Les eurodéputés tracent leur ligne rouge pour peser sur le budget européen

Les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européen se serraient les coudes lors d'une rencontre le 23 juillet. La "négociation" ne fait que commencer. ©EPA

Après l'accord des Vingt-Sept sur un paquet budget-relance, le Parlement européen avait prévenu: il est prêt à bloquer s'il n'obtient pas des changements. La grande explication commence ce jeudi.

C'est la rentrée pour les négociateurs de la relance européenne. Représentants du Conseil, de la Commission et du Parlement européen se réunissent ce jeudi pour un "tour de chauffe" en vue de l'adoption du plafond du budget européen pour 2021-2027, qui conditionne le plan de relance de 750 milliards d’euros. Après l'accord historique des chefs de gouvernements le 21 juillet, les eurodéputés entrent donc en scène. Ils avaient déjà annoncé la couleur le mois dernier: le Parlement "est prêt à refuser de donner son approbation" au cadre budgétaire tant qu'un "accord satisfaisant" n'est pas trouvé. C'est ce qui s'appelle bander ses muscles avant de montrer sur le ring - reste à voir si c'est pour un match de boxe ou de catch.

L'État de droit n'attend pas

Du côté des États membres, on souligne que toucher au château de cartes construit pendant quatre jours et quatre nuits de négociations sera compliqué. "Modifier un élément pourrait mettre en danger l'ensemble du paquet. La marge de manoeuvre n'est pas très grande...", souligne un diplomate européen. Formellement, les députés n'ont pas leur mot à dire sur le fonds de relance, mais ils ont le pouvoir d'approuver ou de rejeter le plafond budgétaire (CFP) au travers duquel il doit être injecté.

"Modifier un élément pourrait mettre en danger l'ensemble du paquet. La marge de manoeuvre n'est pas très grande..."
Un diplomate européen
Sous couvert de l'anonymat

Dans une lettre envoyée à Angela Merkel (qui assure la présidence tournante du Conseil), les chefs de quatre groupes politiques représentant une très large majorité au Parlement ont lancé mercredi un nouveau coup de semonce très concret: il leur sera "impossible" d'avancer sur le cadre financier tant que le Conseil n'aura pas conclu avec le Parlement une législation pour conditionner les financements européens au respect de l'État de droit. "Il ne peut y avoir de rabais sur les valeurs européennes", soulignent-ils.

La menace des "12e"

Les députés ne désespèrent pas d’obtenir aussi des avancées sonnantes et trébuchantes sur certaines enveloppes, et de préciser la création de nouvelles taxes européennes (ressources propres). «Si on accepte ce budget, le Parlement ne sert à rien», tranche le social-démocrate français Pierre Larrouturou, négociateur en chef du budget 2021. Lui ne votera pas un budget qui ne serait pas assorti de la taxe sur les transactions financières, qui permettrait de financer la relance sans que les États n’aient à puiser dans leurs caisses. En l’absence d’accord d'ici la fin de l'année, souligne-t-il, l’activation des 12e provisoires garantirait à l'Union un budget plus élevé pour 2021 que celui sur lequel les Vingt-Sept se sont accordés...

"Il ne peut y avoir de rabais sur les valeurs européennes."
Manfred Weber et al.
Lettre signée par quatre présidents de groupe

Une carte décisive pour convaincre le Conseil de prendre le Parlement au sérieux? «C’est une menace qui plane, mais je ne la brandis pas parce que je trouve qu'il faut toujours privilégier la voie de la discussion», indique de son côté le libéral belge Olivier Chastel (MR), vice-président de la commission des Budgets. Tout en considérant que le cadre sur la table n’est pas à la hauteur, «il faut avoir un peu de respect face à manière avec laquelle le Conseil européen est parvenu à dégager pour la première fois de l'histoire européenne une vraie solidarité», estime-t-il.

"C’est une menace qui plane, mais je ne la brandis pas parce que je trouve qu'il faut toujours privilégier la voie de la discussion."
Olivier Chastel
Vice-président de la commission des Budgets (MR)

Jusqu'où le Parlement est-il prêt à aller pour se faire entendre? Les députés liés politiquement aux dirigeants qui défendent le deal sont-ils prêts à la confrontation? Ceux issus des pays les plus touchés par la crise sont-ils prêts à freiner la mise en place du fonds de relance au nom d'un meilleur budget? Alors que la grande explication commence, les leaders du Parlement mettent en tout cas leur poids politique dans la balance.

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