Les subsides aux familles politiques européennes ont triplé en 15 ans

Le Parti populaire européen (PPE) avait reçu le chanteur de U2, Bono, lors de son Congrès de Dublin, en 2014. Dans son dos: l'ex-président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et la chancelière allemande Angela Merkel. ©REUTERS

Certains partis s’en sortent moins bien que d’autres: le PDE de Gérard Deprez n’a ainsi touché que 67% des subsides auxquels il aurait pu prétendre.

Les caisses du monde politique européen ne connaissent pas la crise, et pour cause: pendant que l’Union resserre à tours de bras la plupart de ses boulons budgétaires, elle donne du mou pour ses organisations politiques. En quinze ans, le montant de financement des groupes au Parlement européen et des partis et fondations qui y sont associés a triplé, révèle une analyse que le Crisp publie ce vendredi. Les subsides accordés sont ainsi passés de 32,6 millions d’euros en 2001 à 96,3 millions en 2015, précise le Centre de recherche et d’information socio-politiques.

25 millions
Les partis politiques européens ont vu leur financement multiplié par huit en onze ans, passant de 3 millions d’euros à 25 millions en 2015.

Cette augmentation fulgurante est le résultat d’une volonté de l’Union d’approfondir le rôle de ces structures et donc renforcer la démocratie européenne, expliquent les auteurs, Wouter Wolfs et Jef Smulders. Le moteur de cette évolution, nous revient-il, a été le Bureau du Parlement européen (président et vice-présidents) ainsi que certains présidents de groupes politiques – des gens comme le Français Joseph Daul, l’Allemand Martin Schulz ou encore les Belges Guy Verhofstadt et Isabelle Durant.

En 2001, seuls les groupes politiques au Parlement européen étaient financés par le budget européen. Ils reçoivent une dotation annuelle calculée en fonction de leur poids dans l’hémicycle et qui est la seule source de revenus dont ils peuvent disposer. Sur la période étudiée, leur financement a été multiplié par 1,7 – un peu plus que l’inflation. Les principaux bénéficiaires sont sans surprise les conservateurs du Parti populaire européen (PPE, auquel le CDH a lié son destin) et les progressistes du groupe Socialistes et Démocrates (S & D, auquel est attaché le PS).

Dindon de la farce

Les partis politiques en tant que tels – bien plus nombreux que les groupes – bénéficient de subventions de fonctionnement depuis 2004. C’est ce qui leur permet par exemple d’organiser des sommets en grande pompe avec leurs chefs d’États et de gouvernement respectifs. C’est au niveau des partis que l’augmentation du financement a de loin connu la plus forte accélération ces dernières années: leur enveloppe a été multipliée par huit en onze ans (de 3,2 millions d’euros en 2004 à 25 millions en 2015). Si les partis prennent de plus en plus de place dans le financement du système politique européen, c’est notamment "une réponse stratégique" à leur multiplication, observent les auteurs de l’étude publiée par le Crisp: en 2004, huit partis avaient obtenu un financement, en 2015 ils étaient seize. Malgré l’accroissement du nombre de bénéficiaires, les subsides de chaque parti pris individuellement ne baissent pas.

Certains partis tirent ici mieux leur épingle du jeu que d’autres. Car pour bénéficier pleinement des subsides, ils doivent générer des ressources propres. Les subsides ne peuvent en effet pas excéder 85% des dépenses de chaque parti – qui doit donc prélever des cotisations auprès de ses membres ou récolter des dons. "L’accroissement constant du montant total du subventionnement européen entraîne une pression croissante sur les partis politiques européens, dans la mesure où ceux-ci doivent se procurer d’avantage d’argent par leurs propres moyens", écrivent Wolfs et Smulders.

Ainsi, le Parti socialiste européen n’a touché sur onze ans que 84% des subsides auxquels il aurait pu prétendre, tandis que son grand rival, le Parti populaire européen, frôlait les 100%. Le dindon de la farce en la matière est le petit Parti démocrate européen de Gérard Deprez (et de la nouvelle ministre française des Armées, Sylvie Goulard): il n’a pu toucher que 68% des subsides auxquels il aurait pu prétendre.

Pour être complet, on notera enfin que depuis 2008, les "fondations politiques au niveau européen" peuvent aussi être financées par le budget de l’Union. Le Centre Wilfried Martens (PPE), la Fondation européenne d’études progressistes (PSE), le Forum libéral européen (ADLE) et les autres auront vu leur financement passer de 13 millions à 31 millions en huit ans.

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