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Les grandes heures de l'Europe

Journaliste

Vingt ans après le sommet de Nice, les dirigeants européens n'ont rien appris de leurs erreurs. Quelques États, les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark, la Suède et la Finlande bloquent la relance économique de l'Europe, les yeux rivés sur leurs intérêts nationaux.

Les dirigeants de l'Union européenne sont confinés depuis quatre jours à Bruxelles pour négocier le plan de relance d'une économie européenne plongée dans une récession suite à la crise du coronavirus. Ces pourparlers sont les plus longs de l'histoire de l'Union, après le sommet de Nice en décembre 2000 où des négociations marathon se conclurent par une réforme du traité européen. Les Vingt-Sept vont-ils battre le record?

Charles Michel, aux commandes du Conseil européen, a opté pour une stratégie similaire à celle de la présidence française à Nice. Multiplier les rencontres par petits groupes jour et nuit, tenir de brèves séances plénières et poursuivre le travail durant des dîners. Les négociateurs, épuisés, avaient fini par trouver un compromis, après quatre jours et quatre nuits.

Le résultat n'était pas des plus brillants, le Traité de Nice complexifiant les règles de décision. Mais l'Union était sortie de l'impasse. "L'Europe n'a pas les moyens de ses ambitions", avait bougonné Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères. "Mieux vaut un mauvais accord qu'un échec", avait lâché son collègue français, Pierre Moscovici. Les blocages avaient été permanents, dont on retiendra entre autres celui du Royaume-Uni. Au final, le sommet avait accouché d'une réforme du traité, mineure, mais réelle.

Vingt ans plus tard, les dirigeants européens n'ont rien appris de leurs erreurs. Les négociations sur le plan de relance et le budget 2021-2027 est une ode à l'égoïsme national et aux petits calculs mesquins. Alors que plus de 100.000 personnes sont mortes du Covid-19 en quelques mois en Europe, que les économies de plusieurs pays sont à terre, les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark, la Suède et la Finlande bloquent la relance économique de l'Europe. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban menace d'imposer son veto si on lui demande de respecter les valeurs européennes.

Ce marchandage, au mépris de l'unité européenne, rabaisse l'Europe et les Européens, lassés d'assister à ce manège. Et pourtant. Dans cet instant surréaliste, où certains dirigeants n'ont d'yeux que sur leurs intérêts nationaux, d'autres volontés sont occupées à forger l'Europe avec les moyens du bord.

L'Allemagne, la France, la Belgique, le Luxembourg et bien d'autres États, encadrés par la présidence du Conseil et de la Commission européenne, œuvrent à un compromis. Ce ne serait pas l'accord le plus brillant, loin de là, mais il pourrait aider à sortir l'Europe d'une récession dont on mesure encore mal l'ampleur. Il pourrait signer, comme à Nice, une nouvelle étape de la construction européenne. C'est aussi cela, les grandes heures de l'Europe. Une Europe bâtie de compromis, pierre après pierre, dans la sueur des nuits de négociations parfois peu glorieuses, mais qui bout à bout maintiennent l'unité de l'Europe. Une des démocraties les plus prospères du monde et les plus respectueuses des valeurs fondamentales.

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