Macron veut une relance de l'Europe pour éviter un "chaos" mondial

©REUTERS

Emmanuel Macron a exhorté dimanche à Berlin l'Allemagne à ouvrir avec la France une "nouvelle étape" dans la construction européenne afin d'empêcher le monde de "glisser dans le chaos" et de garantir la paix.

"L'Europe, et en son sein le couple franco-allemand" ont l'"obligation de ne pas laisser le monde glisser dans la chaos et de l'accompagner sur le chemin de la paix" et pour cela "l'Europe doit être plus forte, plus souveraine", a déclaré le chef de l'Etat français dans un discours prononcé devant le Bundestag, la chambre des députés allemands, une première pour un président français depuis Jacques Chirac en 2000.

"Notre monde se trouve à la croisée des chemins", a-t-il ajouté, en mettant en garde contre le risque de voir le "nationalisme sans mémoire" et le "fanatisme sans repères" prendre le dessus. "Cette nouvelle responsabilité franco-allemande consiste à doter l'Europe des outils de sa souveraineté", a encore dit le président français, en mentionnant notamment la nécessité de construire une défense commune ou la politique migratoire avec un système d'asile harmonisé. "Cette nouvelle étape nous fait peur, car chacun devra partager, mettre en commun sa capacité de décision, sa politique étrangère, migratoire ou de développement, une part croissante de son budget et même des ressources fiscales", a ajouté Macron, en insistant sur le besoin de faire de l'euro "une monnaie internationale dotée d'un budget".

"Est-il préférable de rester enfermé dans nos immobilismes ?", a-t-il lancé, dans une critique apparente à l'égard des hésitations et atermoiements du gouvernement allemand de la chancelière Angela Merkel depuis plus d'un an à l'égard des propositions françaises de relance de l'Europe. Le combat face au défi du populisme "n'est pas gagné", a averti M. Macron. "Il suppose de prendre de nouveaux risques" en "dépassant son lot d'hésitations" et en "surmontant les réticentes", a-t-il ajouté.

"l'Europe doit être plus forte, plus souveraine"
Emmanuel Macron
Président français

Macron a participé en fin de matinée à une rencontre avec des jeunes sur le thème de la paix a ensuite pris part à des commémorations allemandes du souvenir pour les victimes des guerres. Face à plusieurs dizaines de jeunes réunis dans la capitale allemande, Macron a une nouvelle fois martelé son message sur le risque du retour des nationalismes en Europe, au moment où le continent commémore le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale. Le risque de l'oubli de l'histoire "c'est de répéter les erreurs du passé", a déclaré le président français, qui s'était récemment inquiété de la similitude la période avec les années 1930 en Europe. Il a appelé à "aller au contact de la jeunesse pour éviter qu'elle ne dérive, qu'elle ne se sépare, qu'on ne cède aux forces centrifuges" et exhorté à "bâtir une Europe beaucoup plus ambitieuse".

 Armée européenne

Macron, soutenu en cela ostensiblement par la chancelière allemande, vient notamment de relancer l'idée controversée d'une armée européenne, qui suscite l'ire du chef de l'Etat américain Donald Trump et le scepticisme de l'Otan. Une telle armée européenne "implique aussi la volonté politique de défendre avec détermination les intérêts européens lorsqu'un conflit éclate", a estimé la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen dans un entretien à paraître lundi dans le groupe de presse régional Funke. "Il ne s'agit pas d'être contre les Etats-Unis mais de prendre notre destin en main pour ne plus compter éternellement sur les autres", lui a fait écho dimanche la ministre française chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, dans une interview au Journal du Dimanche.

 Le président français et la chancelière allemande avaient déjà multiplié il y a une semaine, lors des cérémonies en France du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, les marques de complicité et de cohésion. La venue à Berlin de Macron parachève cette séquence, qui intervient dans un contexte politique intérieur pesant pour les deux dirigeants. La chancelière, critiquée pour sa politique migratoire, a été récemment contrainte d'amorcer le début de son retrait politique, tandis que Macron voit sa popularité en France chuter et fait face à un mouvement de contestation contre la hausse des prix du carburants.

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