analyse

Les Français s'emballent pour leur loterie nationale

Le logo de la FDJ. ©AFP

La souscription pour les titres de la Française des Jeux pourrait conforter le gouvernement français dans sa volonté de privatiser. En tête, Aéroports de Paris mais aussi Engie.

Bingo pour la Française des Jeux! Ce dimanche, Bruno Le Maire avait le sourire aux lèvres. Alors que son gouvernement entame sa première grande privatisation, en l’occurrence celle de la loterie nationale, le ministre de l’Economie français n’a pu que se réjouir. Cette fois, les Français étaient bel et bien au rendez-vous. "À l’heure où je vous parle, il y a pour un milliard d’euros de souscriptions des particuliers, c’est un immense succès populaire", a-t-il déclaré, ce dimanche, sur l’antenne de BFM TV. Face à cet emballement, et au risque de voir certains non satisfaits, "les petits souscripteurs seront servis en priorité", a-t-il promis. La cotation sera officiellement lancée jeudi prochain au siège d’Euronext, la Bourse de Paris. Avec, dans ces circonstances, un prix de l’action qui devrait tendre, selon les experts, vers le haut de la fourchette, établie entre 16,50 et 19,90 euros.

Sur le fond, cet engouement n’a rien de surprenant. Par le passé, en effet, les Français ont toujours aimé miser sur les anciens monopoles du secteur public. En 2005, par exemple, la privatisation d’EDF avait séduit pas moins de 5 millions de souscripteurs, et celle de GDF 3 millions. Cette fois, néanmoins, cette mise sur le marché intervient dans un contexte social houleux marqué par des contestations quant au bien fondé d’une autre privatisation. En l’occurrence, celle d’Aéroport de Paris (ADP qui regroupe Orly, Roissy et d’autres aéroports), détenu à 51% par l’État français.

Référendum sur ADP

"Les cessions interviendront au rythme et aux conditions les plus intéressantes pour l’État."
Édouard Philippe
premier ministre français

Annoncée également dans le cadre de la loi PACTE, sur la croissance et la transformation des entreprises, de mai 2019, cette vente, présentée par Bruno Le Maire comme une "nécessité absolue" peine à convaincre une partie de l’opinion publique, laquelle juge que ce type d’entreprise doit rester dans le giron de l’État.

Preuve en est, en juin dernier, pour s’y opposer, a germé l’idée d’un référendum d’initiative partagée. Or, là encore, force est de constater que le gouvernement marque des points. Et que la mobilisation bat de l’aile. Selon le dernier communiqué du Conseil constitutionnel, publié le 23 octobre dernier, seuls 896.000 soutiens à la tenue d’un tel référendum auraient été recensés. Autant dire que le compte n’y est pas. Pour que cette procédure aboutisse, elle doit en effet rassembler 4,7 millions de citoyens environ, d’ici au 13 mars prochain. Une échéance a priori difficile à tenir.

Engie et GRTgaz

En tout état de cause, le gouvernement table sur ces privatisations pour désendetter le pays et abonder un fonds pour l’innovation et l’industrie, à hauteur de 10 milliards d’euros. Mais il lui faudra aller au-delà s’il veut rassembler de tels montants. À elle seule, la vente de ses 50% dans la FDJ pourrait, au mieux, ne lui rapporter que 1,7 à 2 milliards d’euros.

Aussi, d’autres entreprises sont dans le viseur des autorités. Par exemple, Engie, l’ex GDF-Suez, et GRTgaz, sa filiale qui exploite les gazoducs et les terminaux méthaniers français. L’État pourrait ainsi ramener sa participation dans le premier à 15% contre 24,6% actuellement. Enfin, il continue de passer au crible les cas des 80 autres entreprises dont il est actionnaire.

Parmi les noms le plus souvent cités, en guise d’un désengagement futur, figurent Orange, Air France KLM ou encore Renault. Le calendrier reste néanmoins flou. "Les cessions interviendront au rythme et aux conditions les plus intéressantes pour l’État", s’était contenté de dire Édouard Philippe en 2017 lors de la vente par le gouvernement de 4,15% de ses parts dans Engie. Le cas de la FDJ sera donc décisif.

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