Les matadors catalans mis à mort par le Parlement

Le Parlement régional de Catalogne a voté l'interdiction des corridas. La prohibition prendra effet en 2012. Et risque de faire perdre de l'argent à la région, assurent les partisans de la tauromachie.

Les taureaux catalans mourront désormais sans agonie. Le Parlement de la région de Barcelone a décidé d’interdire les corridas au nom du bien-être animal. La prohibition prendra effet en 2012. L’événement est historique : seul l’archipel des Canaries avait déjà interdit la tauromachie en 1991.

Le fait qu’une région aussi importante que la Catalogne s’attaque à cette institution ancrée dans la culture espagnole a provoqué des réactions indignées aux quatre coins de l’Espagne. Mais également des cris de joie jusqu’en Belgique : "C’est le début de la fin pour ce qui constitue une tache atroce dans l’Europe du 21e siècle", s’est par exemple réjoui le président de Gaia, Michel Vandenbosch.

Risque économique ?

Au-delà de l’"attaque" contre un pilier de la culture espagnole, les partisans de la corrida prévoient des conséquences économiques dommageables pour la région. "La prohibition sera désastreuse économiquement pour la Catalogne, et pas seulement à cause des pertes directes", prévenait ainsi le directeur du lobby pro-corridas Mesa de Toro.

Le secteur emploie quelque 40.000 personnes à travers l’Espagne, et ses défenseurs assurent que l’interdiction privera la Catalogne d’importants revenus collatéraux : la disparition du "plus beau spectacle du monde" s’accompagnera d’une baisse du nombre de touristes, assurent-ils.

Les corridas génèrent environ 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année à travers le pays. Il se porte mal, particulièrement en Catalogne. La principale arène dela région, "La Monumental" de Barcelone, organise moins de 15 corridas par an – elle en accueillait deux fois plus au début de la décennie –, et les gradins barcelonais ne sont généralement remplis qu’à moitié.

Mais la Catalogne va devoir débourser entre 50 et 150 millions d’euros pour racheter les arènes inutiles. Et selon la presse locale, les pro-taurins pourraient saisir le Tribunal constitutionnel et demander des indemnisations à hauteur de 400 millions d’euros – soit 57 euros par Catalan.

Acte séparatiste ?

C’est une pétition du groupe anti-corrida "Prou!" (Assez!) qui avait mis en branle la machine parlementaire. Le groupe lutte contre les souffrances gratuites infligées aux taureaux qui selon lui n’ont pas leur place dans une société moderne.

Mais d’aucuns voient dans la décision du Parlement régional un geste séparatiste: "Les dirigeants catalans en font un prétexte pour créer une identité artificielle", estime ainsi Carlos Nunez, président de la fédération des éleveurs taurins. Ce que dément fermement les autorités locales.

 

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