analyse

Les grandes ambitions de Macron pour la langue française

Emmanuel Macron ©REUTERS

Dans le cadre du Brexit, la Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne en mars prochain. Voilà donc le pays qui a fait de sa langue principale la langue par défaut des institutions européennes qui quitte le navire de l'Union. De quoi donner des ambitions au président français Emmanuel Macron.

Le Brexit pose un nombre incalculable de questions: le montant financier de la rupture, la frontière avec l'Irlande, ou encore le sort des citoyens britanniques dans l'UE et des citoyens européens en Grande-Bretagne. Mais il y en a une qui ne fait pas beaucoup parler d'elle, mais qui, dans l'ombre de l'Elysée à Paris, fait son petit bonhomme de chemin.

Il s'agit de la langue dominante des institutions européennes. Réfléchissez plutôt: avant que la Grande-Bretagne ne rejoigne les 6 pays fondateurs de la Communauté économique européenne (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg) en 1973 - qui deviendra en 1992 l'Union européenne -, c'est le français qui était la langue par défaut des institutions européennes.

12,8%
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Aujourd'hui, l'anglais est la langue officielle de c des 511 millions d'Européens.

Et puis, avec l'arrivée d'un peu moins de 60 millions de Britanniques, la langue de Molière a été doucement remplacée par celle de Shakespeare au point où cette dernière s'est imposée ces dernières années comme LA langue européenne par défaut. Sauf qu'avec le Brexit, qui doit entrer en vigueur le 31 mars prochain, ces millions de Britanniques ne seront plus représentés au sein de l'Union.

Alors qu'aujourd'hui, l'anglais est la langue officielle de 12,8% des 511 millions d'Européens, après le départ de la Grande-Bretagne, elle ne sera que la deuxième langue officielle dans deux pays seulement: l'Irlande et Malte. Et ensemble, ils ne représentent plus que 1,2% de la population de l'UE. Voilà de quoi donner des ambitions au président français Emmanuel Macron. 

"L'anglais n'a probablement jamais été aussi présent à Bruxelles que lorsque nous parlons du Brexit."
Emmanuel Macron

En effet, le chef d'Etat voudrait profiter de ce départ pour restaurer la français comme langue par défaut des institutions européennes. "L'anglais n'a probablement jamais été aussi présent à Bruxelles que lorsque nous parlons du Brexit", a déclaré Macron en mars lors de la Journée de la francophonie, une célébration de la langue et de la culture françaises observée dans plus de 70 pays. "Cette domination n'est pas inévitable", a-t-il déclaré.

Mais la tâche s'annonce très ardue pour le jeune président. Voire impossible pour le prochain bloc de 27 pays et ses 24 langues officielles. L'anglais est de loin la principale langue étrangère enseignée dans l'UE, selon les statistiques officielles. Plus de 80% des élèves du primaire et plus de 95% des élèves du secondaire apprennent l'anglais avant toute autre langue étrangère.

Héritage de la guerre froide

Les vestiges de la prééminence française subsistent au Département d'État des États-Unis, qui envoie encore des "démarches" aux gouvernements étrangers, plutôt que de simples "letters" (lettres), et publie des "communiqués", et pas seulement des "statements" (déclarations). Les ambassadeurs américains ont aussi un numéro 2 appelé "chargé d'affaires".

C'est la victoire dans la guerre froide qui a scellé le verrou anglais sur l'Europe.

Les ascendances américaines au siècle dernier ont sans aucun doute aidé l'anglais à éclipser le français. Et c'est la victoire dans la guerre froide qui a scellé le verrou anglais sur l'Europe puisque presque tout le monde dans les pays ex-communistes entre l'Allemagne et la Russie a choisi l'anglais comme deuxième langue préférée.

Après ces années de domination de la langue anglaise en Europe, Emmanuel Macron prend donc position. Son ambassadeur récemment nommé à l'UE, Philippe Léglise-Costa, a quitté une réunion budgétaire en avril parce que l'anglais était la seule langue de travail.

"Tout le monde était content de parler en anglais, mais une fois qu'il a rouspété, les autres ont aussi commencé à exiger la lecture dans leurs langues nationales", a déclaré un diplomate nordique qui était présent dans la salle. "Ils ont eu leur lecture en français à la prochaine réunion, mais je suis sûr que tout le monde recommencera à parler anglais", a déclaré le diplomate.

Le président français a dit qu'il voulait "établir des règles, être présent et faire du français la langue avec laquelle on a accès à un certain nombre de possibilités." Il a promis d'offrir plus de cours de français aux fonctionnaires européens et de renforcer son réseau international d'écoles francophones.

Un allié de Macron dans la bataille pour restaurer le français est le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, originaire du Luxembourg et qui prononce fréquemment des discours publics en français et en allemand. "Pourquoi la langue de Shakespeare serait-elle supérieure à celle de Voltaire?", a récemment déclaré Juncker à la télévision française. "Nous avons tort d'être devenus si anglicisés", a-t-il dit, en français.

Si certains se moqueront de l'hypothèse de voir le français redevenir la langue par défaut de l'Union européenne, on peut toutefois se poser une question: après le Brexit, l'anglais britannique ne va-t-il pas passer progressivement la main à l'anglais américain?

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