui risquerait d'éclater quand les États voudraient en faire usage pour atteindre la neutralité carbone.

Mieux vaut ne pas avoir d'accord sur ce sujet que de risquer une telle dérive défendue par des pays comme le Brésil et les États-Unis. Madrid n’a rien résolu de cette question, et renvoie la patate chaude à plus tard – sans doute la conférence de Glasgow de novembre 2020.

3. L'Europe a lancé son offensive pour l'ambition

La Conférence aura été largement animée par l’Union européenne, seule puissance continentale à faire coïncider de grandes annonces avec la COP25. Mercredi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a présenté son Pacte vert européen, qui annonce notamment une proposition de révision à la hausse de l’objectif de réduction d’émissions de l’Union pour 2030 (de 40% aujourd’hui, il passerait à au moins 50%).

Le lendemain, le Conseil européen endossait officiellement – mais sans la Pologne – l’objectif de mener l’Union européenne à la neutralité carbone pour 2050. Si ces annonces n'ont pas modifié la dynamique de négociation à l’œuvre à Madrid, l'espoir est qu'elles puissent créer une émulation dans les mois qui viennent.

À la COP25, la Commission a commencé à déployer sa "diplomatie du Pacte vert": toute la semaine, son vice-président au Climat Frans Timmermans a occupé le terrain dans le centre de conférence madrilène pour appeler d'autres à suivre la voie européenne. Alors que les États-Unis sortent de l’Accord de Paris, l’Union européenne peut-elle convaincre la Chine, premier pollueur mondial, de se mettre dans sa roue ?

4. Tous les regards sont tournés vers Glasgow

La longueur de la conférence de Madrid et la faiblesse de ses résultats montrent les difficultés de la communauté internationale à tenir le cap de l’ambition de Paris qui est de tout faire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Mais le vrai test est pour l’année qui vient. Dans le cadre de l’Accord, les États doivent présenter une mise à jour de leur contribution déterminée au niveau national (CDN). Aujourd’hui, la somme des ambitions nationales oriente le monde vers des températures moyennes de plus de 3°C d’ici la fin du siècle par rapport à celles du début de l’ère industrielle. La conférence de Glasgow, en novembre 2020, sera le moment de vérité pour l'effectivité de l'Accord de Paris.

5. La COP a mis de l’huile dans les rouages belges

Alors que la Belgique perdait encore des places dans la "course au réchauffement", ses quatre ministres du Climat ont profité de la COP25 pour se réunir pour la première fois à Madrid. Ils ont y mené une négociation intra-belge sur la rédaction du Plan national énergie-climat (PNEC), que la Belgique doit envoyer à la Commission européenne avant la fin de l'année pour détailler comment elle compte atteindre ses objectifs pour 2030 (objectifs qui seront dépassés avec la mise à jour de l'ambition européenne prévue par le Pacte vert, donc). Les réunions ont permis d'avancer substantiellement, ont indiqué les ministres, sans toutefois suffire à conclure.

S'agissant de la négociation de "première division", celle de la COP25, la ministre flamande Zuhal Demir avait quitté la conférence vendredi en refusant que la Belgique joigne sa signature à un appel à l'ambition, avant d'opérer une courbe rentrante le lendemain. 

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