Luxembourg: Juncker face à un vote à risque

EPA/ORESTIS PANAGIOTOU ©EPA

Le gouvernement luxembourgois est confronté à un vote de confiance, une première depuis 1848. En cause, des soupçons d'interférence du ministre des Finances Luc Frieden dans l'enquête sur l'affaire des "poseurs de bombes".

Le gouvernement luxembourgeois du Premier ministre Jean-Claude Juncker sera confronté jeudi à un "vote de confiance" à risque, après des accusations d'immixtion d'un ministre dans une enquête judiciaire de premier plan. Premier ministre depuis 18 ans et membre du gouvernement de son pays depuis 30 ans, le social-chrétien Jean-Claude Juncker dirige un gouvernement de coalition avec les socialistes, en principe jusqu'aux législatives prévues en mai 2014.

Mais les deux principaux partis d'opposition, les libéraux du DP et les écologistes (Les Verts), ont déposé mardi devant le parlement une "motion de confiance", qui sera débattue et mise au vote jeudi. Le sort de cette motion, la première de ce type depuis 1848, et donc la survie du gouvernement de Jean Claude Juncker, dépendra de l'attitude du partenaire socialiste, qui n'a jusqu'ici pas annoncé sa position.

Affaire des "poseurs de bombes"

Dans la motion, le chef de file des députés libéraux, Xavier Bettel, dénonce le "comportement ambigu de certains membres du gouvernement à l'égard de la Justice et du Parlement". Le libéral met plus particulièrement en cause l'ancien ministre de la Justice et actuel ministre des Finances, le social-chrétien Luc Frieden, accusé d'avoir exercé des pressions sur le Procureur d'Etat, Robert Biever, afin d'étouffer l'enquête sur l'affaire des "poseurs de bombes" (ou Bommeleeër, en luxembourgeois), qui avaient ébranlé le Grand Duché au milieu des années 1980 en commettant une série d'attentats à l'explosif.

L'enquête a finalement débouché sur l'ouverture d'un procès en février, où comparaissent deux policiers soupçonnés d'avoir commis les attentats ayant fait cinq blessés. La motion s'appuie sur des déclarations du procureur lui-même, qui a affirmé que Luc Frieden était intervenu de manière "régulière et constante" auprès de lui pour mettre en doute l'utilité d'une poursuite de l'enquête. Le magistrat a également affirmé avoir été victime d'une tentative de déstabilisation par le Service de renseignement luxembourgeois SREL, qui aurait voulu l'impliquer dans une affaire de pédophilie et que Robert Biever a comparé à une "police secrète".

"Intenable"

Luc Frieden s'est défendu de toute intervention et a dénoncé une "attaque contre (son) honneur", tout en reconnaissant s'être inquiété que d'autres enquêtes étaient ralenties par l'énergie déployée dans le dossier des poseurs de bombes. Pour le député libéral Xavier Bettel, la situation est "intenable" et ces révélations "ébranlent la confiance des citoyens dans les institutions de notre pays".

En 1848, la motion de confiance avait fait tomber le gouvernement luxembourgeois.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés