Les théories du complot ont le vent en poupe

Les tours du World Trade Center après les attentats du 11 septembre ©Photo News

Dimanche dernier a été publiée la première enquête d'envergure consacrée au sujet du conspirationnisme dans l'opinion publique française. La Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, en lien avec l'Ifop, ont dévoilé les croyances des Français en matière de complots et de "fake news".

Le sujet est très souvent au coeur des débats et prend aujourd'hui d'autant plus de sens, quelques jours après qu'Emmanuel Macron a annoncé son intention de déposer prochainement un "texte de loi" pour lutter contre les "fake news" sur internet en "période électorale". La Fondation Jean-Jaurès et le site Conspiracy Watch, en lien avec l'Ifop, ont dévoilé une étude inédite sur la sensibilité des Français aux théories du complot. 

Selon cette enquête, 79% des Français croient à au moins une théorie complotiste. Dans le détail, ils sont 18% à croire à une seule théorie du complot, 14% à deux théories, 13% à trois, 9% à quatre et 25% à plus de cinq.

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Selon cette enquête, 79% des Français croient à au moins une théorie complotiste.

Nombreux sont ceux qui s'alarment devant la prolifération des théories complotistes sur internet, signe de la défiance grandissante envers les médias traditionnels et les gouvernements occidentaux. Responsables politiques, scientifiques, professionnels de l’information et enseignants commencent à exprimer leurs inquiétudes quant au nombre de plus en plus élevé de gens qui croient en des théories alternatives.

C'est d'ailleurs ce qui a poussé le président français à évoquer son futur projet de loi visant à lutter contre les "fake news" en période électorale. Ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de provoquer des réactions virulentes de l'opposition qui a dénoncé une atteinte à la liberté du web.

Seul 1 Français sur 5 est non complotiste

La plupart des grandes théories du complot en circulation de nos jours ont été proposées à l’échantillon: les vaccins, le sida, l’État islamique, les sociétés secrètes, le "nouvel ordre mondial", les "chemtrails", l’usage d’armes climatiques, l’assassinat du président Kennedy, la "Terre plate" ou encore le premier pas de l’homme sur la Lune.

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La thèse selon laquelle le président Kennedy aurait été assassiné par la CIA est familière à trois sondés sur quatre.

D’autres questions ont été posées permettant de croiser l’adhésion à ces théories du complot avec d’autres sujets tels que la fréquence de consultation de son horoscope, l’adhésion au négationnisme, au créationnisme, à la thèse d’un plan visant à remplacer la population française via l’immigration, à la thèse d’un complot politico-scientifique pour faire croire à l’existence du réchauffement climatique, la confiance dans les médias et la confiance dans la fiabilité des élections.

S’agissant de la notoriété des théories du complot proposées, trois d'entre elles, des théories historiques parfois vieilles d'un demi-siècle, se détachent clairement des dix autres. La thèse selon laquelle le président Kennedy aurait été assassiné par la CIA est familière à trois sondés sur quatre. Celles sur le premier pas de l’homme sur la Lune et sur la création du sida en laboratoire d’un sondé sur deux.

La théorie comme quoi "Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans" n’est connue que d'une minorité des sondés.
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Il est par conséquent notable que la théorie du complot sur la collusion entre pouvoir politique et industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins soit connue de deux sondés sur trois. D'autres théories comme la proposition créationniste "Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans" n’étaient en revanche connues que d’une minorité des sondés.

Les résultats de l’enquête quant à la pénétration des idées complotistes suggèrent une opinion divisée en trois groupes distincts: les "non-complotistes" (un sondé sur cinq) d’un côté, les complotistes "endurcis" de l’autre qui croient à 5 théories du complot ou plus (un sondé sur quatre) et, entre ces deux groupes, un "ventre mou" composé de sondés plus ou moins séduits par le complotisme adhérant à une, deux, trois ou quatre théories du complot mais pas davantage (un peu plus d’un sondé sur deux, 54% exactement).

Les jeunes davantage sensibles

L’adhésion aux théories du complot avance avec les générations. Les moins de 35 ans sont ainsi deux fois plus nombreux à adhérer à sept théories ou plus que les plus de 35 ans (21% contre 11% en moyenne, les plus de 65 ans n’étant que 5% dans ce cas).

Les seniors résistent mieux au complotisme que leurs enfants et petits-enfants.
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Les seniors résistent mieux au complotisme que leurs enfants et petits-enfants, sauf sur des théories du complot comme celles relatives au réchauffement climatique ou à l’immigration. Cette tendance est visible sur la plupart des sujets avec des contrastes parfois saisissants. Ainsi, la possibilité "que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école" recueille l’approbation de 18% des 18-24 ans contre 3% des plus de 65 ans.

De la même manière, les 18-24 ans sont quatre fois plus nombreux que l’échantillon à souscrire à une forme atténuée de négationnisme, estimant que la gravité du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est exagérée et qu’il y a eu "beaucoup moins de morts" qu’on ne le dit généralement.

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