Publicité

Les dirigeants européens recadrent Viktor Orban pour sa loi anti-LGBT

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres en pleine discussion avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors du sommet européen. ©EPA

Les dirigeants de l'UE, réunis en sommet, ont multiplié les pressions contre le Premier ministre hongrois Viktor Orban pour sa loi anti-LGBT, le Néerlandais Mark Rutte allant jusqu'à inviter la Hongrie à quitter l'UE.

La loi anti-gays, adoptée la semaine dernière par le Parlement hongrois, a provoqué une confrontation au sommet européen, jeudi à Bruxelles, alors que les Vingt-Sept devaient aussi traiter d'autres sujets épineux, comme la pandémie de Covid-19 et la migration.

"Ce n'était pas une discussion diplomatique, c'était une confrontation."
Alexander De Croo
Premier ministre belge

La majorité des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne (UE) a jugé le texte "discriminatoire" lors d'une discussion très animée. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'est retrouvé isolé face à ses pairs. Les dirigeants se sont séparés vers 2 heures du matin, dans une atmosphère glaciale.

La Hongrie isolée

"C'était un débat très profond et émotionnel", a confié une source proche du Conseil. "De nombreux dirigeants ont fait part de leur inquiétude quant à cette loi affectant les droits des personnes LGBT." Lors des discussions, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a suggéré à Viktor Orban que son pays quitte l'UE, faisant référence à l'article 50 du Traité qui permet à un État de se retirer de l'Union, comme l'a fait le Royaume-Uni.

"C'est la première fois qu'il y avait une telle confrontation avec une personne dans la pièce. C'est du jamais vu. Ce n'était pas une discussion diplomatique, c'était une confrontation", a réagi le Premier ministre belge Alexander De Croo (Open Vld) après le sommet, qualifiant la défense de Viktor Orban "d'assez faible". Seules la Slovénie et la Pologne ont soutenu du bout des lèvres le Premier ministre hongrois. "La Hongrie était vraiment isolée dans ce débat", a-t-il ajouté.

"Une loi arriérée et discriminatoire"

Avant le sommet, 17 dirigeants européens, dont Alexander De Croo, ont adressé une lettre au président du Conseil européen Charles Michel et aux dirigeants des États membres dans laquelle ils appellent à poursuivre la lutte contre la discrimination.

Alexander De Croo a jugé la loi hongroise "arriérée et discriminatoire". ©REUTERS

"C'est une loi arriérée et discriminatoire", avait aussi déclaré le Premier ministre belge lors de son arrivée au sommet. "Cela va trop loin. Dix-sept pays européens le disent, des pays de l'Est, du Nord, du Sud… Et non seulement parce qu'il s'agit d'une discrimination honteuse, mais aussi parce que quand on commence avec de la discrimination envers les LGBTQI, on finit par bâillonner des gens, c'est une évolution que nous ne pouvons tolérer."

L'objectif des dirigeants européens est le retrait de la loi litigieuse. Pour la Hongrie, c'est hors de question. "La loi a déjà été annoncée, elle est publiée et c'est fait", a indiqué Viktor Orban en arrivant au sommet. "La loi ne porte pas sur les homosexuels. Elle concerne la façon dont les parents veulent faire l'éducation sexuelle de leurs enfants", a-t-il ajouté, affirmant que sous le régime communiste, il s'était "battu pour les droits des homosexuels".

À Bruxelles, le Parlement européen, la Grand-Place et plusieurs bâtiments publics étaient illuminés aux couleurs de l'arc-en-ciel en signe d'opposition à cette loi.

"Toute discrimination contre les gens LGBT est inacceptable dans notre société moderne."
Antonio Guterres
Secrétaire général de l'ONU

Pression croissante

Ces derniers jours, les critiques se sont multipliées en Europe contre la loi hongroise et le gouvernement de Viktor Orban dirigé par le parti de droite radicale Fidesz. Le refus de l'UEFA d'illuminer son stade aux couleurs arc-en-ciel symbolisant la lutte LGBT, à la requête de Viktor Orban, a fait enfler encore plus la polémique.

Vu les tensions croissantes, le président du Conseil européen Charles Michel avait décidé d'inscrire ce point à l'ordre du jour du sommet.

"La Hongrie ne veut pas quitter l'UE. Au contraire, nous voulons la sauver des hypocrites."
Judit Varga
Ministre hongroise de la Justice

"Les valeurs sont au cœur du projet européen", a dit Charles Michel au début de la rencontre. À ses côtés se trouvait le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres en visite auprès de l'UE suite à sa réélection. "Toute discrimination contre les gens LGBT est inacceptable dans notre société moderne", a renchéri le Portugais.

Les dirigeants libéraux étaient particulièrement remontés contre Viktor Orban, dont le régime est considéré comme "illibéral" et rétrograde. "L'Europe ce n'est pas que de l'argent et des subventions, c'est aussi des droits et des devoirs", s'est indigné le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, lui-même homosexuel et marié.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, et le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel. ©AFP

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte est allé plus loin, déclarant à son arrivée que "(la Hongrie) n'a plus rien à faire dans l'Union européenne avec cette loi". La ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, lui a répliqué sur Twitter. "La Hongrie ne veut pas quitter l'UE. Au contraire, nous voulons la sauver des hypocrites", a-t-elle écrit.

Procédure en infraction

"Lors du débat, le président du Conseil a rappelé la primauté du droit européen et a fait référence aux procédures que la Commission européenne va entreprendre comme gardienne du traité", a précisé une source européenne.

La Commission européenne a été chargée d'introduire une procédure en infraction contre la Hongrie, basée sur la libre circulation des services audiovisuels au sein du marché intérieur. Le commissaire à la Justice Didier Reynders a écrit une lettre au Premier ministre hongrois pour l'avertir que si la loi entrait en vigueur, "nous agirons".

Les dirigeants européens ont conclu que "les vaccinations doivent être accélérées" et "les frontières extérieures rouvertes avec prudence et de manière coordonnée."
Une source diplomatique

Pour rappel, la loi hongroise anti-LGBT vise à interdire toute représentation de l'homosexualité destinée aux mineurs, ce qui reviendrait à interdire des programmes éducatifs. "Le sentiment est qu'on est sur une pente et qu'il est temps de réagir", nous a confié Alexander De Croo en marge du sommet.

Lutte contre la pandémie

Les Vingt-Sept ont débuté leur sommet par un débat sur la coordination des mesures contre le Covid-19, compte tenu de la résurgence de foyers d'infection dus à la circulation du variant Delta. Les dirigeants européens ont conclu que "les vaccinations doivent être accélérées" et "les frontières extérieures rouvertes avec prudence et de manière coordonnée", explique une source diplomatique.

L'Allemagne a critiqué le Portugal, après qu'il a autorisé l'entrée des citoyens britanniques sur son territoire et que de nouveaux foyers de Covid-19 sont apparus. Lisbonne a reconnu son erreur. Mais d'autres pays du sud dépendant du tourisme sont tentés de lever les restrictions au plus tôt, alors que la situation reste instable.

Migration

Les dirigeants européens ont brièvement abordé la question migratoire. Ils se sont penchés sur les mesures visant à renforcer les contrôles aux frontières et les retours forcés, tout en évitant de parler de la répartition des migrants, un sujet qui provoque de profondes divisions.

Le Conseil européen a également rejeté toute "tentative d'instrumentaliser les migrants pour des raisons politiques", faisant allusion à la crise déclenchée par le Maroc dans l'enclave de Ceuta le mois dernier.

Sommet avec Vladimir Poutine en vue?

Les relations avec le régime russe ont été discutées lors du dîner sur la base d'un rapport du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Pour l'Espagnol, les relations entre Bruxelles et Moscou sont au plus bas.

"Bruxelles et Moscou ont besoin de ce dialogue."
Dmitri Peskov
Porte-parole du Kremlin

L'Allemagne et la France ont proposé d'organiser un sommet avec le président russe Vladimir Poutine. Cette proposition, introduite juste avant la réunion, a pris de court les autres dirigeants européens, y compris Charles Michel. L'idée a été retenue dans les conclusions du Conseil européen, mais elle est loin de faire l'unanimité entre les Vingt-Sept, la Pologne et les pays baltes y étant vigoureusement opposés.

Le Kremlin, pour sa part, a salué cette proposition. "Bruxelles et Moscou ont besoin de ce dialogue", a affirmé jeudi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Le président russe Vladimir Poutine, confronté à une baisse de popularité en pleine année électorale, a besoin de cette reconnaissance internationale.

Relations avec la Turquie

Les dirigeants européens ont confirmé, par ailleurs, leur intention d'améliorer leurs relations avec la Turquie, en suivant un processus "échelonné, proportionné et réversible". Mais les conclusions du sommet restent évasives sur la concrétisation de cet "agenda positif".

Ankara a récemment refroidi les Européens appelant à une solution à deux États à Chypre, ce qui a bloqué les négociations en cours avec Nicosie. L'UE reproche aussi à la Turquie de mettre en péril les droits fondamentaux de partis d'opposition, de la société civile et de la presse.

La Turquie continuera néanmoins à bénéficier du soutien de l'UE pour l'accueil de réfugiés. La Commission européenne a proposé de débloquer une aide de 5,7 milliards d'euros pour les réfugiés syriens se trouvant en Turquie, au Liban et en Jordanie. Ankara recevrait 3,5 milliards.

Le résumé

  • La loi hongroise anti-LGBT était au cœur du sommet européen jeudi à Bruxelles. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a été durement rappelé à l'ordre par ses pairs pour cette loi jugée discriminatoire. Le Premier ministre Mark Rutte est allé jusqu'à inviter la Hongrie à quitter l'UE.
  • Les dirigeants européens ont également discuté de la pandémie, l'objectif étant de mieux coordonner la levée des restrictions aux frontières, tout en faisant preuve de vigilance face à l'arrivée du variant Delta.
  • Les relations de l'UE avec la Russie et la Turquie, particulièrement tendues, ont été abordées durant le dîner.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés