Les descendants de Guillaume II réclament leur héritage

Wilhelm II ©AFP

Les descendants du dernier empereur d’Allemagne, Guillaume II, expropriés par l’Union soviétique au lendemain de la Seconde guerre mondiale, réclament une partie de leur héritage. Le conflit porte aussi sur le rôle joué par la famille Hohenzollern lors de l’arrivée des nazis au pouvoir.

Pendant cinq ans, les deux parties ont négocié dans la plus grande discrétion. Jusqu’à la fin de non-recevoir adressée officiellement par écrit par l’Etat fédéral à la famille Hohenzollern à la mi-juillet. Une copie de ce courrier ayant fuité dans la presse, c’est sous le regard incrédule de l’opinion que les descendants de Guillaume II, le dernier empereur d’Allemagne, tentent désormais de faire valoir leurs "droits". Une réunion de crise entre l’Etat et la famille s’est tenue fin juillet sans succès, et un procès semble désormais inéluctable. L’affaire relance le débat sur l’indemnisation des victimes du régime communiste et sur le rôle de la famille impériale lors de l’arrivée des nazis au pouvoir.

1,2
million
Le chef de la maison Hohenzollern réclame 1,2 million d’euros, ainsi que le château de Potsdam et des milliers d’œuvres d’art.

La famille Hohenzollern, dont la fortune avait été épargnée dans le sillage de la Révolution de 1918 qui avait contraint l’empereur à abdiquer, avait été expropriée par les Soviétiques à la fin de la Seconde guerre mondiale dans ce qui allait devenir la RDA. Trente ans après la chute du mur de Berlin, le prince Georg Friedrich von Preussen, 43 ans, chef de la maison Hohenzollern, réclame aujourd’hui le droit de loger au château de Cecilienhof à Potsdam (célèbre bâtisse aux allures de maison de campagne anglaise ayant abrité la conférence de Potsdam entre Staline, Churchill et Truman, qui scella la partition de l’Allemagne à la fin de la guerre), revendique la propriété de milliers d’œuvres d’art pour la plupart exposées dans les musées berlinois et réclame 1,2 million d’euros de compensations au Land de Brandebourg, la région qui entoure la capitale allemande.

Mais l’Etat fédéral, la ville de Berlin et le Land de Brandebourg évoquent la loi sur l’indemnisation des victimes du communisme pour justifier leur refus. La loi prévoit en effet que toute personne ayant contribué à l’avènement du nazisme ou du communisme, ainsi que ses héritiers, est déchue de ses droits. Un conflit d’historiens s’est ainsi greffé sur la bataille d’avocats, opposant Stephan Malinowski de l’université d’Edimbourg pour l’Etat d’un côté et l’historien australien Christopher Clark, tous deux éminents spécialistes du nazisme.

L’un des fils de l’empereur, décédé en exil en 1941, August Wilhelm, était un nazi convaincu et a contribué à l’arrivée au pouvoir d’Hitler.

L’un des fils de l’empereur, décédé en exil en 1941, August Wilhelm, était un nazi convaincu et a contribué à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Son frère aîné et chef de la famille, l’héritier Wilhelm, n’a jamais été membre du parti nazi. Les auteurs de l’attentat raté contre le führer auraient même voulu le mettre sur le trône…

Le cas des Hohenzollern réveille de vieilles plaies allemandes. "Cette famille qui s’est toujours mise en scène depuis 1918 comme défendant les intérêts du seul Etat prussien est en fait tout aussi avide d’argent que les autres grandes familles de la noblesse allemande qui vendent leurs œuvres d’art au plus offrant sans tenir compte de l’intérêt public", s’offusque le Frankfurter Rundschau, tandis que le quotidien populaire conservateur Bild Zeitung agite le spectre du communisme: "Le fait d’hériter est-il condamnable? Alors, c’est le retour de la RDA."

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