interview

Lydia Guirous: "La neutralité de l'Etat est la condition qui permet de vivre ensemble"

Selon Lydia Guirous, "l’arrivée de l’immigration nord-africaine correspond à l’abandon de la notion d’assimilation au profit de l’intégration".

La militante féministe française Lydia Guirous plaide pour une réhabilitation de l'assimilation dans les politiques d'intégration.

«Si tu es à Rome, vis comme les Romains.» C’est par cette maxime attribuée à Ambroise de Milan que Lydia Guirous, militante féministe et ancienne porte-parole des Républicains en France, entame son nouveau livre qui traite de l’assimilation, un concept qui n’a plus vraiment bonne presse mais qui, à ses yeux, constitue pourtant la meilleure voie vers une intégration réussie et le meilleur antidote face à la tentation communautariste.

En Belgique et en France, l’assimilation a plutôt bien fonctionné avec l’immigration italienne, portugaise, polonaise ou russe. Pourquoi est-ce qu’avec l’immigration récente la mayonnaise ne prend plus?

A l’époque il y avait une volonté de l’Etat d’assimiler les nouveaux arrivants et une volonté de ces derniers de s’assimiler, même si cela ne s’est pas toujours fait sans mal, loin s’en faut. Il n’y avait pas cette demande adressée au pays d’accueil de s’adapter aux us et coutumes du dernier arrivé. A cela s’ajoute la question du nombre : autrefois, on ne parlait pas d’immigration massive. L’arrivée de l’immigration nord-africaine correspond à l’abandon de la notion d’assimilation au profit de l’intégration. Dans l’intégration, il y a un laissez-faire qui a ouvert la porte au communautarisme. Enfin et surtout, il n’existait pas au milieu du siècle dernier ce phénomène d’instrumentalisation religieuse à des fins politiques.

"C’est aux minorités de s’adapter et non l’inverse."

Est-ce à dire qu’il y aurait des limites à la capacité d’absorption des nouveaux arrivants?

Pour que l’intégration par l’assimilation réussisse, les nouveaux arrivants ont besoin d’un cadre conforme au pays d’accueil et non pas d’un cadre qui ressemble à leur pays d’origine. Molenbeek ou Saint-Denis ne ressemblent ni dans les codes ni dans les référentiels à ce qu’est la Belgique ou la France. Il faut aussi pouvoir choisir son immigration en fonction des besoins du pays. On ne peut pas faire venir des gens sans leur garantir un logement, du travail et un enseignement de qualité. Or l’école publique, du moins en France, a perdu en qualité, en rigueur et en exigence et ne fabrique plus des citoyens libres et éclairés.

Le principe de l’assimilation ne risque-t-il pas de braquer certaines populations et donc de renforcer les phénomènes séparatistes que vous combattez?

Je ne crois pas. On ne doit jamais capituler sur nos valeurs pour faire plaisir à des minorités ou éviter d’éveiller certaines susceptibilités. C’est aux minorités de s’adapter à la France et la Belgique et non l’inverse. Cessons d’être paralysés par la peur des minorités.

"Le communautarisme anglo-saxon est un échec total où les gens vivent les uns à côté des autres et non les uns avec les autres."

Le communautarisme anglo-saxon n’est-il pas plus respectueux des spécificités de certains groupes de population?

Le communautarisme anglo-saxon est un échec total où les gens vivent les uns à côté des autres et non les uns avec les autres. J’ai vécu quelques années à Londres et j’ai vu un désastre. Devant certaines écoles, on ne croise que des mamans en voile intégral. De telles contre-sociétés sont des vecteurs de radicalisation. Aux Etats-Unis, on a aujourd’hui des groupes ethniques et religieux qui s’opposent de manière très violente. Le communautarisme anglo-saxon est une tolérance qui est en réalité une condescendance vis-à-vis de populations que l’on considère comme inaptes à s’adapter à la société d’accueil. Evitons d’importer ce modèle.

La France apparait très isolée sur la question de la laïcité. N’est-elle pas en décalage par rapport au reste du monde?

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire où la France apparait comme minoritaire mais en avance sur le reste du monde. La France, c’est le pays des Lumières, des droits de l’homme et de la laïcité qui est d’abord un principe émancipateur. La laïcité n’est pas la négation des religions ou des croyances. Elle permet à chacun de croire ou de ne pas croire, tout en séparant la sphère publique et la sphère privée. La neutralité de l’Etat est la condition qui permet de vivre ensemble en étant des citoyens et non des membres de telle ou telle confession. Le monde anglo-saxon gagnerait à comprendre et à importer notre modèle de laïcité. Les femmes en particulier ont tout à y gagner.

"La laïcité inclusive, c’est tout sauf la laïcité."

Ne peut-on pas désamorcer les conflits en s’appuyant sur la notion de laïcité inclusive, qui vient par exemple d’ouvrir la voie au port du voile dans l’enseignement supérieur officiel en Wallonie et à Bruxelles?

La laïcité inclusive, c’est tout sauf la laïcité. Quand on ajoute un adjectif, c’est qu’on ne veut pas faire de laïcité. C’est un détournement pervers d’un principe émancipateur pour faire avancer les revendications d’une minorité agissant contre la civilisation occidentale et ses valeurs. La laïcité se suffit à elle-même. Le voile est un symbole politique et identitaire. Il faut être extrêmement vigilant et se mobiliser avant qu’il ne soit trop tard.

Faut-il encourager l’assimilation par le prénom, comme le faisaient les immigrés au milieu du 20e siècle, ne fut-ce que pour éviter des discriminations sur le marché de l’emploi?

Le prénom est un marqueur social ou ethnique. S’appeler Jean-Charles, Gaspard ou Kévin n’a pas la même connotation sociale. Je respecte la liberté des parents mais est-il nécessaire d’ajouter à ces enfants un poids supplémentaire dans un parcours qui sera de toute manière difficile compte tenu de leurs origines sociales ou ethniques ? Je pense qu’un prénom plus « neutre » permet d’éviter quelques embûches et permet d’inscrire son enfant dans l’histoire du pays dans lequel il va faire souche. Il ne faut pas se faire d’illusions : il n’y aura pas de retour au pays d’origine, leur vie est et sera ici. Par contre, le deuxième prénom peut être celui de l’intimité, en faisant par exemple référence aux origines, comme c’est le cas du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin (son deuxième prénom est Moussa, NDLR).

"La nostalgie du pays d’origine relève souvent du fantasme, en complet déphasage avec la réalité de ce pays."

L’assimilation est-elle compatible avec la double nationalité?

L’assimilation n’est pas une exigence d’amnésie. Personne n’oublie sa culture d’origine, certains sons ou certaines odeurs. Mais à un certain moment, il faut choisir le pays dans lequel on fera racine. Je conçois que c’est un choix difficile pour certains, mais il faut faire preuve de réalisme et de pragmatisme. La nostalgie du pays d’origine relève souvent du fantasme, en complet déphasage avec la réalité de ce pays. Ceux qui pensent à un éventuel retour ne supporteraient pas les contraintes en matière de liberté dans le pays de leurs parents ou grands-parents.

En poussant le principe de l’assimilation, ne place-t-on pas une charge excessive sur le corps enseignant dont le travail est déjà difficile?

Au contraire, je pense qu’on facilitera le travail des professeurs. L’école doit redevenir le lieu où on fabrique des républicains. On doit enseigner à nos enfants notre histoire, nos héros, certains symboles comme le drapeau, pour leur faire aimer le pays dans lequel ils sont nés et dans lequel ils vont vivre. On pourrait imaginer une épreuve de citoyenneté républicaine lors du bac qui soit sanctionnée par la remise d’un diplôme. L’école est fondamentale pour lutter contre le séparatisme. Les enfants qui refusent d’aller à la piscine, de donner la main à une fille, d’entrer dans une église ou d’assister à certains cours seront les adultes radicalisés de demain. Il faut les signaler et tenter de les préserver de ce milieu radicalisé en développant les internats. Il faut mettre toute notre énergie pour contrer cette évolution sous peine de se réveiller dans dix ans avec une contre-société tenue par des personnes déterminées et ultraviolentes.

"L’assimilation n’est pas la meilleure solution mais c’est certainement la moins pire."

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de chasser sur les terres de Marine Le Pen?

Je suis très à l’aise avec ça. On m’a déjà fait ce procès lors de la sortie de mon premier livre, en 2014, qui traitait de la laïcité, concept qui n’a d’ailleurs jamais été une valeur du Front National. Ceux qui me font de tels procès n’ont jamais voulu nommer le problème jusqu’à ce qu’il nous explose à la figure. Ceux qui m’accusent de courir derrière l’extrême-droite sont ceux qui ne veulent rien faire et qui, au final, ont du mépris pour ces populations. Je suis au contraire dans une démarche positive quand je dis à ceux qui veulent éduquer leurs enfants dans les codes et les valeurs du pays d’origine qu’ils ne leur facilitent pas la vie pour plus tard. L’assimilation n’est pas la meilleure solution mais c’est certainement la moins pire.

«Assimilation : en finir avec ce tabou français», Lydia Guirous, éd. de l’Observatoire, 96 pages, 10 euros.

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