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Les "anti-pass", contre Macron mais sans relais pour la présidentielle

Manifestants anti-pass sanitaire à Paris, le 8 août. ©Photo News

À huit mois de la présidentielle, le mouvement anti-pass sanitaire réunit chaque week-end des Français par centaines de milliers contre la politique d'Emmanuel Macron. Sans leader ni relai politique à ce jour.

Combien seront-ils samedi, dans les rues de l'Hexagone, à défiler une nouvelle fois contre le pass sanitaire? Le mouvement n'a cessé d'enfler ces quatre dernières semaines. Les pouvoirs publics français avaient compté 237.000 manifestants samedi 7 août: en plein cœur des vacances, ils étaient deux fois plus nombreux que lors des premiers rassemblements de la mi-juillet. Ce week-end, la police française s'attend à davantage de monde encore, alors que plus de 200 manifestations sont annoncées. Ce bras de fer, à huit mois de l'élection présidentielle, pourrait-il peser sur le prochain scrutin? Rien n'est moins sûr, tant le mouvement apparaît insaisissable pour la classe politique.

Refus de récupération

D'abord par sa composition. Le mouvement est très hétéroclite, réunissant aussi bien des antivaccins radicaux que des personnes vaccinées qui s'opposent au pass sanitaire en tant qu'entrave aux libertés publiques. Les manifestations servent aussi de vitrine à toutes sortes d'expressions conspirationnistes, et quelques participants se sont fait remarquer en arborant l'étoile jaune, ou brandissant l'expression de ralliement antisémite "Qui?"

"Le point commun des gens qui manifestent, c'est qu'ils sont dans l'antipolitique: ils mettent sur le même pied l'ensemble des partis et refusent toute forme de récupération, y compris venant de partis antisystème."
Pierre Mathiot
Politologue, directeur de Science Po Lille

Pour le politologue Pierre Mathiot, le mouvement réunit des formes de radicalité diverses mais reste peu sujet aux tentatives de récupération politique. "Le point commun des gens qui manifestent, c'est qu'ils sont dans l'antipolitique: ils mettent sur le même pied l'ensemble des partis et refusent toute forme de récupération, y compris venant de partis antisystème", souligne le professeur, directeur de Science Po Lille.

Quelques personnalités marginales ont bien tenté de surfer sur la vague, comme l'ancien vice-président frontiste Florian Philippot, sans succès. Ni le Rassemblement national de Marine Le Pen ni, à l'autre bout du spectre politique, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon n'apparaissent en relais francs et audibles du mouvement, même s'ils se fendent de communiqués ou de tweets de soutien aux manifestants. Et, comme ça avait été le cas avec les "gilets jaunes", le mouvement n'a encore fait émerger aucune figure pour le mener.

Mouvement "nihiliste"

Autre ressemblance avec le mouvement des gilets jaunes, le profil des manifestants est souvent celui de personnes au niveau de diplôme assez bas et qui sont assez éloignés de la politique et pour beaucoup sans doute abstentionnistes, reprend le politologue. "Il n'y a pas de débouché politique à cette mobilisation, parce qu'ils ne proposent pas d'alternative à ce que Macron décide. Le mouvement est tellement hétéroclite qu'il ne valide aucune offre politique, il est fondamentalement nihiliste."

"Il n'y a pas de débouché politique à cette mobilisation, parce qu'ils ne proposent pas d'alternative à ce que Macron décide."
Pierre Mathiot
Politologue, directeur de Science Po Lille

Si cette vague de manifestations montre qu'une partie importante des Français affiche une profonde hostilité vis-à-vis de la politique présidentielle, le soutien silencieux à l'Élysée reste très élevé, souligne le politologue – Emmanuel Macron jouit d'un taux de satisfaction plus élevé que ses prédécesseurs Sarkozy ou Hollande à la même période de leur quinquennat.

Le fait que la mobilisation semble imperméable à l'offre politique ne veut pas dire qu'elle sera sans conséquence pour le scrutin présidentiel: elle pourrait notamment annoncer un renforcement de l'abstention, qui avait déjà atteint un niveau record lors du scrutin régional de juin. En attendant, le mouvement n'a jusqu'ici obtenu aucune inflexion dans la politique sanitaire. Au contraire, les autorités étendent encore à partir de lundi l'exigence du code QR attestant d'une vaccination, d'un test négatif ou d'un rétablissement. Le bras de fer se poursuit.

Le résumé

  • Des dizaines de milliers de Français se réuniront une nouvelle fois ce samedi contre le pass sanitaire.
  • Le mouvement ne cesse de prendre de l'ampleur. Il est hétéroclite, mais fondamentalement "anti-Macron".
  • À huit mois de la présidentielle, il ne se laisse cependant pas récupérer par les adversaires politiques du Président. Peut-il laisser une empreinte sur le scrutin de 2022?

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