Les eurodéputés dénoncent l'inaction des Etats sur la migration

Un grand nombre de députés, à droite comme à gauche, ont qualifié de "honte" et de "scandale" le refus du gouvernement italien de laisser l’Aquarius accoster en Italie. ©EPA

De vifs débats ont eu lieu au Parlement européen sur la crise migratoire suite au refus de l’Italie d’accueillir l’Aquarius. Les députés ont fustigé l’incapacité de décision des États européens sur les questions migratoires.

Les députés européens avaient prévu de débattre ce mardi des priorités du prochain sommet des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE, fin juin à Bruxelles, comme la zone euro, le budget et la défense. Il n’en fut rien. Le sort de l’Aquarius et des 629 migrants à son bord a court-circuité l’agenda.

Un grand nombre de députés, à droite comme à gauche, ont qualifié de "honte" et de "scandale" le refus du gouvernement italien de laisser l’Aquarius accoster en Italie.

"Plus de 10.000 migrants sont morts noyés depuis le début de cette législature et plus de 800 depuis le début de l’année."
guy verhofstadt
Président des libéraux européens

"Il y a au moins une chose sur laquelle vous devriez arrêter de parler et décider, c’est la crise migratoire", a tonné le chef de file des libéraux Guy Verhofstadt (ALDE), dénonçant l’incapacité des 28 dirigeants de l’UE à réformer le Règlement de Dublin malgré trois années de palabres. "Plus de 10.000 migrants sont morts noyés depuis le début de cette législature et plus de 800 depuis le début de l’année", a-t-il dit.

Le Règlement de Dublin détermine à quel État échoit l’examen d’une demande d’asile. En principe, il s’agit de celui d’arrivée. L’Italie et la Grèce ont subi, à cause de cette règle, toute la charge de la crise migratoire, la plupart des migrants fuyant la guerre en Syrie, l’instabilité en Libye, en Afghanistan, au Pakistan et la misère en Afrique.

Le Parlement s’est accordé sur une réforme du système, en coordination avec la Commission Juncker mais les Vingt-Huit rechignent à prendre une décision. Certains États, comme l’Autriche et les anciens pays de l’est, refusent les quotas obligatoires des réfugiés, une disposition visant à répartir entre Européens le poids de la migration au nom du principe de solidarité.

L'Italie rejette les "leçons" françaises

Emmanuel Macron a dénoncé ce mardi l'attitude "cynique" et "irresponsable" du nouveau gouvernement italien. Son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a, lui, demandé à Rome de revenir sur sa décision.

Le président du Conseil Giuseppe Conte, qui sera reçu vendredi par le chef de l'Etat français à l'Elysée, a répliqué que l'Italie n'acceptait pas "de recevoir des leçons hypocrites de pays qui ont toujours préféré tourner le dos quand il s'agit d'immigration".

"Nous ne sommes pas seuls, il y a une responsabilité à partager et je suis content qu'après des années de silence, le gouvernement ait relevé la tête", a tweeté ce mardi le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, ajoutant qu'il se rendrait en Libye avant la fin du mois.

Le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, porte-voix de la lutte contre l'immigration dans l'Union européenne, a salué le refus des autorités italiennes d'accueillir les migrants de l'Aquarius. "C'était tellement déprimant d'entendre pendant toutes ces années qu'il était impossible de protéger nos frontières maritimes", a déclaré Orban lors d'une conférence de presse. "Le pouvoir de la volonté est revenu en Italie."

Verhofstadt menace d’aller en justice

Guy Verhofstadt a remis les pendules à l’heure. "Si les dirigeants européens n’acceptent pas de réformer notre système européen commun en matière de migration et de droit d’asile lors de la prochaine réunion du Conseil, nous devons traduire le Conseil devant la cour en vertu de l’article 265 du traité pour inaction", a-t-il menacé.

Les élus socialistes et écologistes sont allés dans le même sens. "Il faut rappeler les chefs d’État à leurs devoirs", dit l’Allemand Udo Bullmann, président du S&D. "Chers gouvernements, cela fait deux ans que la réforme de Dublin est sur votre table. C’est une honte que rien n’ait changé", renchérit l’Italienne Elly Schlein (S&D).

"Le Conseil européen souhaite l’immobilisme. Limiter le salaire des banquiers, c’était populaire. Accueillir des migrants, ça ne l’est pas", regrette Philippe Lamberts, coprésident des Verts. "Matteo Salvini n’est que l’expression de sa xénophobie. Mais n’oublions pas que Malte n’a laissé personne entrer", affirme Ska Keller (Verts, allemande).

Le PPE (centre droit), le parti le plus important de l’hémicycle, est tiraillé par la présence en son sein du Fidesz, du Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a fait de la lutte contre les migrants son cheval de bataille. "Je me félicite de la décision espagnole concernant l’Aquarius, mais personne en Espagne n’envisage de retirer les clôtures de Seuta qui empêchent les migrants d’entrer", dit Manfred Weber, le président du PPE. Il suggère "la création de hotspots en Libye" pour accueillir les migrants avant qu’ils ne traversent la mer. Une idée peu réaliste vu l’instabilité régnant dans le pays.

Les débats sur cette crise se poursuivront mercredi, le point ayant été ajouté à l’ordre du jour.

L’Aquarius, après avoir attendu 36 heures entre la Sicile et Malte, a pris mardi la route pour l’Espagne. Le voyage doit durer quatre jours. La traversée s’annonce périlleuse, le navire étant surchargé. Il sera accompagné de deux bateaux italiens sur lesquels des migrants ont été transbordés.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content