Londres passe à son tour en alerte renforcée

En plein coeur de la capitale londonienne, dans l'habituellement bien remplie Oxford Street, un panneau invite les piétons à maintenir les distances de sécurité sanitaire. ©Bloomberg

Alors que les taux de contaminations sont encore nettement inférieurs à ceux du Nord de l’Angleterre, la capitale britannique voit les restrictions se durcir nettement, dans l’anticipation d’une détérioration incontrôlable de la pandémie cet automne.

À peine trois jours après la présentation d’un nouveau système de gestion de l’épidémie à trois niveaux, les changements sont déjà nombreux. Le plus spectaculaire concerne Londres, qui était encore au Tier 1 lundi, c’est-à-dire le niveau d’alerte le moins élevé. À partir de ce vendredi soir à minuit, dans le cadre du Tier 2, il y sera interdit de rencontrer des voisins, amis ou proches d’un autre foyer, que ce soit à domicile ou dans un espace public fermé. Les pubs et restaurants pourront continuer d’accueillir des clients jusqu’à 22h. Le tier 3, celui de Liverpool, interdit l’ouverture aux pubs qui ne servent pas de repas, ainsi que les salles de gym, espaces de loisirs, salon de beauté et coiffeurs.

Selon les récents sondages, la majorité des Britanniques a indiqué souhaiter plus de restrictions.

Le degré d’acceptation et d’application de ces mesures qui rappellent beaucoup le confinement du printemps dernier est difficile à anticiper. Selon les récents sondages, la majorité des Britanniques a indiqué souhaiter plus de restrictions. D’une manière générale, ils se sont plus facilement pliés aux interdictions qu’en France, en Espagne, ou en Italie, avec un nombre très bas d’amendes, peu de confrontation avec les forces de l’ordre et un nombre élevé  – 16 millions – de téléchargements de l’application anti-Covid.

À la différence de ce qui a pu être souvent constaté dans beaucoup d’autres villes, c’est le maire de Londres lui-même qui a poussé le gouvernement à faire basculer Londres en Tier 2. Sadiq Khan a communiqué chaque jour sur l’urgence et la gravité de la situation, malgré des chiffres globaux loin d’être aussi alarmants que ceux de Paris, Madrid ou Bruxelles. Le borough londonien le plus touché, le très huppé Richmond-Upon-Thames, a compté 140 cas par 100 000 habitants sur la semaine écoulée, avant de revenir à 122 cas, alors que la moyenne de l’ensemble de la capitale se situe à 94/100 000. Le taux d’incidence londonien est ainsi plus de quatre fois inférieur à celui de Bruxelles (882 cas/100.000 sur deux semaines). La grande majorité des cas est par ailleurs très jeune, avec une surreprésentation des 17-21 ans. Les hôpitaux sont encore loin d’être débordés.

"Nous pourrions vivre comme des somnambules pendant trois, quatre ou cinq mois avec des conditions vraiment strictes. Cela peut être évité si nous actionnons ce disjoncteur dès maintenant."
Sadiq Khan
Maire de Londres

Mais Sadiq Khan insiste sur le caractère exponentiel de la circulation du Covid: "Avoir des restrictions supplémentaires pour une courte période peut permettre de stopper et gérer sa circulation. C’est beaucoup plus efficace sur le moyen et le long terme. Si nous ne sommes pas prudents, nous pourrions vivre comme des somnambules pendant trois, quatre ou cinq mois avec des conditions vraiment strictes. Cela peut être évité si nous actionnons ce disjoncteur dès maintenant."

Le disjoncteur aussi à l'échelle nationale?

Même s’il n’écarte pas la possibilité d’appliquer ce disjoncteur à l'échelle nationale dans quelques semaines, Boris Johnson reste réticent à un sacrifice trop important de l’économie au profit de la gestion sanitaire de la pandémie. L’été dernier, il a notamment comparé un second confinement à une “dissuasion nucléaire”. Mais il est aussi sous pression de l’Écosse et l’Irlande du Nord, dont les deux Premières ministres Nicola Sturgeon et Arlene Foster ont appliqué rapidement de fortes mesures de restrictions.

La lenteur de réaction du Premier ministre au printemps dernier, qui a décidé le passage au confinement avec une semaine de décalage par rapport aux voisins européens les plus proches, et deux semaines par rapport à l’Italie et à l’Espagne, est encore dans tous les esprits. Elle a constitué une forme de marqueur politique entre les deux principaux partis, au bon moment pour un Labour en pleine crise d’identité. L’opposition travailliste, revigorée par le nouveau leader Keir Starmer, se range sans surprise derrière la nécessité de mesures de restrictions beaucoup plus strictes, voire d’un second confinement national, accompagné d’aides économiques massives.

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