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"Les rescapés de l'Aquarius reviennent de l'enfer"

©REUTERS

L'Aquarius fait route vers le port espagnol de Valence. Les 630 rescapés, répartis dans le navire humanitaire et deux autres de la marine italienne, voient peu à peu le bout du tunnel. A bord, la situation reste tendue.

L’Aquarius, le navire humanitaire affrété par SOS Méditerranée, a passé le détroit de Sardaigne et fait route vers le port de Valence où il devrait arriver samedi soir. "Nous venons de longer les côtes de la Sardaigne pour nous protéger de vagues de quatre mètres", dit Antoine Laurent, responsable des opérations maritimes pour SOS Méditerranée. "C’était éprouvant pour les rescapés. Ils ont eu le mal de mer car le navire est petit. Les 630 rescapés reviennent de l’enfer".

©Photo News

Cette nuit, la température a baissé et c’était une nouvelle épreuve. "Heureusement, nous avons été ravitaillés jeudi. Il était temps, on ne peut nourrir des gens pendant une semaine avec des biscuits de secours", poursuit Antoine Laurent. Les 630 migrants sauvés par l’Aquarius dans la nuit de samedi à dimanche ont été répartis dans le navire (106) et deux bateaux des gardes-côtes italiens, l’Orione (250) et le Dattilo (274).

L’ambiance à bord reste tendue. "On a eu un coup dur ce matin en apprenant que deux personnes étaient mortes noyées lors du sauvetage de samedi. Nous venons à peine de l’apprendre, ce genre de nouvelle peut saper le moral."

L'équipage en colère

L’équipage de l’Aquarius ne décolère pas. "Quand on a appris qu’on devrait naviguer cinq jours, ça a été la colère. C’est intenable pour l’équipage. Ils passent des nuits très courtes. Ils ne comprennent pas pourquoi ils sont obligés de naviguer si loin, alors que l’Aquarius devrait être en train des sauver des vies humaines au large des côtes libyennes."

Dimanche dernier, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini (La Ligue, extrême droite) a fermé les ports italiens à l’Aquarius, accusant l’ONG de complicité avec les trafiquants d’êtres humains.

"On entend cette critique depuis un certain temps, mais ceux qui la formulent sont déconnectés de la réalité. Nous sommes une équipe de professionnels dont la mission est de sauver des êtres humains. Nous prendre pour des passeurs, c’est tout mélanger et ne rien comprendre à la notion d’humanitaire," ajoute Antoine Laurent. "Notre rôle n’est pas d’arrêter les trafiquants, c’est la mission des gardes-côtes. Nous sommes des pompiers, pas des policiers."

"Notre job, c’est d’extraire les gens de la mort, alors que l’Europe les renvoie vers l’enfer des prisons libyennes"
Antoine Laurent
Responsable des opérations maritimes de SOS Méditérranée

L’ONG SOS Méditerranée est une des dernières à effectuer des missions de sauvetage. "Les passeurs utilisent le principe de solidarité en mer pour se faire de l’argent sur le dos des gens. A qui la faute ? Notre job, c’est d’extraire les gens de la mort, alors que l’Europe les renvoie vers l’enfer des prisons libyennes".

Des traversées "épouvantables"

Pour échapper à la Libye, où les attendent des prisons surpeuplées et l’esclavage, les migrants tentent la traversée de la Méditerranée à bord de frêles esquifs où les conditions de vie sont "épouvantables", quand l’aventure ne se termine pas par la noyade. "Les gens que nous avons sauvés, parmi lesquels sept femmes enceintes et une centaine d’enfants seuls, sont dans un état extrême. Beaucoup sont brûlés au troisième degré par un liquide stagnant dans le bateau, un mélange d’eau de mer, de pétrole et d’urine. Nous leur avons apporté les premiers soins, mais nous sommes une ambulance, pas un hôpital. C’est inadmissible de les avoir forcés à rester plusieurs jours dans de telles conditions."

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