Les unionistes nord-irlandais optent pour la ligne dure

Edwin Poots (au centre) va essayer de remettre en ordre de marche un parti à la dérive afin de mettre toutes les chances du côté des unionistes pour le scrutin de mai 2022. ©AFP

Le ministre de l'agriculture Edwin Poots succède à Arlene Foster à la tête du DUP, avec une volonté d'intransigeance sur le protocole nord-irlandais, clé de voûte du Brexit.

Deux. C'est le nombre de voix qui auront suffi, ce vendredi, à déterminer une partie de l'avenir de l'Irlande de Nord. Les 28 membres du DUP à l'assemblée nord-irlandaise, ainsi que les 8 députés du parti à la chambre des Communes, ont en effet désigné Edwin Poots comme nouveau leader du parti, par 19 voix contre 17 pour Jeffrey Donaldson. Cette élection est en soi un progrès démocratique, puisqu'elle a donné lieu pour la première fois en 50 ans à une campagne électorale entre deux candidats.

Elle marque surtout un véritable durcissement unioniste, un repli sur la ligne originelle du parti. Il y a dix jours, les soutiens de Poots avaient déjà poussé Arlene Foster vers la sortie, en lui reprochant d'avoir adopté une attitude trop souple sur des questions sociétales et sur le protocole nord-irlandais. Ce protocole place l'Irlande du Nord dans une zone réglementaire hybride entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. Il crée une frontière virtuelle en mer d'Irlande pour éviter une frontière entre les deux Irlandes.

Une stratégie encore mal définie

Depuis le début de l'année, Edwin Poots a été l'un des principaux acteurs des résistances unionistes nord-irlandaises à l'application des mesures de vérifications sanitaires et administratives sur les produits alimentaires en provenance du Royaume-Uni. Mais sa stratégie est encore mal définie, a fortiori après une élection aussi serrée qui confirme que le parti est divisé. Il a d'ores et déjà annoncé qu'il ne s'installerait pas au poste de Premier ministre qui lui revient de droit après le départ d'Arlene Foster, mais y nommera l'un des siens, dans le cadre du partage de pouvoir avec le Sinn Féin, prévu dans les accords de paix de 1998.

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voix d'avance
Edwin Poots a été élu à la tête du DUP avec deux voix d'avance sur Jeffrey Donaldson (19 voix contre 17).

Tout en restant ministre de l'agriculture, il va essayer de remettre en ordre de marche un parti à la dérive afin de mettre toutes les chances du côté des unionistes pour le scrutin de mai 2022, au cours duquel le Sinn Féin pourrait être en mesure de remporter la majorité pour la première fois. La dynamique démographique est clairement du côté des catholiques républicains depuis plusieurs décennies. Une telle issue accélérerait le processus de réunification de l'Irlande, mais avec des risques de tensions extrêmement élevés.

En dehors des ressorts rhétoriques qui ont permis à certains leaders d'Europe de l'est de se maintenir au pouvoir ces derniers années, Edwin Poots dispose de peu de cartes dans son jeu. Ce créationniste, qui estime que la Terre n'a que 6.000 ans, bénéficie du soutien chaleureux du fils du révérend Ian Paisley, fondateur du DUP et principale figure unioniste pendant les Troubles. Mais même la religion ne semble plus être aussi déterminante chez les jeunes générations d'unionistes.

La dynamique démographique est clairement du côté des catholiques républicains depuis plusieurs décennies.

L'opposition au protocole nord-irlandais, contre les volontés de Johnson et de l'Union européenne, est en définitive la dernière forme de pression qui reste au DUP. Bien que ce protocole soit la clé de voûte du Brexit, le travail de sape des unionistes ne devrait pas constituer un danger à court terme pour les relations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. Boris Johnson a d'ailleurs très ostensiblement reçu le Taoiseach (chef du gouvernement) irlandais Micheal Martin au moment du résultat du scrutin nord-irlandais.

Avec une part de provocation, Downing Street a mis en avant "les ambitions partagées pour le futur de la relation entre le Royaume-Uni et l'Irlande, avec plus de collaboration sur la science et la technologie, la lutte contre le changement climatique et les programmes culturels". Une manière de rappeler que sous Arlene Foster, le DUP avait obtenu pour l'Irlande du Nord de généreux financements en échange d'un esprit de collaboration sur le Brexit, du temps de Theresa May.

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