Les six raisons qui pourraient faire tomber le gouvernement italien en janvier

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte veut négocier au plus vite un programme gouvernemental qui le mènerait jusqu'à la fin de la législature en 2023. ©EPA

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte, dont le gouvernement repose sur une coalition très fragile, veut négocier un programme gouvernemental qui le mènerait jusqu'à la fin de la législature, en 2023. Mais plusieurs développements pourraient lui mettre des bâtons dans les roues.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a déjà dépassé les attentes de la plupart de ses adversaires politiques en survivant à l'effondrement de son premier gouvernement l'été dernier. Mais la deuxième coalition qu'il dirige est si fragile qu'une foule d'événements pourraient le faire trébucher dès le premier mois de l'année.

Giuseppe Conte était sorti de l'ombre en juin 2018 pour prendre la tête d'une coalition composée du Mouvement Cinq Étoiles (M5S), opposé à l'establishment, et des populistes de droite, La Ligue. Lorsque cet accord a été rompu, il a contribué à sceller une nouvelle alliance entre le M5S et le groupe traditionnel de centre-gauche italien, le Parti démocratique.

A l'occasion de la traditionnelle conférence de presse de fin d'année, Giuseppe Conte, 55 ans, a déclaré vouloir commencer la nouvelle année en négociant un programme gouvernemental qui le mènerait jusqu'à la fin de la législature en 2023. Le Premier ministre s'est dit "fier" du travail accompli. Il annonce donc un "marathon de trois ans" de réformes pour son gouvernement.

Cela étant, aussi motivé soit-il, il rencontrera des obstacles. 

La Ligue haute dans les sondages

La Ligue et son dirigeant, Matteo Salvini – toujours meurtri après sa tentative ratée de prise de pouvoir l'an dernier – conservent une avance considérable dans les sondages d'opinion. Conte devra donc faire preuve de toute son intelligence politique pour parvenir à les contrer. La fragilité de la coalition a mis les investisseurs en alerte et les obligations italiennes affichent des performances inférieures à celles de leurs homologues de la zone euro.

Des procès sans fin

C'est à l'appel du M5S que Giuseppe Conte a convoqué les dirigeants de la coalition pour une réunion le 7 janvier. Le parti d'extrême-droite souhaite à nouveau changer les délais des procès. L'objectif est de modifier le délai de prescription car le système judiciaire italien est notoirement lent, ce qui signifie que des procès ne vont à leur terme et qu'une sentence finale n'est donc pas toujours rendue.

Mais les démocrates sont opposés à des changements drastiques, et le petit parti Italia Viva – dirigé par l'ancien premier ministre Matteo Renzi – se dit prêt à voter avec l'opposition pour empêcher que les droits des accusés ne soient bafoués par des poursuites sans fin.

Deux référendums 

Deux référendums distincts sur la réforme électorale pourraient être déclenchés ce mois-ci. L'un, à l'initiative du Mouvement Cinq Étoiles et déjà approuvé, pour réduire le nombre de législateurs. Le deuxième, proposé par la Ligue, vise à introduire un système de scrutin majoritaire à un tour, de style britannique.

Le dernier référendum italien en date avait mis fin prématurément au mandat de Matteo Renzi. Un nouveau référendum mettrait Giuseppe Conte en danger. Les groupes qui seraient perdants en vertu des nouvelles règles de vote seraient tentés, en effet, de déclencher une élection éclair avant l'entrée en vigueur du nouveau système.

Le cas Salvini

Matteo Salvini fait face à de possibles poursuites judiciaires pour avoir refusé de permettre à un navire de sauvetage de migrants d'accoster en Sicile en juillet, alors qu'il était ministre de l'Intérieur. Une commission sénatoriale votera le 20 janvier sur l'opportunité de bloquer tout procès contre Salvini, qui est également sénateur, avant un vote de l'ensemble de la chambre. Salvini s'est toujours défendu en expliquant qu'il avait appliqué la politique du gouvernement.

Cette affaire est un autre facteur de déstabilisation pour la coalition Matteo Renzi ayant menacé de rompre les rangs et de soutenir le leader de la Ligue.

Le bastion rouge perdu

Le mois de janvier pourrait aussi être déterminant pour le gouvernement en raison des élections régionales, au goût de test national, qui auront lieu en Émilie-Romagne (nord-est) le 26 janvier prochain.

Le bloc de centre-droit de Matteo Salvini vise à prendre le contrôle de ce bastion de gauche, souvent qualifié par les Italiens d'"Émilie rouge", alors que le Mouvement Cinq Étoiles et les démocrates se battent déjà entre eux pour le récupérer.

Une victoire du bloc de Salvini le rendrait inarrêtable et donnerait des munitions aux dissidents du Parti démocrate qui veulent se retirer de la coalition estimant que leur soutien à Giuseppe Conte a un prix trop élevé.

Entreprises épineuses

Giuseppe Conte doit également négocier une série de dossiers commerciaux délicats qui mettent en évidence les contradictions entre les groupes d'establishment et d'anti-establishment dans sa coalition.

Le gouvernement pourrait aussi avoir à décider combien il est prêt à dépenser pour sauver la compagnie aérienne phare Alitalia.

Les militants du M5S veulent également que le gouvernement mette fin à la pollution d'une aciérie dans la région des Pouilles sans mettre en péril les dizaines de milliers d'emplois qu'elle soutient. Luigi Di Maio, le dirigeant du M5S, et les démocrates se grattent la tête pour savoir comment y parvenir. Mais après une série de déceptions sur la politique environnementale, la base du M5S menace de se révolter si elle n'obtient pas ce qu'elle souhaite.

 

 


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